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Arrestation de Boubacar Seye, Fonds contre l’émigration clandestine: L’Union Européenne en toute diplomatie Mame Gor NGOM, Rédaction centrale, Le Devoir

Même si la Délégation de l’Union européenne (UE) à Dakar n’a pas évoqué l’arrestation de Boubacar Sèye de « Horizon sans frontières » (HSF), il est clair que son communiqué sur les fonds dégagés depuis 2016 pour stopper l’émigration clandestine  sonne comme une mise au point…diplomatique destinée aux autorités sénégalaises et à l’opinion. Texte expliqué.

L’argent n’aime pas le bruit, dit-on ici. L’arrestation et l’emprisonnement de Boubacar Sèye, en est une parfaite illustration. Pour avoir dénoncé une « nébuleuse de 118 milliards pour avoir dénoncé, le dirigeant de l’organisation « Horizons sans Frontières » est envoyé en prison. L’Etat du Sénégal l’accuse de « diffusions de fausses nouvelles ».

Une arrestation qui a  fait grand bruit. Est-ce la raison pour laquelle l’Union européenne est sortie de sa réserve ? Dans un communiqué daté du 22 janvier 2021, l’UE explique que le fonds fiduciaire a permis au Sénégal « l’opérationnalisation d’un partenariat à travers 18 programmes, dont 10 nationaux et 8 régionaux, pour un montant total de 198 millions d’euros (environ 130 milliards FCfa)». Quels sont les objectifs de ces montants ? «Ces fonds sont pour apporter une réponse intégrée et coordonnée aux diverses causes de la migration, des jeunes en particulier».

Une évaluation exhaustive des « politiques initiées dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine a-t-elle été faite, comme le sollicitait Boubacar Sèye  ? Selon le communiqué de l’UE, «la jeunesse et l’emploi des jeunes sont, en effet, au cœur de chacune des actions de l’UE dans le cadre de son partenariat avec le Sénégal» ; le document renchérit que le Sénégal fait partie des cibles prioritaires dans la lutte contre le phénomène de l’émigration clandestine. «La publication de l’Agenda européen en matière de migration, en 2015, et le nouveau cadre de partenariat avec les pays tiers en matière de migration, de juin 2016, ont permis à l’UE d’engager un dialogue intensifié avec le gouvernement du Sénégal sur les questions liées aux migrations. En juillet 2016, le Sénégal est devenu l’un des 5 pays prioritaires du cadre de partenariat»

Boubacar Sèye dit détenir des documents de l’Union européenne sur cette question qui confirment les déclarations qui lui valent son arrestation.

 «Les actions du Fonds fiduciaire de l’UE (FFUE) pour l’Afrique au Sénégal visent d’abord la création d’opportunités économiques et d’emplois. Le fonds encourage, en effet, la formation et l’insertion professionnelles des jeunes, soutient la création de chaînes de valeur, l’amélioration de la compétitivité des entreprises, et favorise la mobilisation des ressources de la Diaspora pour contribuer au développement économique et social du Sénégal», explique le document de l’UE. Des appuis « complétés par des activités de sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière, mais aussi les opportunités offertes dans les différentes régions du Sénégal», explique la note.

«Les actions du FFUE sont mises en œuvre par des partenaires très variés : Agences de coopération des Etats membres de l’UE, des Ong, des Agences de l’Onu, des Administrations et Agences publiques sénégalaises. Elles complètent ainsi les autres dispositifs et instruments de coopération de l’UE», poursuit l’UE qui soutient que «tous les projets de l’UE, y compris ceux du Fonds fiduciaire d’urgence (FFU), font l’objet de procédures de vérification des actions et des dépenses, au cours de la mise en œuvre ainsi que des audits et des évaluations en fin de projets ». Une manière « diplomatique » de montrer  que l’UE  s’assure « des résultats pour les bénéficiaires ciblés », d’où un « suivi de proximité » et l’évaluation des  activités menées, « notamment avec la mise en place d’un système de suivi et d’apprentissage qui vise à mesurer les résultats et l’impact des projets». Une manière bien subtile d’affirmer que l’UE surveille « ses » fonds comme du lait sur le feu et s’est déjà faite une religion sur la manière dont ils ont été gérés. Mais elle se garde, pour le moment, de tout jugement. Du moins publiquement.

« Connivence coupable »

Une telle attitude n’agrée pas le collectif « Noo Lank » composé d’organisations de la société  civile comme Yen a marre et de partis politiques. « La  sortie de l’UE a  manqué de clarté et de caractère résolutoire à la question posée par Boubacar Sèye et reprise par toutes les organisations de la société civile », dénonce-t-il.

« Ce clair-obscur de la représentante de l’Ue est une fuite de responsabilité inacceptable. Sa déclaration contribue à encourager l’opacité du gouvernement que dénonce précisément le président d’Horizon sans frontières », poursuit Noo Lank dans un communiqué.

« Cette connivence coupable est historiquement la cause et le lit de l’inefficacité de l’aide publique au développement qui est utilisée en grande partie pour enrichir des gouvernants et justifier la signature de contrats léonins sur les ressources naturelles du pays dans le domaine de la pêche, des mines, des hydrocarbures et des infrastructures. C’est pourquoi l’affaire Boubacar Sèye est le symbole d’une mal gouvernance économique et d’un régime liberticide dépassé », peste le collectif.

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