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Coordinateur aujourd’hui, Premier ministre demain ? P. MBODJE

Coordonnateur national pour les élections municipales et départementales, en bonne vieille politique, désigne le directeur de campagne et, par extension ou extrapolation, le Premier ministre.

C’est la tradition républicaine au Sénégal, de Habib Thiam à Muhammad Boun Abdallah Dionne. En sera-t-il de même pour Amadou Bâ ?

Certains projectionnistes ont allègrement franchi le pas et placé Amadou Bâ à la station primatoriale. Ils partent d’un certain empirisme administratif observé depuis les Socialistes sous l’ère Abdou Diouf avec Habib Thiam directeur de campagne qui passe traditionnellement de la primariture à la présidence de l’Assemblée nationale. À l’époque, c’était la porte de sortie, à tout le moins, de nos jours, refuge pour vieillard grabataire ; Amadou Bâ n’aura certainement pas ce sort.

Le remaniement après les locales de janvier 2022 pourrait ainsi consacrer les efforts de toujours de l’ex-ministre dans la conquête des cœurs perdus par Macky Sall ; il y avait réussi en 2019 en parvenant à réduire considérablement le retard de Macky Sall dans la reconquête de la capitale. Désormais avec deux fers au feu avec Amadou Bâ argentier et Abdoulaye Diouf Sarr au charbon, le président de la République pourrait tirer les marrons du feu et voir l’avenir sous de meilleurs auspices, comme lui a promis Mahmoud Saleh le 24 octobre en sifflant le branle bas de combat : l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Subsidiairement, en tant qu’ancien patron de Ousmane Sonko qu’il a eu sous ses ordres pendant près de quinze ans, Amadou Bâ pourrait le ramener à la raison, en ces périodes où il ne faut surtout s’étonner de rien, la Toussaint 2021 pouvant être grosse d’une aussi grande surprise que sa sœur de 2020.

Car si le cœur balance et donne une dose de morale à la politique, la raison fait la différence : Macky sera candidat en 2024. Il le laissait entendre pendant qu’on le poussait vers la sortie dès le 24 février 2019. Il l’avait précisé aux maires Apr de la majorité que l’intervalle entre 2021 et 2024 devait lui permettre d’aplanir les difficultés au niveau national. On aurait pu penser que c’était juste pour donner le change, comme Saleh avtenté de mobiliser des troupes démoralisées en les projetant dans un avenir qu’elles doivent partager pour le prochain candidat marron.

Mars ne les a pas éloignés de l’objectif, lui et tous les siens, dont des praticiens émérites du Droit, qui veulent le convaincre qu’il en avait la légitimité, s’il voulait. « S’il en a le droit et qu’il veut » avait déjà dit Ché dans notre édition du 21 décembre 2020.

Le cœur ? C’est prétendre que 2024 est plus moral que juridique : depuis Wade, le Droit vacille, du moins il est l’objet d’imprécisions qui laissent la place à l’interprétation, voie de tous les abus.

Macky Sall fera cependant face à une génération non encore fossilisée portée par une jeunesse décidée à imposer l’esthétique en politique, deux termes inconciliables dans ce champ.

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