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Étude des chercheurs de l’Ifan sur la covid-19 au Sénégal: Seul un paramètre externe peut mettre fin à la maladie Mame Gor NGOM, Rédaction centrale, Le Devoir

Le N° 214 de décembre 2020 de « Notes africaines » fait des observations sur la Covid-19 au Sénégal. « Un sondage de pic et de situation sans urgence à partir de cent jours d’urgence ». Des constatations, des interrogations, des  réponses qui ont abouti à cette conclusion : si les mesures actuelles sont maintenues, seul un paramètre externe (climatique, effet de saisonnalité, vaccin, etc.) pourrait conduire vers la fin de la pandémie.

Les chercheurs de l’Ifan prônent une amélioration de la communication pour vaincre le virus.

Des chercheurs de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN) ont publié  des « Notes africaines » sur la Covid-19. Ils ont notamment  fait des «Observations de la Covid au Sénégal : Sondage de pic et de situation sans urgence à partir de cent jours d’urgence », pour reprendre l’intitulé de leur texte.

Selon eux, la pandémie du coronavirus présente  «beaucoup de similitudes avec un évènement radiologique et nucléaire d’un point de vue de la propagation et de la psychose installée qui concernent l’échelle locale, régionale et globale. En considérant le principe : « Un accident nucléaire quelque part est un accident nucléaire partout », nous pouvons considérer par analogie : « Une maladie contagieuse qui sévit quelque part est une maladie qui concerne tout le globe ». Ces chercheurs qui se sont penchés sur les «données réelles » ont relevé quelques points repères dans l’observation des données « qui donnent l’allure de l’évolution de la pandémie ». C’est ainsi qu’ils notent que  le nombre de tests positifs cumulés a atteint les 100 cas confirmés à la date du 26 mars 2020 (communiqué n° 25), avec 105 cas positifs pour 96 patients sous traitement ; les 100 patients sous traitement sont atteints au 27 mars 2020, où on comptait un total de 119 cas positifs confirmés ».

« Les échantillons testés par jour devraient être multipliés par 7 à 11 »

Le premier cas communautaire a été signalé le 21 mars 2020 (communiqué n° 20, faisant état de 3 cas communautaires enregistrés sur un total de 56 cas positifs pour 51 patients sous traitement) ; le Sénégal a atteint les 1.000 cas testés positifs à la date du 1er mai 2020 (communiqué n° 62 du ministère faisant état de 1.024 cas contre 933 cas en date du 30 avril (communiqué n° 61) mais le nombre de patients sous traitement n’a atteint 100 cas que le 10 mai (communiqué n° 70) faisant état de 1.040 patients sous traitement, explique le document.

« Nous voyons que sur les 25 premiers jours environ, le Sénégal comptait 100 cas positifs et 35 jours plus tard, le Sénégal enregistre 1.000 cas testés positifs. C’est 10 jours plus tard, soit environ 70 jours après le début de la pandémie, que le Sénégal enregistre 1.000 cas sous traitement », précisent les auteurs de l’étude.

Ils soulignent aussi une «monotonie différente autour du jour 50 ; l’allure croît plus vite après 50. Pour eux,  ce constat est lié au nombre de cas testés par jour qui est passé de moins de 100 par jour, à successivement plus de 200, puis plus 400 et plus de 500 vers le 50e jour, avant d’atteindre et de dépasser les mille au-delà de cette date. « L’allure révèle une proportionnalité entre ce nombre de tests et celui des cas positifs et des cas guéris.

« En regardant de plus près les courbes des cas guéris et des cas sous traitement, nous mettons en évidence trois situations. Une situation où le nombre de guéris est supérieur au nombre de cas sous traitement : autour des intervalles 40-54e jours et entre les intervalles 87-100 et plus. Les courbes ne laissent transparaître aucun pic, sinon celui de cas sous traitement, ce qui n’a pas de sens, puisque cela ne donne pas vraiment un indicateur de propagation parce que tenant compte du taux de guérisons de façon implicite »

Des observations analogues sont notées tout au long du document. Et ces chercheurs de l’Ifan de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar soutiennent que  l’analyse du taux de positivité et du nombre de cas positifs montre que les échantillons testés par jour devraient être multipliés par 7 à 11, au moins, pour maîtriser le rythme de progression de la maladie.

« Nous ne disposons pas de tous les éléments dans l’échantillonnage et de tests de cas suspects, éléments fondamentaux dans le cadre de l’analyse de données et les réalisations de prédictions et d’inférences de hautes précisions. Cette limite sur les échantillons et le schéma d’échantillonnage pousse à explorer le nombre de nouveaux cas induits par les cas communautaires dont le voisinage bénéficierait de plus d’attention et de suivi afin de prédire les nouveaux cas positifs », avertissent-ils.

L’évolution des nouveaux cas à l’étude

L’évolution des nouveaux cas a été aussi étudiée. « Si l’on suppose qu’au moins un cas communautaire contamine une personne qui échappe à la vigilance des urgentistes, on peut prédire l’évolution des cas positifs au Sénégal, en tenant compte de trois scénarii. Nous considérons également que tout cas contact provient d’un cas communautaire et que les cas importés sont des cas déterministes et connus d’avance », affichent les chercheurs. Ceux-ci considèrent trois scénarii de contagion basée sur la durée médiane d’incubation (5 jours), la durée minimale d’incubation (3 jours) et la durée maximale (15 jours) (leparisien.fr, 11 avril 2020 ; DSET 2020 ; O’Hare et al. 2020).

« Nous supposons un taux de contagion moyen de 2,2 dans une fourchette allant de 2 à 4 selon les spécifiés des zones  », constate le document. Celui-ci nous apprend que « les scénarii optimistes se rapprochent plus du nombre de cas réels. Cela se vérifie pour la quinzaine 20-35, celles 65-80 et 80-95 tandis que pour la quinzaine 50-65 c’est la moyenne qui se rapproche plus de la réalité ».

Autre constatation  de l’étude : « le cumul du nombre de nouveaux cas positif croît chaque quinzaine ; d’abord de près de 200, puis de près de 1000, le nombre de nouveau cas approche les 1400 par quinzaine (environ 1383 pour la quinzaine 65-80). Le nombre de guéris augmente. Cela montre que les hôpitaux fonctionnent, les soins sont bons et produisent les effets escomptés, et au même moment le taux de mortalité est quasiment constant et se stabilise autour de 1 %. »

Une interrogation des chercheurs : Cette situation est-elle soutenable pour le long terme si la chaîne d’évolution de la Covid-19 ne casse pas ?

Ce qui peut « tuer » la maladie

La réponse est sans ambages : À ce stade, seul un paramètre externe (climatique, effet de saisonnalité, vaccin, etc.) pourrait conduire vers la fin de la pandémie, si les mesures de gestion prises jusque-là sont conservées telles quelles.

Toutefois, explique le document, « un facteur interne, c’est-à-dire sur lequel le système de gestion peut agir comme l’hibernation zonale ou globale des populations est une solution triviale mais rencontre des difficultés énormes dans la faisabilité ».

Une recommandation de l’étude : la communication entre les citoyens qui sont les potentiels malades et le personnel d’intervention (médecins, agents de sécurité, personnel administratif) doit être plus compréhensible et plus accessible de façon à permettre à tout individu d’appliquer les mesures de sûreté individuelles et celles liées à la sûreté collective.

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