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Karim, Khalifa, Sonko, le trio banni: Candidats par extraordinaire ? Par Mohamed Bachir DIOP ,Rédaction centrale, Le Devoir

C’est une question qui peut paraître insensée, à la limite provocatrice mais une telle occurrence est parfaitement possible. Car la politique intérieure est aussi quelquefois déterminée par les relations internationales et les grandes puissances comme la France ou les Usa peuvent jouer un rôle souterrain dans le processus électoral d’un pays.

A supposer que, grâce à des pressions extérieures difficilement soutenables, Karim Wade et Khalifa Sall recouvrent la plénitude de leurs droits et qu’Ousmane Sonko bénéficie d’une clémence judiciaire, quelles seront leurs chances de succès face à Macky Sall si celui-ci souhaitait rempiler ?

Si Karim Meïssa Wade ne peut se prévaloir d’aucun score électoral sérieux car n’ayant jamais été un directement candidat à une quelconque élection, ce n’est pas le cas pour les deux autres, Ousmane Sonko et Khalifa Ababacar Sall : l’un s’est présenté à deux reprises, avec succès, aux élections municipales ; il a élu maire de Dakar en 2009 face au candidat encagoulé du Pds, Karim Wade. Ce dernier n’avait pas déclaré expressément sa volonté de devenir maire mais, puisqu’il était sur la liste du Pds, le parti de son père, et qu’il était supposé être le candidat de ce dernier, l’opinion était donc persuadée qu’il était le prétendant à battre, le fils-à-papa indésirable. Il a donc été battu après une campagne acharnée contre sa propre personne, menée de main de maître par Lamine Diack et la totalité des membres de l’opposition qui le soupçonnaient d’être le dauphin qu’Abdoulaye Wade souhaitait placer à la tête de la mairie de Dakar en attendant de lui ouvrir la voie de la présidence de la République.

En 2009 donc, après la belle campagne de dénigrement qui empêche Karim Wade de devenir maire de Dakar, c’est Khalifa Ababacar Sall qui est élu à la tête du Conseil municipal ; lui avait manifesté ouvertement son intention d’être maire, ce qui n’était pas le cas de Wade fils. Le contexte le lui permettait puisque le concept de tête de liste, donc candidat déclaré, venait d’être supprimé. Hors cet épisode où il avançait masqué, Karim Wade n’a jamais eu une autre opportunité pour se présenter à une élection car, dès 2012, son père battu à l’élection présidentielle, il est accusé d’enrichissement illicite, arrêté, jugé et emprisonné. Son poids électoral est donc indéfini.

Khalifa Sall en revanche peut se prévaloir d’une audience populaire et d’une force électorale puisqu’après 2009, il a été réélu en 2014 grâce à la coalition « Taxawu Dakar » face à la candidate de l’Apr, Aminata Touré et, ce, en dépit du soutien de son parti, le Parti socialiste, à Mimi. Mais cette année-là, il n’a gagné la capitale que grâce au soutien de maître Wade qui, n’ayant pas un candidat sérieux et consensuel pour la mairie de Dakar, avait demandé à ses partisans de voter pour Khalifa. Il rafle donc 15 des 19 communes de la capitale. Fort de ces succès électoraux, il aura naturellement l’ambition de se présenter à la prochaine présidentielle quoi qu’il soit en rupture de ban avec le Ps et qu’il ne pouvait compter sur le soutien d’Ousmane Tanor Dieng.

Puis en 2016, sa coalition remporte l’élection du Haut conseil des collectivités territoriales. Et, un an plus tard, sa coalition, devenue « Taxawu Senegaal » se présente aux législatives et Khalifa Sall est élu député.

Quant à Ousmane Sonko, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle de 2019 et, malgré la jeunesse de sa formation politique, il sort troisième d’un scrutin remporté par le candidat sortant Macky Sall avec comme second à l’arrivée Idrissa Seck. Son score de 15% était assez faible comparé à ceux des deux premiers (Macky Sall 58,26% et Idrissa Seck 20,51%) mais il avait fait sensation pour sa première participation à une élection présidentielle. Mais, en 2017 déjà, il avait été élu député alors que son parti n’est né qu’en 2014, ce qui était fort encourageant pour le novice qu’il était. En conséquence, ses ambitions deviennent plus prononcées et il cherche à accroître sa popularité pour les prochaines échéances. L’on sait ce qu’il en est advenu depuis lors puisqu’il n’a cessé de multiplier ses actions politiques et de se positionner comme un opposant incontournable sur l’échiquier.

Mais aujourd’hui, que valent ces trois mousquetaires s’ils ne sont soutenus par une forte coalition ou par un parti solidement ancré partout dans le pays ? Quelles seraient leurs chances si par extraordinaire ils étaient autorisés à être candidats à la prochaine présidentielle ?

Karim Wade peut compter sur l’appareil électoral du Pds qui, il est vrai, a perdu beaucoup de terrain. Mais avec l’appui de son père, Abdoulaye Wade qui garde encore toute sa popularité, il pourrait obtenir des scores importants, surtout qu’il est présenté comme victime de persécutions et d’une cabale qui n’avait pour seul objectif que d’affaiblir Me Wade et le Pds.

Khalifa Sall possède encore un fort potentiel avec la coalition « Taxawu Senegaal » mais, depuis sa sortie de prison, ses actions politiques sont quasiment réduites à néant. Alors si leur candidature était exceptionnellement validée par le Conseil constitutionnel, lequel d’entre ces trois pourrait contraindre Macky Sall à aller au second tour de la Présidentielle ? Notre mathématicien-maison, correspondant du Devoir en France nous en fera une étude détaillée.

Le Devoir

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