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Bara Tall: Le Vert dans le fruit P.MBODJE

Il faut certainement se contenter plus du portrait de Abou Abel Thiam d’il y a un peu plus de 10 ans (Bara Tall, entièrement construit à Thiès) qu’au dernier papier de « Jeune Afrique » (Sénégal : Bara Tall relaxé, et après ?, 21 mai 2011  par Michael Pauron) : l’histoire de vie développée par le confrère local détermine l’homme et permet aujourd’hui de comprendre l’ancrage de l’homme dans ses valeurs sénégalaises dans une société qui lui a tout donné et pour laquelle Bara Tall souhaite léguer un souvenir immaculé de virginité ; cette vie prime sur la querelle politique Wade-Idrissa Seck en route vers le second mandat de 2007.

S’il s’est en effet fourvoyé dans le secteur politique par faiblesse devant l’invite du tout puissant Ousmane Tanor Dieng, il pensait en effet être plus utile à sa ville, Thiès, qu’à se faire potentat local. Est-ce qu’il a payé par la suite sa proximité avec Idrissa Seck ? Me Wade l’avait pourtant à la bonne : Bara Tall avait ses entrées au palais, tant et si bien qu’un conseiller non sans malice lui proposait des locaux à côté du bureau de Karim Wade avant l’immeuble Tamaro.

Les tentatives de réhabilitation post-2012 expliquent sans doute la route Kaolack-Fatick mais une fatalité semblait s’exercer sur le rescapé de la furie de Wade avec les contestations notées qui ont prolongé la mise au Vert du relaxé dont parle Ja ; ses essais de retour avec le puissant appui à la Force Covid en 2020 peuvent donc faire réfléchir : l’argent n’est pas sa hantise.

Bara Tall symbolise pourtant l’échec d’une politique de préférence nationale, à compétence égale : des premiers polytechniciens, il est verni quand son employeur en fait un patron ; désormais, c’est « Bara Tall travaille pour vous », ou, pour faire original : Bara Tallix.

Puis ce fut la chute, l’amitié en politique. L’entrepreneur est  poursuivi pour avoir surfacturé 11,5 milliards de F Cfa dans le cadre des chantiers publics à Thiès, …voie qu’emprunte le président Wade pour se débarrasser de celui accusé à tort ou à raison de trop loucher vers le fauteuil présidentiel.

Avec lui et après l’ancien directeur de la Régie des chemins de fer poil à gratter d’Idrissa Seck, Mbaye Diouf, le régime libéral poursuit la chasse aux Socialistes, lui qui se gaussait d’être de la même génération que Abdou Diouf pour être mis au-devant de la scène en même temps que le Premier ministre devenu président en 1981 : la passation de service est identique quand il prend du galon à Jean Lefèvre qui lui laisse la clef et que Bara Tall se laisse couler dans l’arène politique avec son article 35 : il subira les mêmes foudres qu’un Abdou Aziz Tall, Mamadou Tèra Sarr : le Vert de la justice du vainqueur était dans le fruit.

Certes, sa Vdn est moins valorisée qu’à Dakar ; moins pour la qualité de l’ouvrage que par les conséquences politiques immédiates : les tentatives socio-économiques sont encore timides avec les populations quand les  infrastructures sortent timidement de terre et tardent dans leur finition ; mais l’ouvrage secondaire n’y est pas qui aurait relevé la majesté du goudron opposé à un ouvrage de franchissement, par exemple ; cela semble inévitable vu le rythme des réalisations actuellement en cours : Bara Tall aurait pu parier sur l’avenir, lui qui ne vit que pour Thiès.

Il est vrai qu’en participant à la lutte contre pandémie, il démontre son souci du partage. Comme lorsqu’il réfectionne l’école de sa jeunesse. Mais son rêve pour Thiès est remis en cause par la modicité de la Vdn : aucun plein, au délié, aucun garde-fou pour maintenir le conducteur en éveil. Comme en d’autres moments, lorsque son ouvrage est remis en cause (Kaolack-Fatick). Une injure pour celui qui se veut orfèvre en tout.

Alors, au Vert ?

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