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Traque des biens mal acquis: Réhabilitée, la Linguère du Waalo Aïda Ndiongue ? De notre correspondant à Matam, Habib KÂ

Depuis l’ordonnance de non-lieu rendue par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) suivie d’une décision de la Cour d’appel demandant la restitution de ses biens estimés à 10 milliards, Madame Aida Ndiongue peine à rentrer sur ses fonds.

Une convocation lui est servie actuellement en correctionnelle pour “tentative d’escroquerie portant sur des derniers publics et complicité de faux et usage de faux en écriture privée”, dans une ordonnance rendue le 12 novembre 2020 par le doyen des juges, alors qu’elle avait obtenu un non-lieu devant la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) sur l’affaire de détournement au Plan Jaxaay portant sur 5 milliards de francs cfa.
L’on peut donc supposer que cette convocation sera l’ultime, pour être une simple formalité judiciaire d’absolution des crimes supposés commis.

Poursuivie pour enrichissement illicite à hauteur de 47 milliards 375 millions de francs cfa, le rapport d’expertise des bijoux trouvés dans les coffres donne une valeur de 3 milliards, contrairement aux 15 milliards initialement annoncés par le procureur de la République.

Les comptes bancaires non plus n’ont pas établi les montants avancés, les juges ont donc décerné un non-lieu total à Aïda Ndiongue et l’affaire close. Aida Ndiongue figurait parmi la liste des hommes et femmes d’affaires poursuivis pour des redressements fiscaux, sous l’égide de M. Amadou Bâ, alors DG des Impôts et Domaines (DGDI), pour plus de 35 milliards.

Beaucoup ont échappé à la répression financière : Loum Diagne (hôtel les Almadies), Cheikh Amar (TSE), Ndiagne Fall (BTP), feu Ameth Amar (NMA Sanders), Mbackiou Faye.

Ironie de l’histoire, les deux acteurs clé de cette traque des biens mal acquis, Amadou B, DG des Impôts et Domaine (DGID) et Mme Aminata Touré, ancienne ministre de la Justice, quittaient le pas de la porte du bureau de Macky Sall pendant que les nouveaux invités Oumar Sarr, Idrissa Seck et Cie y posaient le pied.

Aïda Ndiongue peut être optimiste, si elle voit que, de la liste des 25 traqués, 20 sont devenus “récipiendaires” des terres marrons-beiges ou fréquentables : Baïla Wane, Samuel Sarr, Oumar Sarr, Abdoulaye Baldé, Ousmane Ngom, Madické Niang, entre autres.

Les ministres qui ambitionnaient de prendre la place du Khalif en 2024 ont été remerciés froidement, en plus d’être tenus d’aller montrer mains blanches à l’Ofnac. Plus, ils se sont vu doubler dans leurs fiefs respectifs par les nouveaux arrivants. Un hasard, une coïncidence parfaite qui suscite bien des interrogations.

A Linguère, l’ancien ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye se retrouve nez à nez avec le rewmiste Aly Saleh Diop, tout nouveau ministre de l’Elevage et des Productions animales, secondé par Samba Ndiobel Kâ qui hérite du très stratégique ministère du Développement communautaire, de l’Équité sociale et territoriale.

A Dagana, l’ex-ministre des Mines et des Énergies, Mouhamadou Moucktar Cissé, retrouve la bête noire de l’Apr à Dagana, le cacique Oumar Sarr, maître des lieux depuis 20 ans, surarmé d’une nouvelle casquette de ministre des Mines et de la Géologie ; sera t-il secondé dans cette tâche de ” décissésation” par sa cousine de toujours, la sénatrice Aida Ndiongue ?

Tout porte à le croire si l’on voit depuis un certain temps la Linguère du Waalo squatter les plateaux de TV, la presse pour clamer urbi e orbi qu’elle roule pour le président Macky Sall et qui appelle au rassemblement général de tous les politiciens et leaders d’opinion.

La Linguère du Waalo, celle qui est restait inébranlable, entière durant toute son incarcération, est-elle en roue libre vers une réhabilitation imminente ?

Le procureur de la République Serigne Bassirou Guèye n’avait pas du tout été tendre avec elle : il l’accusait, du temps du règne de Me Abdoulaye Wade, de détourner les fonds des marchés qui lui sont attribués, sans exécuter les commandes et de rétrocéder aux ministres concernés des commissions.

Jeune institutrice, vive d’esprit, très ambitieuse, affectée au prestigieux Institut Jeanne d’Arc de Dakar, outre son travail, la native de Dagana porta un intérêt certain à la politique. Ainsi, elle fit ses premières armes dans les structures de base de l’Union progressiste sénégalaise (UPS) vers les années 60/70.

Elle fit une percée fulgurante dans la galaxie de la Coordination régionale des Femmes de Dakar, jusqu’à concurrencer la très charismatique Hadja Arame Diène, tribun hors pair, femme de réseaux, d’influence.

Protégée du puissant ministre Jean Colin, elle bénéficia des faveurs de celui-ci qui, par ses relations avec les ministres du gouvernement et les directeurs de sociétés, facilita à la Waalo-waalo de “gagner” des marchés publics de l’État : Senelec, Lonase, Le Soleil.

C’étaient les périodes fastes, les temps de l’archaïsme structurel au cœur d’un État embryonnaire qui n’était pas suffisamment structuré. Le mode de passation des marchés publics n’était pas juridiquement encadré et contrôlé. Tout baignait dans l’informel, le népotisme, le chauvinisme. Amasser du fric et en quantité astronomique était des plus faciles pour quelqu’un qui avait des réseaux établis au cœur du système.

Aïda Ndiongue avait convoqué le business dans la politique ; forte de son entregent, elle bénéficiera de sa proximité avec l’État-Parti pour fructifier du capital, jusque dans la sous-région, sous le parapluie du Parti socialiste (Ps) et celui du Sopi, plus tard.

Sous Abdoulaye Wade, elle sert plus de faire-valoir qu’une responsable engagée à fond dans des activités harassantes. Elle est plus femme d’affaires que femme politique.

Sa proximité retrouvée avec un cousin de sang, Oumar Sarr, maire inamovible de Dagana, ministre de la République, Coordinateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) à l’heure des règlements de comptes, allait lui être fatale.

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