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An XVIII de la commémoration du bateau le Joola: Avec quatre frères disparus Samsidine Aïdara, regard vers l’avenir, crie son ras-le-bol Propos recueillis par Charles SENGHOR

Samsidine Aïdara a perdu quatre frères dans le naufrage du bateau « Le Joola » en 2002. Aujourd’hui plus que jamais, il continue de réclamer justice.

Dans cet entretien qu’il a accordé au journal « Le Devoir », M. Aïdara, la foi en bandoulière, garde espoir et regarde vers l’avenir. Il estime que le jour où le Sénégal aura un président soucieux de ce drame, tout sera réglé. Car classer sans suite un dossier qui a causé la mort de 1.863 morts et disparus et 64 rescapés est inadmissible, souligne ce responsable du comité d’Initiative pour l’érection du Mémorial-Musée « Le Joola ». D’autant plus que les autorités actuelles étaient celles qui promettaient de satisfaire les revendications des familles de victimes.

Que peut-on retenir du drame du bateau « Le Joola » 18 ans après ?

Ce qu’on peut retenir de ce drame, si on prend la perspective de dix-huit ans après, je dirai à quel point il est étonnant de voir que les gens ont quasiment oublié le naufrage. En fait, il y a comme une volonté de la part des responsables d’abord, mais de la société d’une manière générale, de faire comme si c’était un mauvais souvenir qu’il fallait oublier de nos vies alors que c’est un pan de notre histoire, qui a été très important et qui doit servir à construire une société meilleure.

Donc, aujourd’hui, l’impression que j’ai, c’est que le bateau « Le Joola » a été rangé dans un coin, très loin et chaque mois de septembre, on en parle une fois dès que la commémoration arrive, mais dans nos vies de tous les jours, on a oublié « Le Joola » ; on n’a pas tiré les leçons du navire « Le Joola », on ne le prend pas en compte ce naufrage-là.

Qu’est-ce qui reste à faire du côté des autorités étatiques pour encourager ces familles à vivre ce drame ?

Mais, tout ! Absolument tout reste à faire, car il n’y a pas un seul point sur lequel on peut vraiment dire que des choses ont été faites comme il se doit !

Aujourd’hui, la seule chose que l’Etat a faite, c’est, pour certains, les indemnisations. Mais, ça, c’est un minimum. Dans tous les cas, ce n’est pas le point le plus important. C’est le point le moins important sur ce qui devait se faire. Aujourd’hui, le bateau n’est toujours pas encore renfloué ; c’est inadmissible vu que l’Etat avait annoncé le renflouement.

Il y a la question du mémorial qui tarde encore. On ne sait même pas s’il verra le jour. La question de la justice est encore pire en ce que le dossier a été classé sans suite. Deux mille personnes disparaissent et ce n’est la faute à personne. Et le dossier est classé sans suite. C’est inacceptable.

Par rapport aux orphelins, une minorité a été prise en charge. Et enfin, on a toujours dit que le 26 septembre devait être une journée nationale du souvenir… Il ne faut pas qu’on oublie ; il faudrait qu’on apprenne aux plus jeunes, qu’on l’inculque dans notre mémoire, dans la mémoire collective sénégalaise et qu’on puisse en tirer des leçons. Donc sur tous ces points aujourd’hui, force est de constater vraiment que tout reste à faire.

A votre avis où est-ce que ça bloque ?

Ça bloque dans la volonté. Il n’y a aucune volonté politique de faire avancer ce dossier. Car, ceux qui sont à la tête de ce pays, actuellement, ce sont ceux-là mêmes qui nous promettaient la satisfaction de nos revendications.

On se rappelle : en novembre 2002, c’est Macky Sall qui était en charge du ministère des Transports avait très vite parlé du renflouement du bateau avec un délai de 45 à deux mois et un coût indicatif de deux cents (200) millions de Fcfa. Mais, dix-huit ans après, on voit que les deux mois se sont transformés en dix-huit longues années….

Sur les autres points, c’est pareil ! Ça cale sur la volonté politique. Le jour où on aura des hommes qui ont à cœur de faire avancer ce dossier, tant sur la justice et les autres points, je pense que ce sera de l’histoire ancienne et on pourra se focaliser pleinement le 26 septembre à prier pour nos défunts et non pas à être là pour reparler de choses qui auraient dû être faites depuis très longtemps.

Aujourd’hui on sent de la frustration dans le timbre de votre voix…

Oui, une frustration évidente, une frustration compréhensible, une grande désolation, une incompréhension totale. Lorsqu’on parle du bateau « Le Joola », les gens nous disent que cela relève de la volonté de Dieu ou pitié et c’est comme si cela était suffisant, qu’il n’y avait plus rien à faire. Et nous, de notre côté, on a l’impression que nos proches sont partis et que ça n’a jamais valu quelque chose, sinon quelques millions Fcfa distribués…

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