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La Tidjaniya au Mali: L’influence de Cheikh Amallah et la pratique des «onze perles» Par Mohamed Bachir DIOP

Si au Sénégal la Tidjaniya est pratiquée  depuis fort longtemps, au Mali également existe une branche de la Tariqa dont la seule différence avec celle du Sénégal se trouve dans le wazzifa. Au Sénégal, lors du wazzifa, le Jawartoul Kamal est récité douze fois autour d’un drap blanc tandis qu’au Mali il n’est récité qu’onze fois. Pourquoi cette légère différence ?

L’écrivain malien Amadou Hampâthé en donne une explication dans son livre intitulé “Amkullel, l’enfant Peul”.

Selon sa version, Jawartoul Kamal a été toujours récité onze fois du vivant de Cheikh Ahmad Tidjane, le fondateur de la confrérie. Mais un jour, alors que le Cheikh avait accusé un léger retard à l’heure du wazzifa, il trouva que ses disciples étaient en train de terminer le onzième grain. Pour lui rendre hommage et en guise de Addiya, les disciples récitèrent une douzième fois le Jawartoul Kamal. Dès lors, réciter douze fois cette prière bénie était devenue une tradition pour certains, alors que d’autres avaient conservé la récitation à onze jugée plus orthodoxe.

Au Mali donc, quoique la pratique du douze grains soit courante parce qu’elle y avait été introduite par El Hadj Omar  Foutiyou Tall lors de ses conquêtes, celle du onze grains reste cependant la plus répandue grâce à Cheikh Hamallah, dont la branche tidjane est dénommée le Hamallisme. Il semble d’ailleurs que seuls les Hamallistes ont conservé cette pratique dite du onze grains.

Mais qui était Cheikh Hamallah ?

Son vrai nom est Ahmedou Hamahoullah, surnommé le Chérif de Nioro, il est né en 1881 dans une localité malienne appelée Kamba Sagho d’un père maure originaire de Mauritanie et d’une mère peule.

Son père, Mohamedou Ould Seydna Oumar, s’était installé à Nioro du Sahel  où il exerçait son métier de commerçant en plus d’enseigner le Coran aux enfants.

En 1895, le vieux Mohamedou Ould Seydna Oumar confie ses deux enfants, Hamahoullah et son petit frère Baba el-Kébir à son cousin, un célèbre professeur Mohamedou Ould Chérif. Celui-ci les conduit à Tichitt où ils commencent à apprendre les premières lettres de l’alphabet arabe. Ensuite, les deux garçons sont pris en charge par leur oncle Mohamedou Ould Bouyé Ahmed, dit Deh, qui leur enseigne le Coran.

À l’école de Deh, le petit Ahmedou se distingue par sa vivacité d’esprit. D’une mémoire étonnante, il lui suffisait, dit-on, d’écouter son oncle lire une seule fois un verset coranique pour le réciter sans se tromper. Dès cette époque, on commence à lui attribuer de nombreux miracles et les campements environnants ne parlent plus que de ce «gamin extraordinaire».

À cette époque, le Cheikh Sidi Mohammed Lakhdar qui avait été chargé de la mission d’étendre la Tariqa en Afrique de l’Ouest par le cheikh Sidi Tahar de Tlemcen, un des proches compagnons du fondateur de la confrérie, le Cheikh Ahmed Tidjani (1738-1815), entre à Nioro-du-Sahel en 1900 et reconnaît chez l’adolescent de dix-neuf ans, Ahmedou Hamahoullah, les qualités du «Khalife» qu’il cherche et le prend comme élève. Selon le récit traditionnel, un vendredi matin de 1902, Lakhdar écrit un mot de onze lettres et demande à Hamahoullah s’il lui est arrivé de voir cette formule sacrée au cours de songes ou de rêves. Hamahoullah aurait acquiescé et, au même moment, il révèlera un autre mot dont le sens ésotérique était le même et dont la somme des valeurs numériques de chacune des deux lettres égalait aussi onze, le chiffre sacré de la confrérie.

Il est donc désormais considéré comme le détenteur du secret mystique de la Tidjaniya mais ce n’est qu’à la mort du vieux missionnaire, en 1909, qu’il prendra l’allure d’un véritable chef de confrérie, d’un Khalife, à un âge exceptionnellement jeune.

L’écrivain malien Amadou Hampaté Bâ, qui a de l’admiration pour cet homme exceptionnel, écrit à son sujet : «Ce qui force l’admiration chez le chérif Hamahoullah, ce ne sont pas la sainteté et les miracles mais ce sont surtout son courage mâle, sa poigne et son imperturbable sang-froid».

Grâce à ces qualités, il refusera la domination coloniale et se heurtera aux Français. Il est accusé d’être à l’origine d’une révolte qui éclate en 1940.

Il fut exilé à plusieurs reprises en Mauritanie, en Algérie, au Sénégal puis en France. C’est là qu’il  trouvera la mort en en janvier 1943, officiellement d’une cardiopathie. Il est enterré dans le cimetière de l’Est à Montluçon.

 

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