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Culture-Note de lecture: Les intellectuels d’Afrique s’insurgent… Par El Hadj Ibrahima NDAW

Il y a dix ans, Makily Gassama a coordonné l’ouvrage collectif « 50 ans après, quelle indépendance pour l’Afrique »qui doit » paru en février 2010 aux éditions Philippe Rey. Suite au discours du président français à Dakar en 2007, qui avait choqué un grand nombre d’Africains, il a aussi dirigé la publication « L’ Afrique répond à Nicolas Sarkozy », toujours aux éditions Philippe Rey (2009). Il a également écrit « La Langue d’Ahmadou Kourouma ou le français sous le soleil d’Afrique », Paris, ACTT/Karthala (1995).

Notre contributeur El Hadji Ibrahima Ndaw nous rappelle ces positions très actuelles encore, que le temps n’a pu altérer.

Ils bouillonnent de rage, ces intellectuels qui ont choisi de diagnostiquer les 50 ans d’indépendance de l’Afrique. Sous la conduite de M. Makhily Gassama, une trentaine de sommités africaines ont choisi de confier leurs impressions sur la manière dont l‘Afrique a été managée pendant 50 ans.

Le titre ‘’50 ans après : quelle indépendance pour l’Afrique ?’’, sonne comme une interrogation anxieuse. À la lecture des différentes contributions, on se rend compte que chacun des écrivains a abordé la question sous l’angle de son choix. Une option lucide et courageuse qui rend compte d’un vécu ou qui analyse une situation donnée –une analyse critique – telle qu’on l’attend d’un intellectuel respectable et sans parti pris.

L’année 1960 est une période charnière dans l’évolution d’une vingtaine de pays africains. La guerre que se faisaient les deux blocs (la guerre froide), l’effervescence généralisée, la poussée vers l’indépendance étaient si fortes que les ‘’leaders politiques se sont retrouvés débordés. L’engouement de l’époque, alimenté par l’exigence des intellectuels et des masses paysannes pour une gestion libre de nos pays, aurait conduit à une souveraineté réclamée et acquise au prix d’insupportables et douloureuses violences.

Retracer l‘aventure de ces pays libérés depuis 1960 jusqu’à ce jour est le pari largement tenu par ces intellectuels d’un genre nouveau. Des intellectuels qui estiment qu’ils ont le droit et le devoir de donner un avis sur la marche du continent, sur la manière dont il est géré, sur ses richesses et son potentiel économique. II a beaucoup été question dans ce volume d’expériences personnelles pour les uns et de réflexions profondes pour les autres. Mais une constante demeure dans toutes les analyses faites : il s’agit de la place qu’occupe l’homme dans la gestion du continent. Car il est au début et à la fin de tout processus. L’homme avec ses forces et ses faiblesses, son intelligence et sa capacité à refuser la compromission dans l’intérêt des peuples. Quels apports trois siècles de colonisation ont-ils joué dans la formation de cet homme ? Voilà une question que les auteurs, en filigrane, ont cherché à diagnostiquer dans son fondement comme dans ses prolongements actuels. Pour dire tout simplement que tout ce qui arrive à l’Africain est la faute de l’Africain lui-même : absence de démocratie, accointance avec les fameux réseaux de la françafrique – la françafrique toujours présente sous diverses formes – qui plombent et retardent le développement du continent.

C’est donc à une introspection, une réflexion en profondeur que nous convient ces braves et lucides intellectuels. Il y a d’abord ce morcellement de l’Afrique – balkanisation – que nous acceptons comme une tare nécessaire alors qu’ailleurs les grands ensembles naissent et grandissent. Chaque pays s’arcboute sur ses prérogatives de souveraineté nationale factice et refuse de lever les yeux et d‘observer le monde qui l’entoure. J’invite sur ce plan M. Makkily Gassama à solliciter tous les intellectuels d’Afrique et de la Diaspora autour du thème de l’Unité africaine ; ce thème pourrait s’intituler : ‘’Le peuple et l’Unité de l’Afrique : enjeux et perspectives’’.

Il y a également que la démocratie est absente dans beaucoup de régions d’Afrique. La frilosité et la propension de certains dirigeants à vouloir à tout prix conserver le pouvoir tue le débat d’idées et fausse le jeu démocratique. Le Prophète Mohammad (PSL) a dit : ‘’Dieu ne change l’état d’un peuple que si ce peuple change ce qu’il a en lui-même’’. Alors une question : comment le peuple peut-il changer ce qu’il a (de mauvais) en lui-même ?

La première certitude est qu’il ne faut plus rien laisser aux seuls politiques. Et cela l’initiateur de ce débat livresque l’a compris. Sa tentative est à saluer et à encourager même si elle est circonscrite à des évènements liés à une apostrophe ponctuelle de l’Afrique : en l’occurrence, dans ‘’l’Afrique répond à Sarkozy’’ et dans ‘’50 ans après quelle indépendance pour l’Afrique’’, il s’est agi de répondre à une interpellation extérieure et une interrogation sur ce qu’est réellement l’Afrique d’une part et comment elle a évolué depuis l’indépendance d’autre part. Ces deux ouvrages constituent à tout point de vue des œuvres majeures pour une prise de conscience collective. Des œuvres qui doivent faire date pour tous les questionnements qui nous assaillent dans notre vécu quotidien.

On explique souvent le miracle asiatique par le caractère rassembleur de leur culture – dans leur diversité- et par le refus de céder parfois aux ‘’potions miracles’’ du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Pourtant, comme l’Afrique , cette partie du monde n’a pas été exempte de troubles. Nous devons donc croire avec Spéro Stanislas Adotévi qu’il est temps que ‘’l’Afrique se donne les moyens d’une nouvelle vision, les moyens d’une réforme de la pensée.’’

Même si d’après les analystes, après 50 ans d’indépendance, l’Afrique se définit comme un continent qui manque de grands rêves, un empire du pacte colonial, une aventure ambigüe etc., on a relevé que des ressorts existent tant au niveau des ressources humaines qu’au niveau du potentiel économique.

Même si dans certains pays les méthodes de gouvernance sont souvent sources de violences tribales ou ethniques, restons confiants, ‘’Soyons donc les enfants de Dieu, ses bien-aimés, efforçons-nous de remplir nos cœurs d’amour désintéressé, de bonté, de tendre compassion et de clémence’’ a dit la Bible.

Les auteurs sont tous d’accord qu’il faut démocratiser la gestion de nos pays respectifs, la rendre plus transparente, et surtout travailler au renforcement des cœurs pour la construction de l’unité africaine. Un livre qui doit être un bréviaire pour tout africain responsable. Au-delà des colloques, des études et des réunions, la recherche de l’Unité africaine doit demeurer vivace dans les esprits. Il faut que les intellectuels d’Afrique soient les éléments déterminants d‘un brassage continu et permanent autour du concept.

Balayons de chaque pays les scories de la mal gouvernance et les effets néfastes de la France-Afrique. Puisons dans ce qu’ont laissé de souffrances physiques et morales la traite négrière et la colonisation, les enseignements capables d’impulser à notre continent le souffle vivifiant d’une Grande Afrique qui émerge et imprime son empreinte dans la marche du monde.

Voilà autant de sujets de réflexion que nous livrent avec humilité mais aussi avec courage les auteurs de cet ouvrage. Ils méritent à ce titre le respect de l’Afrique toutes générations confondues.

El Hadj Ibrahima NDAW

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