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Parc National des oiseaux de Djoudj: Mort mystérieuse de 750 pélicans Par Mohamed Bachir DIOP, Rédaction centrale, Le Devoir

Le ministère de l’Environnement ferme le parc aux visiteurs

Le parc ornithologique de Djoudj, situé à 60 km de Saint-Louis est l’un des parcs les plus attractifs de notre pays. Chaque année, des millions d’oiseaux migrateurs qui fuient les rigueurs du climat européen ou qui cherchent à se reproduire en toute tranquillité viennent y trouver refuge, le temps que l’hiver s’estompe. Mais en permanence, de nombreuses espèces d’oiseaux y vivent sur une étendue de 16.000 hectares englobant une partie du fleuve, avec de nombreux canaux, criques, lacs, bassins, marécages et bouquets de roseaux, ainsi que les zones environnantes de savane boisée.

Chaque année, environ 3 millions d’oiseaux transitent par le parc où près de 400 espèces ont été dénombrées. Naturellement cette curiosité attire des milliers de touristes, des amateurs d’oiseaux en particulier qui viennent prendre des photos et s’imprégner du micro-climat propre à cet espace d’une rare beauté. Le parc est d’ailleurs classé patrimoine de l’Unesco.

Mais au mois de janvier, le parc de Djoudj a été fermé au public après la découverte de 750 pélicans morts. C’est une patrouille d’agents des Eaux et forêts dans la journée du 23 janvier qui a fait cette découverte macabre et, craignant que la maladie qui a décimé ces pélicans puisse atteindre l’espèce humaine à cause d’un agent pathogène inconnu pour l’instant, le ministère de l’Environnement a décidé de fermer le parc en attendant d’y voir plus clair.

Cette découverte coïncide avec l’apparition, dans la région de Thiès, de virus H5N1 qui provoque la grippe aviaire et qui a touché la région de Thiès. Ainsi, dans une seule ferme avicole, cette nouvelle pandémie aurait décimé 58.000 oiseaux sur un total de 100.000 sujets que comptait la structure. Du coup, les autorités de la Gambie, du Mali, de Mauritanie, du Niger et de la Guinée ont décidé d’arrêter toutes les importations de volaille en provenance du Sénégal. Après donc la découverte de la mort de 750 pélicans, les écologistes se posent naturellement la question de savoir si les deux pandémies qui ont décimé des milliers d’oiseaux domestiques et sauvages sont liées et ils s’en inquiètent.

Mais ils sont plus inquiets pour la mort de pélicans que celle de la volaille domestique car si pour les poulets le virus est connu et la maladie peut être endiguée, pour ce qui concerne les pélicans les scientifiques s’en sont encore à s’interroger. Des prélèvements ont été effectués et des échantillons envoyés dans des laboratoires qui en détermineront la cause.

Ces pélicans sont d’une espèce rare car provenant d’Amérique et qui étaient classés parmi les espèces menacées et donc particulièrement surveillés et protégés, ce qui a provoqué un vif émoi auprès des défenseurs de la nature. Car, pour éviter toute contamination à d’autres oiseaux ou animaux résidant dans le parc ou même aux humains, le reste de la population des pélicans a été abattu par les agents sur recommandation, semble-t-il, de l’Organisation mondiale de la  santé.

À la suite des premiers éléments d’une enquête scientifique, les autorités vétérinaires excluent pourtant un lien entre ce foyer de grippe aviaire et l’hécatombe des pélicans de Djoudj. Bocar Thiam, directeur national des parcs nationaux, qui s’est confié au magazine Jeune Afrique, affirme que « la grippe aviaire ne touche que les oiseaux granivores », alors que les pélicans, uniques représentants de la famille des Pelecanidae, sont des piscivores.

Les résultats de l’autopsie ordonnée par le ministère de l’Environnement seront connus dans quelques jours et l’on pourra alors avoir de quoi sont morts ces pélicans et si la cause de leur mort ne pourrait pas avoir des conséquences sur les hommes et sur tout l’environnement spécial du parc national de Djoudj.

Il reste que cette catastrophe « animalière » n’a guère attiré l’attention de la presse nationale plus intéressée par la disparition – réapparition de Diary Sow et les combines politiques en cours que par des questions écologiques. Il s’agit pourtant d’une alerte sérieuse, une menace environnementale qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’écosystème spécial de Djoudj. A surveiller de près.

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