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Passé-Présent: Des entrailles de la terre au ventre de l’Atlantique, L’histoire oubliée du seul passager noir du Titanic

Tout est affaire de long cours dans la vie de Joseph Laroche, du métro parisien avec la ligne 12, la plus long à l’époque, au Titanic, lorsqu’il disparaît à jamais mais en survivant grâce à la famille sauvée des eaux de l’Atlantique.

La plupart des gens connaissent l’histoire du Titanic, mais pas celle de Joseph Laroche, le seul passager noir du paquebot. Malgré les livres, les films, les émissions et documentaires consacrés au Titanic et à son dramatique naufrage, la présence d’un unique passager noir à bord a été longtemps oubliée, jusqu’à ce que le journaliste Serge Bilé entreprenne des recherches et nous raconte dans un livre l’histoire hors du commun de Joseph Laroche.

C’est grâce à un courriel envoyé par un lecteur de son livre précédent que Serge Bilé a eu vent de rumeurs qui faisaient état de la présence d’un passager noir à bord du Titanic. Intrigué, il s’est lancé à la recherche des traces de Joseph Laroche, un ingénieur haïtien qui voyageait avec son épouse française et leurs deux filles. La famille avait embarqué à Cherbourg, en France, et comptait ensuite se rendre en Haïti à partir de New York.

Joseph Laroche, né en Haïti, part pour la France à 15 ans pour y faire ses études. Il sera pensionnaire dans une institution religieuse de Beauvais, petite ville paisible du nord de la France avant de poursuivre des études d’ingénieur à Lille.

« J’ai eu un parcours similaire à celui de Joseph Laroche. Je suis né en Afrique, j’ai quitté l’Afrique à l’âge de 13 ans, lui à 15 ans, j’ai atterri également dans une école catholique, j’ai connu comme lui la rigueur des jésuites… J’ai pu me mettre à sa place, ayant vécu la même difficulté du déracinement, j’ai pu reconstituer de l’intérieur ce qu’il a pu vivre. »

  • Serge Bilé, journaliste et auteur du livre Le seul passager noir du Titanic
  • Une famille noire et blanche dans la France du début du 20e siècle

Avant de partir pour Lille, Joseph rencontre Juliette Lafargue. Ils tombent fou amoureux l’un de l’autre. On est en 1907, une époque où les couples mixtes n’étaient pas bien perçus dans la société française, mais leur amour est plus fort et deux filles, Simone et Louise, naissent de leur union. Devenu ingénieur, Joseph Laroche va travailler pour la compagnie Nord Sud chargée de planifier la construction de certaines lignes du métro parisien. C’est lui qui va imaginer le tracé de la ligne 12 qui traverse Paris de la porte de la Chapelle à la porte de Versailles.

Malheureusement, quand son contrat se termine, il se retrouve sans emploi, le racisme ambiant le mine et, lassé de faire des petits boulots, il décide de rentrer en Haïti alors que Juliette est enceinte d’un troisième enfant.

Un coup du sort

La famille Laroche devait, à l’origine, prendre le paquebot France, mais le règlement de celui-ci interdisait l’accès de la salle à manger aux enfants. Pour pouvoir prendre ses repas en famille, Joseph change alors ses billets du paquebot France pour le Titanic.

Ils embarquent à Cherbourg le 10 avril 1912 et Joseph est le seul passager noir du navire, ce qui ne manque pas de causer l’étonnement des autres passagers. Les Laroche apprécient leur voyage au plus haut point, le navire est magnifique et ils se sont fait des amis.

Serge Bilé a refait, en France, le parcours de Joseph Laroche dans un court documentaire disponible sur YouTube dans lequel il rencontre Louise Laroche venue à Cherbourg pour une cérémonie du souvenir des survivants du Titanic.

La tragédie du naufrage frappe durant la nuit du 14 au 15 avril 1912. Joseph met sa femme et ses deux filles dans un des canots de sauvetage et leur promet qu’il les rejoindra plus tard. Juliette et ses deux filles seront sauvées et recueillies à New York avant de retourner en France. Joseph a attendu en vain les canots supplémentaires qui devaient venir chercher les passagers restés sur le Titanic. Son corps n’a jamais été retrouvé. Il aurait fêté ses 26 ans deux mois plus tard.

« C’est important de dire aux jeunes issus des communautés noires qui, quelquefois, ont du mal à trouver leur place, soit parce qu’ils se sentent discriminés, soit parce qu’ils n’ont peut-être pas toutes les armes pour pouvoir affronter l’adversité, qu’on a sa place dans le monde avec toutes les grandes choses et avec les drames… L’histoire de Joseph Laroche nous montre qu’il a toujours été de l’avant. »

IciRadioCanada

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