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Communication du leader de Pastef: Sonko va en guerre… Par Mame Gor NGOM, Desk central, Le Devoir

La radiation de la fonction publique et les accusations de viols ont beaucoup impacté sur la communication d’Ousmane Sonko. Va-t-en-guerre pour accrocher et surtout préparer des “guerres” en perspective.

“Il m’a attaqué, je l’ai battu, je l’ai déshabillé”, explique Ousmane Sonko aux journalistes qui lui demandaient de revenir sur sa bagarre avec le député de Benno Bokk Yakaar Amadou Mberry Sylla, le 25 juin 2021, à l’Assemblée nationale, lors du vote controversé de la modification de la loi sur le terrorisme. Le leader de Pasfef était très à l’aise même s’il soutient qu’il a été obligé de réagir face “à la provocation”. Une ligne de conduite assumée. Le champ lexical de la “résistance” de la “guerre” qu’il utilise dans sa communication défensive, souvent offensive. Pourquoi une telle posture ?

Certainement son parcours y est pour beaucoup. Sa radiation de la fonction publique en 2016 l’a radicalisé davantage. Considérant que le pouvoir voulait le “tuer socialement et politiquement”, cet ancien Inspecteur des Impôts et des Domaines n’a pas lui non hésité à sortir la “grosse artillerie verbale” contre le président de la République qu’il prend à juste raison pour son bourreau. Une communication qui a fait ses effets sur l’opinion. Des fruits qu’il amasse. Le voilà élu député en 2017. Une sorte de réhabilitation qu’il savoure, tout en continuant à rester inflexible. Entre dénonciations et révélations tous azimuts, il a fini par être considéré comme le seul opposant qui s’oppose réellement. C’est en toute logique, qu’il obtient ses parrainages en 2019 et arrive troisième à la présidentielle du 25 février 2019 derrière Macky Sall et Idrissa Seck. Ce dernier, en rejoignant la mouvance présidentielle en novembre 2021, lui a cédé la place de chef de l’opposition qu’il incarnait d’ailleurs en réalité.

Les accusations de viols, le tournant

Les graves accusations de viols avec violences par Adji Sarr ont été un tournant de grande importance dans la communication d’Ousmane Sonko.  Se radicaliser, y aller sans gants ou périr s’est-il dit.  Il a pris le chemin de la radicalité. Avec un discours va-t-en-guerre au point que le régime évoque un “appel à l’insurrection”. A la résistance, rétorque Sonko qui convoque la Constitution et le droit pour chaque Sénégalais d’avoir la possibilité de “résister devant l’injustice”. Une forme de communication qui lui réussit bien. N’a-t-il pas convaincu tous ces Sénégalais, déterminés à le défendre, au-delà de son cercle de militants ? Pour un homme accusé si gravement, ces soutiens massifs sont sans nul doute dus à une bonne “explication de texte”. Un bon timing, comme sa première déclaration nocturne qui préparait les Sénégalais à une éventuelle arrestation, lui qui refusait de répondre à la convocation de la Gendarmerie. Il n’hésite pas à convoquer la presse ou à faire des déclarations sur des sujets qu’il juge importants. Son verbe cru allant jusqu’à révéler ses intimes maux de dos a suscité l’émotion. Une manière bien singulière d’attirer la sympathie et la compassion en lieu et place du dépit contre un homme si surveillé qui fréquente les salons de massage de fortune.

Les images de son arrestation sur le chemin du bureau du juge, la sérénité qu’il dégageait, tout de blanc vêtu au milieu de forces de l’ordre, gros gailleurs tout en noir, ont été riches en symboles. Des instants que le leader de Pasfef a su utiliser et exploiter à bon escient pour son compte, pour son image…de leader. Une gestion du “temps”, de ses “moments de gloire” impeccable. Les réseaux sociaux aidant. Pas une surprise pour un homme qu’on qualifiait de candidat des réseaux sociaux.

Aujourd’hui, il est sorti renforcer d’une épreuve qui pouvait l’anéantir. Le plus difficile est à venir. Comment faire pour ne pas vendanger tout ce crédit ?

Il est sans doute conscient que l’opinion est si versatile.

Et ses moindres faux pas seront exploités contre lui. Sonko a donc intérêt à éviter de bander… les muscles, éviter si possible les confrontations physiques. Comme à l’Assemblée nationale, l’autre jour.

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