GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

L’autre matin à l’Elysée: Hommage à Gabriel d’Arboussier… Par Jean-Michel Seck

Gabriel d’Arboussier s’est éteint le 21 décembre 1976 à Genève (Suisse), loin de la terre africaine qui l’a vu naître…


La coïncidence de son départ du territoire vie la vie est un vaste territoire avec le solstice d’hiver dans l’hémisphère nord, est le premier « mystère » que j’ai relevé…

Gabriel d’Arboussier faut-il le rappeler est né à Djenné, dans l’ex-Soudan français (Mali), le Premier janvier (14 janvier ?) 1908. Les grands témoins de l’histoire africaine, les chercheurs éminents, les hommes politiques africains, européens lui rendront l’hommage qu’il mérite lorsque son temps reviendra, le temps de l’Afrique, le temps de l’unité politique de l’Afrique…

Pour les jeunes générations, Gabriel d’Arboussier sera toujours un exemple à citer car il fait partie des grands penseurs de l’unité politique de l’Afrique.

L’avenue Gabriel à Paris–deuxième coïncidence permet d’accéder au Palais de l’Elysée où les murs résonnent encore du discours un chef d’œuvre du genre prononcé en 1963 par l’ambassadeur du Sénégal, Gabriel d’Arboussier, à l’occasion de la présentation de ses lettres de créance au général de Gaulle, président de la République française. Gabriel d’Arboussier venait de quitter le poste de ministre de la Justice du Sénégal où il avait été nommé en 1960.

Cette coïncidence des prénoms (Avenue Gabriel et Gabriel d’Arboussier) en ce lieu chargé d’histoire est le deuxième « mystère » que j’ai relevé…

Gabriel d’Arboussier il faut encore le rappeler a été président du Grand conseil de l’Afrique occidentale française (AOF).

Cet homme politique, ce grand et brillant intellectuel, cet orateur hors pair, « l’intelligent, le séduisant » Gabriel d’Arboussier (G. Chaffard : les Carnets secrets de la décolonisation) a consacré une grande partie de sa vie au combat en faveur de l’unité politique de l’Afrique (1945/1965 : voir l’article du Pr. I.Thioub de l’université C.A.Diop de Dakar sur le sujet, publié par le journal « Le Soleil »).

Il avait une autre grande passion, la littérature, et il aimait citer le poète français Paul Valéry ainsi que le Père Lacordaire (Gabriel d’Arboussier a fréquenté en France le Collège des Pères dominicains).

Rendre hommage à Gabriel d’Arboussier pour la génération à laquelle j’appartiens est prétentieux car nous l’avons connu si peu et seules les « grandes traces » qu’il a laissées dans l’histoire africaine nous permettent aujourd’hui d’approcher l’homme et son œuvre.

J’ai eu le privilège privilège que je suis fier de partager avec d’autres hommes et d’autres femmes du Sénégal, de l’Afrique et d’ailleurs, avec mon oncle et sa famille de vivre à une distance proche de ce grand homme politique de 1970 à 1971 : il était à l’époque ambassadeur du Sénégal à Bonn, République fédérale d’Allemagne (RFA). J’étais en classe de seconde au lycée français de Bad Godesberg ; le respect et l’admiration que je lui portais sont restés à l’état « pur et parfait » dans ma petite collection de souvenirs…

Troisième et dernière coïncidence : Gabriel d’Arboussier a quitté le Rassemblement démocratique africain (RDA), mouvement qu’il avait fondé en 1946 avec Félix Houphouët Boigny et dont il fut secrétaire général, en 1955 pour s’installer à Dakar au Sénégal où il avait choisi d’exercer la profession d’avocat.

Je suis né à Dakar en 1955, « quelques jours avant que les flamboyants ne renaissent à la vie » : c’est le troisième « mystère » que j’ai relevé…

L’autre matin (le premier matin appartient définitivement à Aimé Césaire, le poète du Cahier de retour au pays natal), en visitant le palais de l’Elysée, dans le cadre des journées du patrimoine, c’est d’abord et avant tout à Gabriel d’Arboussier que j’ai pensé au moment d’une courte halte au salon des Ambassadeurs, à son pays le Sénégal, à sa famille et à l’Afrique qu’il chérissait…

Question : à quand un Panthéon pour les fils illustres de l’Afrique ?

Une association–loi de 1901 dénommée « les Amis de Gabriel d’Arboussier » a été créée au Sénégal en 2006. Son premier et illustre président, Me Moustapha Wade, ami de Gabriel d’Arboussier, nous a également quittés : nous préparions, sous son autorité affectueuse, la célébration du centenaire de la naissance de Gabriel d’Arboussier (1908/2008) à Djenné. Un double colloque (Dakar/Djenné) sur la vie et l’œuvre de Gabriel d’Arboussier était inscrit au programme et notre désir ardent était d’obtenir le soutien actif du Sénégal et du Mali pour la réalisation de ce projet qui nous tient toujours à cœur : toutes les bonnes volontés sont toujours les bienvenues…

L’ombre géante et éternelle de Gabriel d’Arboussier plane sur le vaste continent africain qu’il connaissait si bien et qu’il aimait tant…

Son temps reviendra, le temps de l’Afrique des « fiers guerriers dans les savanes ancestrales » (David Diop : Coups de Pilon), le temps de l’unité politique de l’Afrique…

Jean Michel SECK,
Paris le 16/12/2009

%d blogueurs aiment cette page :