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Good bye ABC, chantre de l’espoir Par Habib KÂ, Chef du bureau régional de Matam, Thilogne

Alioune demna

Alioune Badara demna,

ainsi chantait le poète !

ABC,  comme l’appelaient affectueusement ses plus proches, a devancé  son monde, sans prévenir.  Sans avoir fini de sécher ses larmes sur Abdoulaye, Abdoulaye Néné, tombé aux États-Unis ; sans, entre quatre mousquetaires, jeter un regard rétrospectif sur le chemin parcouru. Sans jamais retourner au gouvernement. 7 mois aux Affaires Étrangères, le destin avait scellé.

Sans avoir été honoré maire de Saint-Louis, sans avoir plaidé la cause de Ndar la capitale de l’AOF  à l’Internationale.

Sans avoir vu son Yaakaar porter ses premières fleurs écarlates.

Maître des mots.

Alioune rimait ses maux, ses idées dans un francais classique ou un wolof académique, et à certaines autres occasions dans l’envoûtante langue de Shakespeare, semblable aux stars de la Linguère de Saint-Louis Louis des années 70 avec le ballon.

Alioune ne parlait pas, il chantait les sanglots étouffés des désespérés ; il fredonnait le farniente des regards imbus de souffrances des apatrides du Ferlo.

Alioune Badara s’etait fait le porte-voix des échos des cris de détresse des démunis, Alioune était espoir, la voix de l’espérance. L’épaule des sans-voix enclavés dans les misères séculaires de territoires abandonnés.

Alioune Badara était élégance, dans la rhétorique, le plaidoyer du dekkal ngor.

Oui restaurer la dignité, son sacerdoce.

ABC plongeait dans les fanges des souffrances jamais pansées, lisait dans les rides des femmes soumises, des nourissons rachitiques, des taudis, des masures.

Tel Moïse, ABC fendait de sa voix grave l’ire des terres rouges austères, pour que Yoonu Yokkute soit.

Pour un mieux-être, un mieux/vivre, la fierté retrouvée d’être  pêcheurs, éleveurs, agriculteurs du beau Sénégal.

Ainsi l’artiste incantait les dieux des ancêtres Cissé Mande Mory contre les ires des démons des terres rouges arides du nord et de l’est !

Du doomu Ndar, fils de Saint-Louis, le Sénégal retiendra le poète, l’intellectuel, le dandy aux bretelles légendaires.

Alioune Badara était éloquence, élégance, finesse, joie, vie.

“L’Américain” en osmose parfait avec le ndawrabine dédié à Mame  Coumba  Bang, depuis l’embouchure et les sonorités des Negro Spirituals aux États-Unis.

Alioune Badara Cissé, homme de principes, de convictions intangibles, restera en nous pour avoir accompli loyalement sa mission.

Homme engagé,  fidèle à son combat, le combat de toujours, le combat de tous les jours : la justice sociale, l’équité.

Le numéro 2 était quelqu’un de tendre et qui respectait son prochain. Pour cela, il était aimé et respecté, comme doit l’être un homme d’État, un républicain pleinement humain, un patriote.

Alioune Badara aimait sincèrement le Sénégal et les Sénégalais.

Il restera pour l’éternité une source d’inspiration pour la jeunesse et la nouvelle génération politique.

L’APR a perdu une de ses grandes figures, la République un serviteur exemplaire.

Alioune est tranquille avec sa conscience pour avoir joué loyalement sa partition, déterminante dans la victoire historique de son frère candidat Macky Sall en 2012.

ABC restera l’abc de l’Alternance.

Il restera cet homme de vision, cet homme des prêches, cette intelligence sereine, jamais éprouvée.

Il restera cet homme calme, bienveillant, ouvert aux autres et aux idées, ce taalibe complet moulé d’idéalisme et de pragmatisme qui essayait de frayer entre utopie et réalisme la voie d’une vraie émergence, celle du peuple.

Good bye Cissé Mande Mory !

Que Firdawsi soit ta demeure éternelle.

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