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« Pauvres de nous : Macky nous a eus » De notre correspondant à Matam, Habib KA, Thilogne

Retour sur le lieu des sempiternelles promesses : Matam, Stade Municipal

Le stade municipal de Matam était prêt à craquer ce dimanche 21 mars 2021, comme aux beaux grands jours des méga-meetings organisés en l’honneur du président Macky Sall. Seule région du Sénégal, semblerait-il, où les jeunes n’ont pas démontré leur force dans la rue pour marquer leur solidarité avec les insurgés de Dakar. Les leaders ont été dépêchés pour remercier la base, renouveler avec elle la fidélité au chef de l’État, recueillir les projets des jeunes pour l’entrepreneuriat et l’auto-emploi.

Sur le terrain, la situation est toute autre. Les visiteurs ont essuyé des quolibets, des vertes et des pas mures des jeunes tout de rouge vêtus, foulards sur les têtes.

Des drapeaux, pancartes et banderoles très suggestives, à l’entrée de certains villages, sur le carrefour de Ourossogui principalement, des militants chauffés à blanc scandant “Pauvres de nous, Macky nous a eus” ou encore “Fouta, Fatigué”

Décidément les relations entre Macky Sall et une de ses bases naturelles, le Fouta, que d’aucuns se complaisent de qualifier “titre foncier”, ne sont pas encore au beau fixe. Même si le député-maire des Agnams, Farba Ngom, promet dans la foulée un million d’emplois aux jeunes.

Des promesses de pré-campagne, le président-candidat en avait fait des plus candides, dans son palais le 05 août 2018 recevant 300 responsables de la région de Matam :

– Université du Fouta,

– Modernisation des cités religieuses,

– Aéroport de Ourossogui,

– Financements pour l’auto-emploi des jeunes par la Délégation à l’Entreprenariat Rapide (DER).

Au stade de Matam, le 06 février 2019, le fils du terroir, en pleine campagne électorale, d’enchaîner : “Dès ma réélection, je vais engager le chantier d’une route de 300 km (Daande Maayo, ndlr). Je construirai un aéroport en 2020 et aménagerai 30.000 ha de terre à Kanel et Matam”.

Neuf ans déjà que la fille de la tresseuse fait le pied de grue, attendant son tour.

Le président Macky Sall doit prendre très au sérieux ce message que lui envoient les jeunes ; ils se considèrent oubliés, inconsidérés, sans espoir. Le 3ème mandat ne les enchante pas trop et ils ne voient pas encore des projets sortir de terre.

Chef de parti, il doit sortir de sa tour d’ivoire, parler à ses jeunes militants, leur donner confiance, compter sur eux pour une première fois structurer l’Alliance pour la République sur la base des cellules des jeunes et des jeunes femmes, pour en faire un parti qui survivra à son départ du palais, quand les éternels transhumants, comme à leurs habitudes, le quitteront pour un autre.

Macky Sall doit aussi savoir qu’il ne doit plus dormir sur ses lauriers avec ses 93,32% obtenus à Podor et Matam, le Fouta Toro, son meilleur score à l’échelle nationale : l’électorat du Fouta n’est pas figé, même s’il vote généralement pour le parti au pouvoir ; quand il sent le vent du changement souffler, il peut se rallier avant l’heure.

Qu’il se détrompe donc quand on lui fait croire que ce Fouta est sa chasse gardée. Il peut bien revisiter l’histoire politique du Sénégal, il saura bien que l’éthnicisme, le régionalisme n’ont jamais été déterminants pour le choix de l’électorat foutankè.

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