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Emploi ou enrôlement de jeunes ? 450 milliards, une goutte d’eau dans un océan de chômage Par Habib KA, Bureau régional Matam

L’annonce des 450 milliards faite par le chef de l’État le 03 avril 2021 dans son adresse à la Nation trouve sa réalité avec les assises de ce jour du Conseil présidentiel ; ceci relève plus d’une opération de charme que d’une capacité réelle d’agir : tant que l’État reste vissé dans cette option de clientélisme politique, il aura beau multiplier les agences, varier ses plans, les résultats seront toujours mitigés, en dépit des milliards alloués.

450 milliards annoncés, un Conseil présidentiel de la Jeunesse prévu ce jeudi 22 avril, des maires qui brûlent d’impatience pour être mis en selle dans les circuits des financements des projets, de jeunes politiciens oisifs qui ne remplissent aucun critère d’éligibilité d’un prêt, tout ce monde se bouscule au portillon du guichet pour décrocher sa part du gâteau.

Le financement des jeunes ne saurait être réduit à une simple marchandisation de ceux-ci, un guichet automatique de leur enrôlement pour les trois prochains rendez-vous électoraux de 2021, 2022, 2024.

Les limites sont trop minces pour verser dans la politique politicienne, la tentation trop grande pour qui cherche à conserver le pouvoir.

Cette nouvelle orientation politique, au point de faire hiberner pour longtemps encore sous le hangar le train Express Régional (TER) qui a été perfusé de 10 milliards de la délégation à l’Entreprenariat rapide (l’information est du Ministre Délégué général) laisse confirmer que le président de la République se positionne. N’est-ce pas l’amorce d’une campagne électorale avant l’heure d’un candidat autoproclamé, prêt à tout pour s’octroyer un troisième mandat.

L’annonce des 450 milliards faite par le chef de l’État le 03 avril 2021 dans son adresse à la Nation, relève plus d’une opération de charme que d’une capacité réelle d’agir.

D’abord, il n’est pas du rôle de l’État de créer des emplois, surtout à un million de jeunes, en moins de trois ans ; ensuite, la barre est trop élevée pour qui ne réussit pas à boucler cinq cent mille en neuf ans de gouvernance ; enfin, 450 milliards, pour un programme si ambitieux, c’est comme une goutte dans la mer.

Les plans d’Ajustement structurel (PAS) des années 80 sous Abdou Diouf avaient enterré l’État providence, où le trop d’État tue l’État. L’État ne s’encombrait plus de créer des emplois ;  au contraire, il se désengageait avec les départs volontaires de la Fonction publique et l’insertion des maîtrisards-chômeurs dans les secteurs du transport, de la boulangerie, etc…, exactement tel qu’aujourd’hui où il tentait de stimuler un secteur privé embryonnaire.

Le chômage n’est pas conjoncturel, il est structurel. Sa solution demande des réformes profondes, consolidantes, des infrastructures et industries transformatrices de base, capables de produire des emplois stables, durables, comme option de développement vers l’émergence.

C’est connu, par ailleurs : réussite entrepreneuriale et militantisme politique ne font pas bon ménage. Ceux qui entreprennent et réussissent au Sénégal sont en général en retrait de l’activisme propre aux partis : réunions, mobilisations. Deux mondes différents que le gouvernement du Sénégal tente de superposer pour diligenter sa politique de formation et d’emploi et satisfaire en même temps une clientèle politique trop exigeante.

C’est ainsi que chez les partisans de Macky Sall, le financement de ses jeunes est conçu comme un système naturel de redistribution de dividendes au sein du parti. Tant que l’État reste vissé dans cette option de clientélisme politique, il aura beau multiplier les agences, varier ses plans, les résultats seront toujours mitigés, en dépit des milliards alloués.

Pour n’avoir pas respecté ce principe sacro-saint, Pape Amadou Sarr, ministre, Délégué général de la Délégation à l’Entreprenariat rapide (DER) des femmes et des jeunes dut essuyer les huées de l’association des Maires du Sénégal (AMS) le 11 avril dernier. Ceci renseigne à suffisance sur les intentions cachées de ces messieurs dont les mandats ont expiré depuis le 30 juin 2019.

Pourtant, Pape Amadou Sarr est dans un domaine qu’il maîtrise, plus qu’eux tous, dans la logique de sa démarche de technicien de l’économie et des finances, dans la sincérité d’un discours dénué de toute langue de bois.

A cheval sur les principes, ce technicien des finances a su isoler les élus locaux du circuit de financements, préférant la collaboration directe des préfets, procureurs, gouverneurs des régions.

Parce que le financement des femmes et des jeunes n’est ni un don, une subvention, en conséquence, il ne peut être considéré comme de l’argent gratuit à distribuer aux militants, habitués aux fonds perdus sans garantie, ni remboursement ; c’est un système de prêt et d’accompagnement, sécurisé par des conditionnalités et des mesures gendarmes.

Pour une population de 16 millions d’habitants dont 5 millions de jeunes chômeurs et 90% de l’économie dans l’informel, le combat pour l’emploi, l’insertion et la réinsertion des jeunes, suite à une tempête politique, ne s’improvise pas, il se programme dans la durée pour les générations futures.

Est-ce l’amorce d’un nouvel élan pour le président de la République pour sortir du bourbier des grands chantiers dont le train Express régional (TER), le bus Rapide transit (BRT), les aéroports régionaux, le désenclavement de certaines zones du Sénégal par des infrastructures routières, portuaires, les grands aménagements territoriaux pour l’équité territoriale ?

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