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Kwame Nkrumah, le « Rédempteur » du Ghana indépendant: Panafricaniste, il a failli être co-président de la Guinée Par Mohamed Bachir DIOP

Le nom de Kwamé Nkrumah restera gravé à jamais dans la conscience collective des Africains, ceux de l’ouest en particulier. L’homme peut être considéré comme le père des indépendances et, qui plus est, c’était un panafricaniste qui souhaitait, comme Cheikh Anta Diop, une unité organique du continent qui ne devait être qu’un seul pays dénommé Afrique, composé de régions issues du découpage colonial puisqu’il ne devait pas être question de remettre en cause les frontières, même s’il celles-ci étaient aberrantes. En effet, au Ghana et en Côte d’Ivoire vivaient les mêmes peuples qui parlaient les mêmes langues, comme c’était le cas entre le Mali, les deux Guinée, la Gambie et le Sénégal, ou encore entre la Guinée Conakry et la Sierra Leone.

Ses convictions pour le panafricanisme et les décolonisations vont trouver un terreau fertile aux Etats-Unis où il avait été envoyé pour poursuivre des études. Après sa scolarité primaire et secondaire, il a été recruté comme élève-enseignant à l’âge de 17 ans. Mais, très vite, grâce à son intelligence vive et ses qualités de pédagogue, il est remarqué par un Inspecteur de l’enseignement qui lui conseille de poursuivre des études supérieures. C’est en 1935, quelques années après sa sortie de l’université, qu’il trouve une opportunité pour se rendre aux États-Unis afin de compléter ses études à l’université de Lincoln.

Là-bas, les mouvements pour l’émancipation des Noirs foisonnent et sont en plein essor de même que les étudiants africains qui y vivent préconisent de plus en plus la cessation de la domination coloniale et commencent déjà à réclamer l’indépendance pour leurs pays. Parallèlement à ses études, il fait des petits boulots à gauche et à droite mais c’est plutôt galère pour lui. D’ailleurs, il estime que son séjour américain a été marqué par des « années de misère ». Mais il parvient néanmoins à décrocher une licence en économie et une autre en sociologie. Il devient membre de l’Association des étudiants africains des États-Unis et du Canada et en est le président entre 1942 et 1945. Le journal de l’association se fait le relais des idées panafricaines qui sont un centre d’intérêt pour Kwamé Nkrumah. Il se met à lire les écrits des grands révolutionnaires comme Karl Marx et Lénine et trouve que ces auteurs « avaient développé une philosophie de nature à résoudre ses problèmes ». Il est également intéressé par les théories du « Retour en Afrique » et de « l’Afrique aux Africains » développées par le fameux Marcus Garvey, éternel gourou des rastas. Il rencontre aussi William Edward Burghardt Du Bois dit « W. E. B. Du Bois » lors d’une conférence de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) à laquelle il participe en tant que représentant de ce qui s’appelait encore Gold Coast . C’est Nkrumah qui, le jour même de la célébration de l’Indépendance en change le nom et l’appelle Ghana en référence à l’ancien Empire du Ghana. Ainsi, dans les rencontres internationales les journalistes et traducteurs francophones ne se hasarderaient pas à traduire Gold Coast par… Côte-de-l’Or !

Mais en 1945, il quitte les Etats-Unis pour se rendre en Angleterre où se tient, cette année-là, le Congrès panafricain. C’est le déclic. Il décide alors de donner toutes ses  forces à la lutte pour l’indépendance des pays africains, l’émancipation des peuples noirs en Amérique et le panafricanisme.

À Londres, il adhère au syndicat des étudiants d’Afrique occidentale (la WASU) et entreprend brièvement d’étudier le droit. Mais son engagement politique naissant ne lui permet pas d’obtenir ses diplômes dans cette discipline.

Deux ans plus tard, en 1947, il rentre aux pays et devient Secrétaire général d’un parti indépendantiste naissant, l’UGCC (United Gold Coast Convention).

Il se heurtera naturellement aux colons britanniques qui contrôlaient alors son pays lorsqu’il commence à transformer l’UGCC comme « parti de masse » de tendance socialiste. Il met en place des journaux de  propagande et embrigade la plupart de la jeunesse intellectuelle de son pays. Les colons britanniques ne l’entendent pas de cette oreille et entrent en action.

Six dirigeants du parti sont incarcérés, ses publications sont censurées. En février 1948, la police ouvre le feu sur des manifestants, provoquant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Les dirigeants de l’UGCC qui craignaient une répression plus dure décident de démettre Nkrumah de son poste de Secrétaire général du parti.

