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Les révoltés de La Amistad: Quand l’Amérique fait libérer des «esclaves» considérés comme des «kidnappés»… Par Mohamed Bachir DIOP

L’histoire se passe en 1839. Un bateau espagnol, transportant des esclaves d’un point à l’autre de l’Ile de Cuba est l’objet d’une mutinerie à bord. Les esclaves réussissent à se libérer de leurs chaînes et attaquent l’équipage qu’ils massacrent sans pitié, y compris le capitaine, laissant seulement en vie deux marins qu’ils forcèrent à les ramener en Afrique. Mais ces derniers jouent de ruse et font tourner le navire en rond et, celui-ci finira par échouer sur les côtes des Etats-Unis non loin de Long Island, près de New-York. Cependant, les esclaves qui avaient déjà pris possession du bateau et retenu prisonniers les deux marins espagnols n’étaient pas décidés à se laisser vendre de nouveau.

Bateau La Amistad
Bateau La Amistad

En provenance de la Sierra Leone, ils étaient une cinquantaine d’hommes et de femmes qui avaient été capturés, vendus à un riche homme d’affaires cubain à La Havane, lequel à son tour souhaitait les revendre à des propriétaires de plantations de sucre dans la province de Santa Maria del Puerto del Principe connue aujourd’hui sous le nom de région de Camaguey.

Leur traversée de la Sierra Leone jusqu’à Cuba dure huit semaines. Sur place, ils sont pesés, leur dentition examinée et le prix de leur vente fixé. C’est un certain Don Jose Ruiz qui les achète auprès de l’esclavagiste qui avait affrété le navire pour le transport de ses captifs à partir de la Sierra Leone vers Cuba sur le bateau qui s’appelait Tecora. Et c’est seulement lorsqu’ils arrivent à La Havane et vendus au sieur Don Jose Ruiz que ce dernier décidera de les revendre –naturellement bien plus chers qu’au prix auquel il les a acquis- aux riches planteurs de sucre de Camaguey.

C’était là leur chance ! Car le navire qui devait les conduire à Camaguey une dizaine de jours après leur dur séjour à La Havane s’appelle La Amistad. Le même navire où ils se révolteront, tueront le capitaine et le cuisinier et prendront en otage le seul spécialiste en navigation du bateau, un certain Don Pedro Montes et l’homme d’affaires qui voulait les revendre, Don Jose Ruiz. Ils les mettent au fer avec les chaînes qui les maîtrisaient et qu’ils avaient réussi à enlever et leur tiennent ce langage : «Vous dites que les fers, ils sont bien assez bons pour les esclaves nègres ; s’ils sont assez bons pour les esclaves, ils sont aussi assez bons pour les Espagnols !».

En effet, après avoir brisé  leurs chaînes à la faveur d’une forte tempête, ils ont pris tout ce qu’ils pouvaient trouver sur le bateau et qui pouvait servir d’arme pour massacrer l’équipage.

Ainsi commence pour eux une nouvelle mésaventure. Après plusieurs semaines de navigation, Montes qui n’a pas la chance de rencontrer un grand bateau qui pourrait les ravitailler en eau, propose aux mutins de rallier les Etats-Unis.

La Amistad se dirige alors vers New-York et accoste du côté de Long-Island, ce qui suscite une grande curiosité de la part des Américains qui les considèrent comme des rebelles ayant détourné un navire espagnol après en avoir tué presque tout l’équipage et retenu en otage deux personnes. La presse, les hommes de lettres et activistes politiques et de la société civile se bousculent au port pour apercevoir ces «nègres» qui ont pu mener à bien leur révolte sur un navire de sa gracieuse majesté la Reine d’Espagne. Ils sont vite arrêtés par la police maritime new-yorkaise qui les conduit en prison.

Morgan Freeman
Morgan Freeman

Des avocats se constituent pour les défendre en prétextant qu’ils étaient arrivés LIBRES aux Etats-Unis et ne pouvaient donc être considérés comme des esclaves. Les hommes de lettres s’intéressent à leur histoire et l’affaire fait grand bruit au pays de l’Oncle Sam. Deux procès ont lieu à New-York et les mutins sont déboutés dans un premier temps. Leurs avocats persistent et portent l’affaire jusqu’à la Cour Suprême qui finira par trancher en leur faveur. Et même le président des Etats-Unis de l’époque ne resta pas indifférent à cette lutte âpre de ceux qui avaient été capturés pour être réduits en esclavage et qui se battaient sans relâche pour la reconnaissance de leur liberté.

Pour les défendre, leurs avocats firent venir de Londres un jeune intellectuel d’origine dahoméenne qui dut, pendant quelques semaines apprendre la langue de ces Sierra Léonais afin de traduire avec exactitude leurs propos devant les tribunaux. D’ailleurs, dès leur arrivée à New-York, la presse locale s’est mise à écrire de grands articles sur ces «esclaves» qui s’étaient libérés tout seuls avec courage.

 

 

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