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Faits et effets du jour: Profil du Premier ministre et charte de non-violence Par Habib KÂ, Chef du bureau régional de Matam, Thilogne

Le président Macky Sall connaît très bien comment égayer les Sénégalais mn, du moins ceux parmi eux qui prennent comme argent comptant les actes qu’il pose, méthodiquement.

En effet, des analystes procédant comme étant dans les secrets des dieux et du président font, dès l’annonce de la décision de celui-ci de rétablir la primature, des projections, des conjonctures quant au profil du futur probable premier ministre. Amadou Bâ, l’ex argentier de l’État, est comme le tout désigné par les opinions favorables.

Puis, d’une simple audience d’une délégation du Cadre unitaire de l’Islam (CUDIS) avec le président de la République pour présenter des propositions d’une Charte pour la non-violence, en rempart de troubles pré et postélectorales, Macky Sall s’est saisi de l’opportunité pour signifier à ses visiteurs d’un jour son intention de réhabiliter, Karim Meïssa Wade et Khalifa Ababacar Sall.

Le sens de la girouette

Suffisant alors, pour les mêmes pronostiqueurs de s’orienter vers le sens de la girouette.

Donc, d’une simple  pax senegalensis agitée, nos analystes changent de paradigme, Amadou Bâ,cette fois-ci, est dressé à l’envers, tandis que Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall sont en orbite pour la station primatoriale, comme si la presse ne s’alimentait que de vent, de feux-follets.

Opération de charme envers les proscrits d’hier ou/et ruse de communication, toujours est-il que Macky Sall a tiré son épingle du jeu, puisque réseaux sociaux et milieux politiques ne font que s’en délecter, prêts à en faire un sujet d’actualité, de commentaires faciles, en pleine campagne pour les Locales.

Encore que, si cela est tant acté, il faudrait étendre la magnanimité et la mansuétude du chef de l’État aux cas Ousmane Sonko, Barthélémy Dias, dans le couloir d’un jugement.
Ces principaux leaders et irréductibles opposants au régime traînent à leurs pieds un lourd boulet qui entrave leurs mouvements, aussi une épée de Damoclès, selon les intempéries politiques, suspendue au-dessus de leur tête, sans compter la pression morale et psychique d’être accusé de viols répétitifs, de crime, d’assassinat pour des aspirants à la magistrature suprême.

Le Sénégal pouvait ne pas en arriver à cette situation, si la Justice, comme l’Assemblée nationale avait au moins une demi longueur de distance d’indépendance de l’Exécutif : ces quatre fortes personnalités politiques ne seraient pas aujourd’hui dans cette situation, attendant de Macky Sall son pardon, leur réhabilitions.

Ce n’était certainement ni le lieu, ni le moment, encore moins les interlocuteurs indiqués pour recevoir la primeur d’un message d’une importance si capitale. La tradition républicaine voudrait qu’elle soit diffusée lors d’une adresse directe à la Nation pour donner à la décision toute sa solennité.

Avec Macky Sall, il est difficile de ne pas admettre que le Législatif et le Judiciaire sont au pas de l’Exécutif : à la sortie de la Présidentielle de 2019, sans crier gare, il supprima un mardi 14 mai 2019, le poste de PM, par révision constitutionnelle, au nom du Fast tract ; 2 ans 6 mois seulement après, il revient à la charge, par la grande porte pour une re-révision, restaurer le même poste, sans autres arguments convaincants ou motifs exposés si ce ne sont que les défaillances de la coordination gouvernementale et ses nouvelles obligations très chargées à la tête de l’Union africaine.

Justice fast-trackisée

Auparavant, Macky Sall avait réactivé la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite(CREI) ; Karim Wade fut poursuivi et condamné pour six ans de prison ferme, en plus de la perte de ses droits civils et frappé d’une amende par astreinte au corps pour 138 milliards de francs cfa, avant d’être extradé. Malgré les injonctions de la CEDEAO la justice sénégalaise est restée sourde et aveugle.

Khalifa Sall connut le même sort, une justice fast-trackisée l’envoya en prison à Reubeuss pour 5 années et à payer une amende de 1,8 milliard de francs cfa. Les Sénégalais, démocrates en particulier, voyaient dans ces procès, une volonté délibérée d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques du chef de l’État, de se débarrasser d’adversaires trop encombrants pour la course à la Présidentielle de 2019.

Que Macky Sall accepte de les réhabiliter au nom de la pacification de l’environnement politique, soit. Mais, qu’il veuille faire d’un d’eux, un premier ministre pour son gouvernement, les Sénégalais, y compris ceux militants dans son parti et sa coalition, ne seront pas prêts à accepter cette forfaiture. Cela confirmerait que le chef est un monarque qui fait ses hommes et défait ses adversaires, taille la Constitution à sa guise.

Pendant ce temps, la violence politique affleure de partout, partagée de part et d’autre, entre le pouvoir et l’opposition dans un métronome action-réaction. Elle est dans les marches systématiquement interdites par les préfets, les violences policières, les arrestations répétées.

La violence est aussi dans les cas d’impunité,  les nombreux cas de détournements en milliards  de derniers publics dont les auteurs ne sont jamais inquiétés.

Elle est dans l’Intifada des réseaux sociaux,  le renvoi au rebond, comme au ping-pong des insultes de pères et de mères par des adultes, des matures qui ne méritent aucune oreille tendue, aucune considération. Elle est dans les dénigrements, la délation.

La violence est dans la vague de cette nouvelle génération de bloggeurs accros, schizophrènes qui jouent les prolongations dans les réseaux sociaux en reprenant à leur compte le débat national comme raison de vivre, comme moyen d’être, d’exister.

La violence est présente sur les plateaux de télévisions, les positions partisanes des animateurs et chroniqueurs, le choix tendancieux des sujets, des invités spéciaux. Elle est souvent  dans les questions, les relances du modérateur.

La violence est dans cette justice à deux vitesses, cette omnipotence, omniscience d’un Exécutif qui soumet tout à son désir, à ses passions. La Charte de la non-violence est une volonté de concession réciproque pour restaurer la concorde, l’éthique et la morale, pour l’intérêt de tous.

Le cap, c’est la Présidentielle 2024.

Passera, passera pas, tout dépend de la configuration des rapports de forces qui contraindraient le president à renoncer, malgré lui, à désigner un dauphin, ou, quand les forces oppositionnnelles se ramollissent, laisser libre cours au Conseil constitutionnel comme pour Abdoulaye Wade en 2012, comme pour Macky Sall pour la réduction de son mandat de 7 à 5 ans en 2019 et, en 2024,  donner son avis :
Il a effectué un mandat de 5 ans, celui de 7 ans n’est pas pris en compte, il peut, s’il le désire, briguer un 2ème  mandat.

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