Le 12 juin 1949, avec le soutien de l’organisation de jeunesse de l’UGCC, Nkrumah annonce devant 60 000 personnes la fondation d’un nouveau parti la Convention People’s Party (CPP). Souhaitant l’indépendance, Nkrumah appelle au boycott et à la désobéissance civile, ce qui lui vaut d’être arrêté par les autorités britanniques en 1950 et condamné à trois ans de prison. Pourtant, les grèves et manifestations organisées par la CPP aboutissent cette même année à la promulgation d’une nouvelle Constitution prévoyant une assemblée législative dont 75 membres seront Africains et des élections municipales. Le 8 février 1951, le CPP obtient 34 des 38 sièges du conseil municipal d’Accra et remporte également les législatives. En dépit de son incarcération, Nkrumah profite d’une faille juridique pour être candidat à Accra central et y obtient 95 % des voix. Il est finalement libéré et désigné pour constituer un gouvernement.

Nkrumah décide de transformer l’UGCC en parti de masse : trois journaux de propagande sont créés et rencontrent un succès croissant, le parti se dote d’une branche jeunesse et Nkrumah multiplie les conférences. L’administration coloniale réagit par la répression : six dirigeants du parti sont incarcérés, ses publications sont censurées. En février 1948, la police ouvre le feu sur des manifestants, provoquant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Les dirigeants de l’UGCC prennent peur et démettent Nkrumah de sa fonction de secrétaire général. Il est incarcéré pendant deux mois avec d’autres dirigeants de l’UGCC.

Maise 12 juin 1949, avec le soutien de l’organisation de jeunesse de l’UGCC, Nkrumah annonce devant 60 000 personnes la fondation d’un nouveau parti la Convention People’s Party (CPP). Souhaitant l’indépendance, Nkrumah appelle au boycott et à la désobéissance civile. Il est arrêté par les autorités britanniques en 1950 et condamné à trois ans de prison. Pourtant, les grèves et manifestations organisées par son nouveau parti ont du succès. Car, la même année une nouvelle Constitution est votée qui prévoit la création d’une assemblée législative dont 75 membres seront Africains et des élections municipales. Le 8 février 1951, le CPP obtient 34 des 38 sièges du conseil municipal d’Accra et remporte également les législatives. En dépit de son incarcération, Nkrumah profite d’une faille juridique pour être candidat à Accra central et y obtient 95 % des voix. Il est finalement libéré et désigné pour constituer un gouvernement.

Après ces élections législatives de 1956, le CPP, qui compte plus de 700 000 membres, remporte les trois quarts des sièges. Nkrumah, fort de son succès, oblige alors le Royaume-Uni à concéder l’indépendance. Celle-ci est proclamée le 6 mars 1957 un an avant la Guinée de son ami Sékou Touré qui, lui, arrache son indépendance en 1958.

Nkrumah dirigera le pays d’une main de fer, entame de grands travaux comme le barrage hydroélectrique d’Akosombo (912 MW) et le port en eau profonde de Téma relié à Accra, la capitale par une autoroute. Mais ces investissements massifs mettent à rude épreuve l’économie du pays et Nkrumah commence à devenir impopulaire. Il perd alors le sens de la démocratie et se met à réprimer ses adversaires.

Sa nouvelle politique économique entraîne une augmentation du coût de la vie de 48 % entre 1963 et 1966, ainsi que la désorganisation des marchés provoquant marché noir et ruptures de stocks. Le mécontentement populaire s’accentue de même que les grèves et autres manifestations syndicales.

Nkrumah met un coup d’accélérateur sur la répression contre la droite et plusieurs dirigeants de l’opposition sont emprisonnés ou sont contraints à l’exil comme le chef de l’opposition d’alors Kofi Busia. Des complots s’organisent et Nkrumah échappe à deux tentatives d’assassinat en août 1962 et en janvier 1964. Il tombe dans une sorte de paranïoa et emprisonne tous les parlementaires de l’opposition, censure la presse et régente la justice. Les Ghanéens l’accusent par ailleurs de cultiver un culte de la personnalité car il se fait surnommer Osagyefo – le « Rédempteur » – par ses partisans. Ce mécontentement populaire se terminera par coup d’état militaire qui intervient le 24 février 1966, alors qu’il est en voyage en Chine. Il se réfugie en Guinée chez son ami Sékou Touré qui lui propose de devenir le co-président de son pays, offre qu’il décline.

Nkrumah, né le 21 septembre 1909 est mort le 27 avril 1972 dans un hôpital de Bucarest en Roumanie, à la suite d’un cancer de l’estomac.

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