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Envoûtement, une pratique aussi vieille que le monde Correspondance régionale, Habib KÂ, Thilogne

De simples tiges phosphorescentes d’une boite d’allumettes qui emballent les cœurs, difficile d’y croire en ce vingt-et-un énième siècle. Et pourtant, le phénomène est en train de faire le tour de la toile au point d’éclipser la grande mobilisation faite autour de la lutte contre l’homosexualité au Sénégal.

L’affaire a tout d’un envoûtement : on allume sept tiges d’allumette, on prononce le nom de l’être chéri, puis on boit l’eau et monsieur ou mademoiselle est dans la nasse.

Ce truc est tellement beau que n’y croient que les demeurés. En effet, comment de simples tiges d’allumettes “travaillées” à distance peuvent-elles enflammer les cœurs endurcis d’une jeunesse qui ne palpitent que pour s’extirper de la misère sociétale ?

Même les jeunes adolescentes, les plus petites, mues par la gagne et la détermination de s’affirmer pour tracer le sillon de leurs rêves, ne sont plus au tempo de l’amour juvénile, innocent, fait d’eau fraîche et de discours décousus.

L’envoûtement est aussi vieux que le monde. Des personnes âgées, responsables, qui se marient avec des petites filles pubères, on l’a souvent vu. L’enfant se révolte, fugue, menace de se suicider, eu égard à cette différence d’âge hallucinante. A pépé, il est généralement conseillé de ‘travailler” la petite pour la faire revenir à de meilleurs sentiments. La jeune fille une fois possédée devient une autre, docile, soumise.
Monsieur donc chef de famille et autorité peut se permettre de se marier, en toute impunité, avec une fille cadette de son/sa benjamin(e).
Voleur de conscience, violeur des temps nouveaux ? Tout le monde peut en perdre son latin.

Chose gravissime, abuser d’une femme sous l’influence de l’envoûtement équivaudrait en péché à abuser d’un être inanimé, puisqu’il n’est pas dans son état, il est assimilé à un mort, la personne est supposée inanimée. Même si ce n’est pas de la nécrophilie, c’est tout comme.

Tout le monde connaît les mystères du cadenas, le morceau de tissus déchiré d’un habit, les sous-vêtements, les cheveux, la photo, autant de choses proches de la future victime qui concourent à l’envoûter.

Pour l’homme, l’envoûtement n’est pas pour un désir charnel à partager, mais généralement c’est pour le soumettre à la tyrannie des propres caprices de la femme. L’apprivoiser d’abord, le domestiquer, puis le fidéliser comme un chien.

Parce que dans les relations homme-animal, le chien n’a pas son commun en fidélité en obéissance aux ordres du maître, s’il a subi le dressage indiqué.
Monsieur devient ainsi quelqu’un qui obéit sans rechigner à l’œil de la maitresse des lieux.

Beaucoup restent convaincus qu’à la longue, l’homme, si acariâtre, si compliqué qu’il avait été au printemps de sa jeunesse, dans sa vie de couple, avec le temps qui s’en va, les enfants qui grandissent et aspirent à prendre leurs libertés et leurs responsabilités, il finit par se retrouver à la périphérie des centres de concertations et de décisions du cercle familial. Pour ne pas dire, inessentiel dans le foyer, ignoré, isolé pour n’être “responsabilisé” que dans quelques services protocolaires qui reprouvent la maestria de la femme : celer un mariage, donner le nom au baptême, prières mortuaires.

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