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Idrissa Seck-Ousmane Sonko: Bavards et silencieux… Par Mame Gor NGOM, Rédaction centrale, Le Devoir

Après une longue période de silence, Idrissa Seck avait renoué avec le verbe et la verve le Premier novembre 2020, date de ses retrouvailles avec Macky Sall. Des explications par-là, des justifications par-ci, des coups de gueule forts commentés, l’actuel président du Cese, est redevenu taciturne. Ousmane Sonko qui était si prompt à réagir à tout bout de champs semble lui aussi changer son fusil d’épaule. Bavards et silencieux. Silences bavards…

Ousmane Sonko, Idy (Idrissa Seck) - Le Devoir
Ousmane Sonko, Idy (Idrissa Seck) – Le Devoir

Idrissa Seck qui était resté longtemps « muet » avait rompu le silence après l’entrée de son parti Rewmi dans le gouvernement et sa nomination à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese). C’est lui-même qui avait tenu à expliquer son choix, qui serait guidé par la situation du pays et la crise sanitaire. Face aux critiques, il a multiplié les sorties justificatives comme lors de son installation.

«Face à certaines circonstances historiques, il faut dépasser l’attitude vaine du spectateur stérile », dit-il citant Césaire. «Lorsque la Nation a besoin de ses fils, ces dernier,s à l’image du soldat et du policier prêts à risquer leur vie, doivent répondre à cet appel, peu importe le coût pour notre propre image ou même notre vie », embraie-t-il. A ceux qui lui rappelaient «ses prises de position fermes après la présidentielle dernière, il a rétorqué : « La compétition électorale de 2019 est derrière nous  et le contentieux qui en était issu a été éteint par l’ouverture du dialogue national et les résultats remarquables qu’il a produits ». « Ceux qui attendent encore à la gare 2019 doivent réaliser que le train est déjà au loin, en route pour 2035 au-delà  », avait-il lancé sous les applaudissements de la salle. Il n’avait pas manqué de souligner dans un Wolof châtié que lui et Macky Sall sont désormais comme « Mburu ak Soow » (Le pain et le lait).

Le point d’orgue de ce « serment de fidélité » à Macky est sans nul doute son acte peu ordinaire le 8 décembre 2012 lors de la remise du Prix du président de la République pour la recherche par le Cames. Ce jour-là, Idy s’est levé pour applaudir à tout rompre le président de la République Macky Sall. L’image a fait le tour des réseaux sociaux et a été largement commentée. Certains y voyaient un « excès de zèle inquiétant ». Idy avait assuré le show.

Beaucoup de ses partisans ont suivi la même logique. C’est le cas, le 28 décembre 2020, de Yankhoba Diattara un des ministres de Rewmi dans le gouvernement-il est ministre de l’Economie numérique-dont les propos raisonnent toujours : «Avant d’être dans le gouvernement, je ne pouvais pas imaginer que le président Macky Sall était aussi patriote et engagé pour le pays. Il n’a pas d’égal dans la manière dont il défend le Sénégal, c’est ma conviction. C’est en toute honnêteté et sincérité que je le dis : le président Macky Sall est un patriote engagé», a-t-il expliqué.

Avant de qualifier  l’alliance entre Idy et Macky, de «retrouvailles de raison» entre deux leaders politiques qui «ne devaient pas se séparer».  « Avec Idrissa Seck, le président Macky Sall est en train de construire le Sénégal de demain».

Des positions foncièrement différentes de celle du député Déthié Fall qui, le 27 novembre 2020, a martelé à l’Assemblée nationale qu’il ne voit aucune infrastructure émerger. « La politique des transports et des infrastructures d’une manière générale est réduite à la vision de Macky Sall. On a toujours dit que le président Macky Sall a une vision qui s’arrête à Diamniadio. Il faudrait qu’il voit au-delà de Diamniadio ». Une réaction qui a suscité la colère du côté de Rewmi. Fall a été « déchargé » de son poste de vice-président de cette formation politique. Il est nommé chargé du développement industriel. Il décline cette « offre » synonyme de sanction et se tait.

Silence assourdissant…

Idrissa Seck a aussitôt renoué avec son « silence d’or » depuis. Même si les « bruits de la ville » laissent entendre quelques frustrations liées à des strapontins qui lui ont été promis, l’ex-Pm dirige le Cese, sans tambour en nommant ici et là des collaborateurs.

C’est ainsi que l’ancienne ministre sous Wade, Awa Gueye Kébé, et l’ancien garde du corps Vieux Sandiéry Diop ont rejoint  son équipe.  Idrissa Seck et ses partisans  n’ont pas aussi jugé nécessaire de répondre aux accusations souvent distillées qui font état de mesures prises contre d’anciens collaborateurs d’Aminata Touré, son prédécesseur au Cese.

Quelles sont les raisons du retour de  ce calme ?

A-t-il assez « donné » pour mériter un « répit salutaire » ? Idy renoue avec sa fameuse « stratégie du silence ». Est-ce le  signe d’une approbation, d’une hésitation, d’un malaise, d’un refus de communiquer ?

La réponse réside dans les actes futurs du président du Conseil départemental de Thiès arrivé deuxième à la présidentielle de 2019.

Sonko désormais si peu barvard…

«No comment. Le temps voulu, je vais me prononcer», avait lancé Ousmane Sonko aux journalistes qui lui demandaient ce qu’il pensait du remaniement ministériel du Premier novembre 2020 avec l’entrée remarquable de Rewmi de Idrissa Seck. Ils étaient nombreux à voir dans cette réaction un changement de stratégie. Car Sonko avait habitué les Sénégalais à des « réactions spontanées » sur les sujets d’actualité. Depuis lors, il n’a pas réagi à cet « entrisme » d’Idy. Une manière de montrer que les « priorités sont ailleurs » ? Tout porte à le croire. Même si Sonko, comme pour répondre à Macky Sall et à Idrissa Seck, a réconcilié Barthélémy Diaz et Me Moussa Diop, ancien directeur de Dakar Dem Dikk. Le premier avait accusé le second de prévarication. L’affaire avait atterri au tribunal. Finalement, elle a été réglée « à l’africaine ». : “Je tiens à remercier très sincèrement mes frères Me Moussa Diop et Barthélémy Dias d’avoir répondu favorablement à mon invitation et accepté de résoudre leur malentendu à l’africaine », avait écrit le leader de Pastef sur sa page Facebook.

Le 2 janvier 2021,  quand le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, a mis en  cause  une campagne de levée de fonds internationale lancée le même jour par Pastef, Sonko a attendu le 4 janvier pour lui apporter la réplique sur sa chaîne youtube Jotna Tv.  Il a aussi récemment réagi sur l’arrestation et l’emprisonnement de Boubacar Seye de Horizon sans Frontières (Hsf), pour « diffusion de fausses nouvelles ». Une réaction virtuelle sur sa page Facebook. Ce qui est aux antipodes de ses habitudes communicationnelles. Est-ce dû à la pandémie du Coronavirus ? Est-ce une nouvelle stratégie rondement réfléchie pour ne pas tomber dans le piège de la « banalisation » du discours ?

Même à propos de l’affaire des 94 milliards FCfa qui l’opposait à Mamoune Diallo « classée sans suite », Sonko n’a pas opté pour ces « réactions retentissantes » qui le singularisaient. Un silence bavard. Pour lui, aussi, peut-être, le silence est d’or. Jusqu’à la fin de la crise sanitaire ?

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