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Dossier Lamine Diack: Une embellie financière qui inquiète, en quinze ans, sous le magistère de Lamine Diack, les recettes de télévision et de sponsoring se sont élevées à plus d’un milliard d’euros Par Pape Sadio THIAM

Malgré le terrible boulet de la corruption dont on l’accuse à tort ou à raison, Lamine Diack peut se flatter d’avoir mondialisé le premier sport olympique. Sur le plan comptable, les recettes de télévision et de sponsoring se sont ainsi élevées sous son magistère, en quinze ans, à plus d’un milliard d’euros.

Faut-il le rappeler,  le financement de l’IAAF provient essentiellement des sponsors et des droits de télévision. Jusqu’en 1981, les sources de revenus de l’IAAF étaient les fédérations membres qui ne versaient qu’une participation symbolique ne permettant ni l’organisation de compétitions du même niveau que celles d’autres sports, ni l’émergence de l’IAAF comme fédération internationale et encore moins de l’athlétisme au niveau mondial. Faute de financements, l’IAAF ne pouvait organiser de compétitions internationales majeures et les jeux olympiques faisaient alors figure de championnats du monde d’athlétisme. Au début des années 2010, le budget de l’IAAF était en forte baisse en raison de la perte de sponsors importants et de la baisse des revenus tirés des droits télévisuels, ce qui a provoqué une crise financière au sein de cette institution. C’est dans ce contexte budgétaire difficile que les premières analyses des passeports biologiques mises en place en 2009 ont révélé qu’un grand nombre d’athlètes russes de demi-fond et de fond, vingt-trois en l’occurrence, affichaient des résultats anormaux. L’IAAF s’est donc retrouvée à la fin de l’année 2011 face à cette situation d’augmentation exceptionnelle des cas suspects de dopage russes, alors même que les négociations de sponsoring et de vente des droits télévisuels avec des sociétés russes pour les Championnats du Monde de Moscou battaient leur plein.  L’IAAF étant dans l’impossibilité de se priver des sponsors et droits télévisuels russes, à quelques mois de ses Championnats du monde de 2013, il a été décidé d’éviter toute mauvaise publicité qui aurait nuit à la recherche des sponsors russes. C’est ainsi qu’une gestion raisonnée et graduée des cas russes a été privilégiée par l’ensemble des acteurs du processus de contrôle anti-dopage, en posant toutefois comme condition la non-participation de ces athlètes au palmarès des évènements. Il est certain que sans cette décision de temporiser le déroulement de la procédure de sanctions à l’encontre des athlètes suspectés de dopage, la banque russe VTB n’aurait jamais accepté de renouveler le contrat de sponsoring et de payer la somme de six millions d’euros pour acquérir les droits télévisuels pour les Championnats du Monde de Moscou, faute de participation d’athlètes russes. Plus largement, ce partenariat permettait à l’IAAF de percevoir sur l’ensemble des droits marketing la somme totale de 32 millions USD sur la période 2012/2015 (D660/51). Dans tout autre scénario, les Championnats du Monde de 2013 auraient donc été compromis et un tel échec aurait inéluctablement eu un impact extrêmement négatif sur l’image de l’IAAF ainsi que ses sources de revenus, et donc sur sa capacité à organiser de tels événements à l’avenir.

Lamine Diack indiquait dès sa garde à vue l’importance de la réussite de ces Championnats dans l’intérêt de l’IAAF uniquement :

Question du juge : « Si nous comprenons bien, vous avez préféré différer les sanctions des athlètes russes pour ne pas froisser l’ARAF ? »

Réponse : Non. Ce sont nos championnats du monde, ceux de l’IAAF, donc nous devions les réussir. Le renouvellement du contrat de sponsoring avec la banque VTB est intervenu en février 2012. La décision d’aménager les sanctions des athlètes russes suspectés de dopage s’explique également par la volonté d’éviter un scandale à quelques mois des Jeux Olympiques de Londres de 2012, dont les revenus sont une source de financement non-négligeable pour l’IAAF”.

C’est donc à tort que le Procureur de la République a affirmé, dans son réquisitoire définitif, que la décision de temporiser la procédure de sanctions à l’encontre des athlètes russes était « une opportunité supplémentaire de s’enrichir ». Le dossier n’établit d’ailleurs nullement un quelconque enrichissement de M. Lamine Diack du fait du renouvellement de ces contrats de sponsoring qui ne l’ont été qu’au profit de l’IAAF.

 

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