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Troisièmes mandats en Afrique de l’ouest: De la démocratie à la « démocrature » ! Par Mohamed Bachir DIOP

De plus en plus, les peuples se refusent à entériner les coups de force de présidents qui, à quelques mois de la fin de leur second mandat, postulent pour un mandat de trop en manipulant la Constitution. Et, naturellement, les opposants ruent dans les brancards, appellent leurs militants et les simples citoyens à résister en organisant des manifestations qui finissent par tourner à la violence.

En Guinée voisine, la dernière manifestation réprimée dans le sang s’est soldée par plus de 90 morts selon l’opposition, tandis que le pouvoir d’Alpha Condé ne présente aucun bilan.

En Côte d’Ivoire, le syndrome de la violence hante les esprits car les manifestations se multiplient, l’opposition est en rangs serrés pour protester contre la candidature illégitime d’Alassane Ouattara. Là-bas, on ne compte pas encore de mort mais l’on dénombre plusieurs victimes de violences policières et des arrestations intempestives.

Qui est responsable de ces accès de violence ?

Sans doute pas les manifestants mécontents qui, il faut le reconnaître, peuvent commettre des saccages sous le coup de la colère. Mais les véritables responsables sont bel et bien ces autocrates qui, contre la volonté populaire, tentent leur coup de force sans se soucier des conséquences, pourtant prévisibles de leur entêtement. Et, aucune juridiction locale ne peut, ou n’ose condamner ces actes qui sont de véritables appels à la violence, une provocation stupide.

Le risque d’embrasement est très élevé en Côte d’Ivoire, cependant qu’en Guinée, la dure répression exercée contre les manifestants commence à inquiéter la communauté internationale.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les démocrates sénégalais s’inquiètent des rumeurs sur les intentions réelles ou supposées de Macky Sall de briguer un troisième mandat qui pourraient, le cas échéant, conduire à des troubles dont les conséquences sont imprévisibles.

Cette forte tendance des chefs d’État africains à se maintenir au pouvoir par des moyens illégitimes mais avec la justification de textes constitutionnels taillés sur mesure est appelée par les politologues « illibéralisme » ou « démocrature ».

Cela passe par la disqualification par le moyen de la Justice de candidats potentiels susceptibles d’entraver leur réélection, l’introduction du parrainage dans le dispositif procédurier de l’élection présidentielle, l’interdiction des marches ou leur circonscription dans des aires très limitées, la répression de manifestations populaires pacifiques, le peu de crédit accordé aux décisions de certaines instances juridiques internationales et, surtout, des modifications constitutionnelles fort opportunes.

Les démocrates ont donc de bonnes raisons de s’inquiéter face à ces démocraties débridées qui font reculer l’Afrique de plusieurs décennies.

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