Wade, Le Dieu Cronos
Me Abdoulaye Wade et le Parti démocratique sénégalais
C’est 100

Dans le temps des hommes, Me Abdoulaye a cent ans ; dans celui du Créateur, Wade est un immortel, un éternel « militant qui n’a pas d’âge », comme disait le Premier Maodo Mamadou Dia. Compter les âges, c’est appeler la mort, superposer les ères de glaciation, fossiliser ; Wade est un immortel, dieu Cronos dans toute l’acception du terme qui brave le temps par un combat qui transcende les siècles, celui de la liberté et de la dignité humaine. Wade est la condition humaine. Il est partout où il y a injustice, exploitation de l’homme par l’homme, où la culture et la reconnaissance de l’autre sont absentes. Le regard au ciel de la photo de 1956 au Congrès des intellectuels africains à Paris scrutait un futur raisonnable devant un présent et un passé qu’il fallait générer. Il y est allé en respectant les principes de droit par lesquels il a cherché et réussi à élargir les plages de libertés démocratiques et collectives partout à travers l’espèce humaine..
L’écrivain et l’intellectuel sont des hommes du positif qui se moquent de l’absurde. Albert Camus les campe bien mais l’euphorie du Tiers-Monde avec le Congrès des écrivains de 1956 qui suit immédiatement Bandung traduit le tsunami des peuples sous domination devant tous ceux qui refusent de reconnaître le besoin inné de liberté de l’homme. Abdoulaye Wade en avait fait le début et la fin de son combat sans fin, partout et en tout temps.
Le pouvoir devient anecdote à laquelle s’intéressent certains panégyristes alors qu’il est une parenthèse : il lui a permis, avant, durant et après, d’appliquer les théories de droits et de libertés. La recherche pacifique du pouvoir visait à renforcer les libertés et la démocratie ; elle a permis la mobilisation de compétences, de moyens et d’intelligences au service de la démocratie. L’exercice du pouvoir et l’après-pouvoir ont cependant conforté le quatrième principe de la thermodynamique avec cette dissipation de la démocratie et la restriction des plages de libertés ; il en est ainsi de son panafricanisme avéré qui n’a pas été payé en retour devant le recul généralisé du Droit avec la disparition lente des consciences morales internationales et la démission des élites devant la réaction de la Droite ; il en est ainsi depuis la fin de l’esclavage. Mais les rappels itératifs de ce besoin de liberté se vérifient au fil des siècles : ils disent que c’est la seule issue devant le réchauffement physique et moral de l’Humanité.
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“Commençons d’abord par l’éducation et la formation de nos enfants. Combattons, par la parole et l’acte, les idées préconçues reçues et les concepts simplificateurs. Entre hommes et femmes de bonne volonté condamnés à partager une même planète, accordons une priorité élevée à la résolution pacifique des différends si nous voulons éviter de retomber dans les pièges dévastateurs du siècle dernier”.
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Dans la mythologie grecque, les appréhensions de Cronos l’inclinaient à consommer ses fils. La dérive des continents permettent aujourd’hui le complexe d’Œdipe quand les fils tuent le père. La stature du Wade politique avait permis de l’expérimenter dès les premières années de la vie politique de l’homme. Des professeurs d’Université se sont mépris sur le sens de la causalité du difficile combat sur lui-même pour les siens et pour l’humain en oubliant que Cronos a bien épargné Zeus, signe de survie et de dépassement d’une quelconque malédiction. La querelle des Titans démontre a posteriori que la fête du Centenaire ne donnera 100 Wade pour perpétuer l’œuvre du père fondateur. Ces mêmes professeurs d’Université oublient aussi Œdipe qui a jalonné le parcours du dernier Combattant suprême qui a été un modèle de vie pour la démocratie africaine alors que ses propres fils se disputaient sa dépouille de son vivant. Le Sénégal a servi de terreau pour les combats ultimes qui ont abouti en Afrique et dans le Tiers-monde avec le Vent d’Est, la chute du mur de Berlin et le Printemps arabe ; la récente colère au Katmandou réchauffe l’espoir de la dignité et du refus comme le veut le Maître. Œdipe ne saurait l’emporter devant 100 Wade qui indiqueront le chemin de la liberté.
Bon anniversaire, Monsieur le président ! A vos 100 autres anniversaires.
Pathé MBODJE
