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Chronique régionale: PEXE MA SI BOOLE Habib KÂ, Thilogne

Décidément, si le président Macky Sall était conducteur de bus de transport public, beaucoup d’usagers seraient descendus avant d’arriver au lieu de leurs différentes destinations. Ceux qui sont abonnés du trajet, dès qu’ils verront sa tête pointer, préféreront attendre le bus suivant pour éviter de se laisser violenter le corps et l’esprit.

Parce que Macky Sall a une conduite propre aux cascadeurs : coups de freins brusques, démarrages en trombe, coups de volant secs.

Il est ainsi, ou s’est révélé tel, depuis un 25 mars 2012, quand les Sénégalais le plébiscitèrent pour enterrer le wax waxeet, la tentation de dévolution monarchique du pouvoir, le scalp de la Constitution, pour honorer le Pape du Sopi d’agir comme il entend.

Depuis ce jour, Macky Sall n’a de limites que sur ce qui échappe à son imagination. Et sur ce registre de l’anticipation, des leurres, des pièges fourrés, de la dissimulation et de la simulation, le disciple dépasse le maître, Wade. Machiavel même.

Sur tous les toits, le nouveau chef de l’État que les Sénégalais n’avaient pas encore fini d’applaudir, clamait, urbi et orbi : “Je réduirai mon mandat de sept ans à cinq ans” pour permettre aux pays de revenir au quinquennat. Macky Sall se voulait l’homme des transitions, des profondes réformes institutionnelles pour faire de l’État un État de droit, démocratique, conformément aux propositions des travaux issues des Assises nationales dont il avait, entre les deux tours, signé les conclusions.

Finalement, les conclusions des travaux confiés au doyen Amadou Moctar Mbow sont, au plus, une source d’inspiration et pas du tout un bréviaire pour lui, chef de l’État, que les Sénégalais ont élu et personne d’autre.

Puis viennent les révisions des listes électorales, les cartes d’identité biométriques, les procès des proscrits, ses potentiels adversaires politiques, Karim Wade, Khalifa Sall, Ousmane Sonko.

Le rythme s’intensifie, crescendo, s’emballe, déraisonné. Les passagers ballottés à droite, secoués à gauche, entre montées vertigineuses et chutes chaotiques.

Et viennent les primo votants, frappés du “ne peut pas voter”, des citoyens privés du droit de vote, droit élémentaire.

Le référendum avec son lot de points, le parrainage sélectif, la caution, les vices du scrutin dans les bureaux de vote, le vote sur simple présentation d’un acte de naissance, les permis de circuler

Aussi, il y’a eu le:

“je ne dirais ni oui, ni non” et le “je n’ai jamais dit que je vais me présenter pour un 3ème mandat”.

Les reports successifs des élections locales et leur répercussion automatique sur les Législatives, la Présidentielle de 2024. Puisqu’il dispose des prérogatives de fixer les dates des élections, il peut se permettre de prolonger indûment son mandat pour quelconques raisons, justificatifs à l’appui.

Aujourd’hui, avec le découpage de la région de Dakar, personne ne peut prédire le visage que cette ville aura avec ce morcellement tout azimut, la démultiplication des maires des communes, leurs coûts, les perturbations du dispositif électoral qui peuvent servir d’alibi pour encore reporter une énième fois les communales, même si le chef de l’État Macky Sall a décrété le 23 janvier 2022 date des élections.

Tout cet activisme débordant, ces jalons posés, Macky Sall ne le fait certainement pas pour Idriss, Mansour, Aliou mais il se prépare, en conséquence, à sa propre succession.

En effet, le système Medvedev-Poutine n’a de chance de réussite qu’au pays des soviets suprêmes connu pour sa discipline organisationnelle et la centralisation du pouvoir au sein de l’instance suprême de la Nomenclatura.

Macky Sall manœuvre pour son propre compte, alliés ou opposition, désormais ne comptent pour lui parmi eux, que ceux qui peuvent plier le dos pour lui servir de marche pied, prêts à faire sauter tous les verrous qui s’opposeraient à son 3ème mandat.

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