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1968-Premier trophée continental: Doudou Leydi Camara et les Lions remportent le Championnat d’Afrique de basket Par Mohamed Bachir DIOP, Rédaction centrale, Le Devoir

Toujours plus haut, toujours plus jeune

L’épopée des Lions du basket n’est pas bien connue. Si depuis deux ou trois décennies nos basketteurs brillent sur tous les tartans du monde, il y a bien une histoire qui gagnerait à être rappelée à la jeune génération. Une histoire héroïque, une épopée pour ainsi dire dont les premiers jalons ont été posés en 1968 lors du championnat d’Afrique masculin de basketball. « Le Devoir » est allé à la rencontre de l’un des héros de cette aventure formidable, Doudou Leydi Camara qui était le plus jeune joueur de cette équipe de rêve.

Nos Lions de l’époque avaient pour coach un certain Alioune Diop. Fraîchement rentré de France avec ses diplômes d’entraîneur en poche, l’État lui confie les rênes de l’équipe nationale car le président Senghor avait très tôt compris que le sport est aussi un acte diplomatique et il souhaitait, dès lors, que le Sénégal fût reconnu parmi les Nations sportivement reconnues au niveau mondial.

Alioune Diop s’attelle à la tâche mais il a son style propre. Il existait déjà une équipe nationale de basket mais lui, dès qu’il prend fonction, décide de faire confiance aux jeunes espoirs qu’il trouvait sans doute plus talentueux que leurs aînés, car il existait déjà une équipe A.

Pour les préparer à se qualifier aux futurs jeux olympiques et aux championnats d’Afrique, il emmène les jeunes espoirs en stage en France, à l’Institut national du Sport (INS devenu aujourd’hui INSEPS) dès 1964, année où se sont déroulés les jeux olympiques de Tokyo.

De retour au pays en 1965, l’équipe des jeunes coachée par Alioune Diop commence sa préparation pour les futures échéances. Doudou Leydi Camara était le plus jeune du groupe qui comprenait, entre autres, un certain Babacar Dia dit « Mbaye Dia Lucas », par ailleurs son beau-frère, une des célébrités du basket national.

Alioune Diop jette donc son dévolu sur cette jeune équipe de jeunes, en fait des « espoirs » qu’il va conduire aux Championnats d’Afrique qui devaient se tenir à Casablanca au Maroc. Héroïques, ils affûtent leurs crocs pour faire face à huit Nations africaines en terrain inconnu.

La compétition s’est déroulée du 29 mars au 6 avril 1968. Les Lions avaient comme adversaires les équipes les plus remarquables du continent. Neuf équipes nationales étaient en lice : Sénégal, Maroc (pays organisateur), République Centrafricaine, Mali, Soudan, Côte d’Ivoire, Algérie, Niger et République du Congo.

Le Maroc, pays organisateur, était le plus redouté car les Lions de l’Atlas avaient comme entraîneur un spécialiste américain de renommée, un certain Mac Gregor. A entendre Doudou Leydi Camara, l’équipe du Maroc était si brillante qu’elle battait ses adversaires à plate couture. « Tu avais dans le bec jusqu’à 40 points de différence ». Affronter ce « monstre » en finale et tenter de la battre était donc considéré comme une gageure. Et pourtant, les Lions de la Téranga ont gagné. Dans la douleur et le sacrifice en finale contre le pays organisateur !

Doudou Leydi Camara a dit dans l’entretien qu’il a accordé au Devoir : « Au début, cela a été difficile mais nous avons tenu, nous avons résisté. Et, au final, ce sont les Marocains qui ont lâché et nous avons gagné. On était très fiers ! ».

Une finale épique dont on ne peut revoir les films que sur les archives du Bureau sénégalais du cinéma ou que l’on peut aussi consulter à la RTS (s’ils ont bien conservé les rushs).

Avec cette victoire, les Lions sont qualifiés pour les jeux olympiques de Mexico où ils doivent représenter l’Afrique en compagnie du Maroc. Doudou Leydi Camara qui travaillait alors en Europe est rappelé en 1972 pour les jeux olympiques de Munich en Allemagne mais aussi pour les championnats d’Afrique. La même équipe l’emporte une deuxième fois.

Donc l’équipe de Mbaye Dia dirigée par le coach Alioune Diop Lucas et dans laquelle évolue Doudou Leydi Camara remporte deux trophées continentaux.

Pour quelle belle récompense nationale ? Rien ! Touss ! Nada ! Les héros de l’époque n’ont obtenu qu’une audience avec le président de la République, Léopold Sédar Senghor, qui leur épingle sur la poitrine la médaille de « L’ordre national du Lion ». Rien de plus.

Le récit de Doudou Leydi Camara que les internautes peuvent voir sur le site youtube du Devoir est instructif de cette époque où l’on ne jouait que pour le plaisir, pour des résultats sportifs et non pas pour l’argent. Car Doudou Leydi Camara a gagné sa vie à la sueur de son front après une formation de technicien en radiologie (à l’époque cela se disait « manipulateur en radio), donc un spécialiste en Imagerie à résonnance magnétique comme cela se dit aujourd’hui.

Aujourd’hui, à l’âge de 74 ans, le héros de l’époque est toujours proche des terrains de sport. On peut le trouver au terrain « Ceely » de la Patte d’Oie Builders, quartier où il vit une retraite paisible en compagnie de jeunes dont la plupart ignorent son palmarès historique.

Lien YouTube du Devoir consacré à l’entretien avec le champion Doudou Leydi Camara :

Le Devoir

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