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Contexte de crise dans le transport aérien et projets de développement de l’aéroport AIBD de Diass Ababacar Sadikhe DIAGNE

Il est rapporté dans la presse des propos prêtés au ministre du Tourisme et des Transports aériens sur deux projets importants qui devraient être réalisés sur le site du nouvel aéroport de Diass qui risqueraient de connaître des retards ; il s’agit d’un centre de maintenance aéronautique et un autre dédié à la formation aux métiers de l’Aviation plus précisément (Centre de Maintenance et de l’Académie des Métiers de l’Aéronautique).

Selon ces informations, des retards seraient à craindre quant à leur exécution.

Considérés comme des éléments importants de la stratégie de développement du transport aérien de l’Etat du Sénégal, ils constitueraient deux facteurs essentiels concourant à faire de l’aéroport international Blaise Diagne la première plateforme de correspondances (1) de la sous-région.

À notre avis, les deux projets bénéficieraient des partenariats avec l’Organisation de l’Aviation civile internationale (OACI) et avec l’Association des Transporteurs aériens internationaux (IATA) pour leur dégrossissement et une option simple à mettre en œuvre. La première étape qui peut être lancée rapidement est l’étude de faisabilité technique et l’autre indispensable pour la viabilité économique est l’étude économique. Peut-être que ces étapes ont été franchies, auquel cas, ces observations seraient sans objet. C’est seulement lorsque sont disponibles ces deux éclairages que des décisions peuvent être prises.

Air Afrique avait la capacité d’assurer la maintenance des avions A 320 et la disponibilité des volumes horaires pour le faire. Pourtant, c’est seulement durant des grèves à Air France et Air Inter que ces deux compagnies ont confié à la multinationale l’entretien de leurs machines. Certaines entreprises africaines possédant des aéronefs pouvant être entretenus par Air Afrique avaient fait le choix de confier leurs machines à des ateliers hors du continent.

Une grave erreur serait d’engager des ressources dans des projets sans s’être assuré de leur faisabilité, rentabilité et viabilité.

Un partenariat avec les constructeurs aurait permis une approche réaliste de ces projets avec une prudence économique garantissant une utilisation à bon escient des ressources publiques. Ces constructeurs pourraient éventuellement franchiser le centre de maintenance ou tout au moins l’agréer, ce qui serait un atout commercial important.

La volonté politique ne suffit pas. Il faut qu’elle soit éclairée par l’expertise technique et économique.

À défaut un échec coûteux ne serait pas à exclure, notamment en ayant des ateliers bien équipés et un centre de formation sans la clientèle permettant leur rentabilisation.

Dans l’aéronautique il y’a des spécialités ; souvent, les techniciens cèdent à la tentation de sortir de leurs domaines de compétences : que connaît Ababacar Sadikhe Diagne dans le Droit aérien et spatial par exemple ?

Certains ont voulu faire le vide et se faire passer pour des omniscients en matière aéronautique.  Ils n’ont fait que porter préjudice au secteur et au pays, voire à la sous-région. La redondance des entités s’occupant des mêmes activités crée des interférences voire des incohérences préjudiciables au bon fonctionnement du secteur.

Ma préoccupation est que soient évitées des décisions prises sans les indispensables études et analyses qui assurent la bonne utilisation des ressources publiques. Il est essentiel d’être très prudent sur le plan économique en cette période où les marges de manœuvre de l’Etat sont relativement étroites.

Les conséquences de la crise de la Covid-19 sur l’activité économique mondiale ne sont pas encore bien connues, notamment sur le tourisme et le transport aérien international. Dans ces conditions, la prudence ne peut être que favorable.

Ababacar Sadikhe DIAGNE

Ingénieur diplômé de l’école nationale de l’aviation civile (France) et du Massachusetts Institute of Technology (USA)

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(1)-le “terme plateformes de correspondances” est préférable à “hub” incomplet et non approprié.

“Hub and spokes : moyeu et rayons en français ” est le terme juste qui est normalement utilisé pour décrire le réseau d’une compagnie basé sur un aéroport central à partir duquel ses vols convergent et divergent vers les agglomérations desservies. Il y’a d’autres types de réseaux, notamment les vols circulaires ou les réseaux en étoiles. Chacun a ses avantages et inconvénients.

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