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Babacar Ngom Sedima Des poulets et des terres…

Pour faire prospérer son business et assurer un avenir certain à sa progéniture, Il lui faut bien obtenir des terres, et beaucoup de terres. Il ne lui suffit pas d’avoir acheté la moitié de Keur Massar, aujourd’hui et demain c’est Ndingler et Djilakh qu’il lui faut. Dans leur entièreté et à tout prix. Quitte à déposséder de pauvres villageois de leur bien commun, la terre de leurs aïeux. Qu’importe pour lui car, l’essentiel est d’assurer l’avenir et l’épanouissement de ses chères poules, à commencer par son poussin adoré, la bien nommée Anta Ngom. Si tout se passe comme le souhaite le tout puissant Babacar Ngom, sa chère Anta héritera des terres de Ndingler et elle pourra, à sa guise, parquer les autochtones dans une réserve de son choix, à deux pas de leur village ancestral. D’ailleurs, et c’est lui qui le dit sans ambages, monsieur Ngom débourse pas moins de 16 millions par mois pour intéresser (payer ?) les gendarmes du coin afin qu’ils veillent avec vigilance sur le site qu’il a acquis de manière illégitime.

Sauf que les héritiers légitimes de ces terres ne l’entendent pas de cette oreille. Et, depuis plusieurs mois ils ne cessent de manifester leur désaccord sur ce qu’ils considèrent comme une intolérable atteinte à leur intégrité. Et, pour mieux s’assurer que leurs revendications seront prises en compte, ils comptent battre le macadam ce 17 juillet afin de protester contre l’attribution illégale de leurs terres à Ngom Sedima. A leurs côtés, d’éminents responsables de la société civile et des avocats célèbres comptent peser de tout leur poids pour que cette acquisition soit annulée. Maître Boucounta Cissé, ancien président de l’Organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) dénonce d’ailleurs vigoureusement le tour de passe-passe qui a permis à l’homme d’affaire de Keur Massar d’acheter, par une délibération illégale près de 300 hectares sans coup férir. A l’en croire, monsieur Ngom est coupable d’une «tentative d’enrichissement sans cause». Voici ses arguments : «Le conseil rural de Sindia, à l’époque, a délibéré sur un objet inexistant. C’est ce qu’on appelle en droit administratif, le fait d’outrepasser ses pouvoirs. Et lorsqu’une autorité administrative outrepasse ses pouvoirs, on parle d’illégalité de la mesure qui a été prise. Même si la Sedima a bénéficié de cette délibération, elle est frappée d’illégalité et cela peut faire l’objet d’un recours devant la Cour suprême pour excès de pouvoir».

Aussi, les populations, outre qu’elles ont décidé de marcher dans les rues de la commune le 17 juillet et bloquer la route nationale, elles peuvent, après coup, déposer un recours auprès des tribunaux dans le but de faire annuler purement et simplement la délibération qui a permis à monsieur Ngom d’acquérir ces terres. L’avocat Boucounta Cissé, par ailleurs originaire de la commune de Djilakh de préciser : «Djilakh peut être vendu à 10.000 F le mètre carré. Avec 225 ha, vous avez 22 milliards 250 millions. Alors celui qui nous dit qu’il a investi 2 milliards pour ce titre foncier dans ce village se retrouve avec 22 milliards à raison de 10.000 F le mètre carré». Une prouesse qui relève d’une pirouette administrative manifestement illégale et qui doit être condamnée fermement.

Par Mohamed Bachir Diop

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