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“Tous autour du bol à midi” se perd: Les 3 repas du jour négligés pour des raisons diverses Khadidiatou GUEYE Fall

Au  Sénégal, la Téranga se manifeste sous plusieurs angles. L’hospitalité est associée à la notion de Téranga. Ceci est déclamé partout dans le monde : la Téranga sénégalaise. L’élément qui fait que la Téranga sénégalaise soit réelle et appréciée, c’est l’accomplissement des trois repas du quotidien : le petit-déjeuner, le déjeuner et le diner. Ces trois sont considérés comme un luxe impératif.

Assurer ces trois festins est devenu un luxe. Les pères de familles peinent à combler tous les besoins familiaux, encore moins assurer les repas. C’est du moins l’une des raisons avancées par Mansour Dramé, un enseignant dans une école privée. Ce père de 3 enfants vit avec sa famille. Son souhait était d’assurer les trois repas mais vu la situation actuelle du pays, c’est impossible d’après lui.

Il avance ses raisons : “D’abord, je ne gagne pas beaucoup d’argent, j’enseigne dans une école privée. Ma femme n’a pas de travail fixe, elle se débrouille pour m’alléger les charges familiales. Et mes enfants sont dans des écoles privées. Nous avons loué la maison et tout ça pèse sur ma tête. Maintenant, pour payer la scolarité de mes enfants, les factures, la location, il faut faire des sacrifices. Et puisque je passe la journée à l’école, les enfants idem, on a décidé ma femme et moi de sauter le déjeuner pour économiser”. Mansour se dit mature pour déceler ce qui est impératif et ce qui est inutile. ” Je ne dis pas que le déjeuner est inutile mais cuisiner pour une seule personne c’est du gaspillage et je ne suis vraiment pas dans cette situation” déclare-t-il.

Si certains vivent la situation de Mansour, d’autres comme Ramata Bâ n’assurent que le déjeuner. Ramata Bâ vient de la région de Louga, dans le centre de Kébémer. Elle s’est mariée avec un parent dakarois. Elle a connu les sauts de repas ici à Dakar : “C’est à Dakar que j’ai commencé à prendre un seul repas. Je vis avec mon mari, ses frères et leurs femmes, ma belle-mère et mes belles-sœurs. On cuisine à tour de rôle, et on n’assure que le déjeuner. Le petit-déjeuner et le diner, je les entends seulement”.

Pour Ramata, c’est la cherté de la vie et le manque d’emploi qui sont l’origine de ce phénomène. Personne ne souhaite prendre le petit-déjeuner ou le déjeuner et se passer du diner, on est contraint de le faire.  Si c’était au village, on aurait du couscous pour le petit-déjeuner ou le diner”, avance-t-elle.

Interpellé sur la situation, Iba Samba donne sa position. Il défend le saut de certains repas. “Je pense qu’il n’y a aucun inconvénient par rapport à la situation donnée. Les gens n’ont plus le temps de manger à la maison. On passe la journée au travail donc on n’a pas besoin de fatiguer nos femmes pour qu’elles cuisinent sans voir les personnes qui doivent manger. Les gens quittent les maisons tôt le matin et ne rentrent que le soir. Alors à quoi bon cuisiner ? Il faut que les pères et mères de famille soient organisés pour vivre et assurer les besoins prioritaires. Chez moi, je leur dis de ne pas me prendre en compte, je vais me débrouiller”,  confie le jeune tailleur.

Répondant au nom de Ndèye Amy Fall, cette jeune femme ne se gène pas de dire qu’elle n’entre dans la cuisine que pour les week-ends afin de préparer des sauces. Elle signale son manque de temps pour préparer le petit-déjeuner ou le déjeuner avant d’aller au travail. ” Je ne blâme pas  ceux qui se limitent au déjeuner car moi qui ai les moyens je n’occupe la cuisine que le samedi et le dimanche par manque de temps”, soutient-elle. Pour Ndèye, les trois repas ne sont pas  obligatoires si les moyens et l’aspect temps font défaut.

Cet homme à la retraite est contre ce phénomène de saut de repas. Il raconte qu’à l’époque de sa jeunesse, son grand-père avait une forte considération des trois repas. Selon lui, les moments de repas sont des moments retrouvailles familiales et discussions internes : “Ces moments amenaient les membres de la famille à rester unis et en parfaite harmonie, mais la situation économique du pays pousse les gens à courir derrière l’argent et de rater ces moments intenses”.

L’accomplissement de trois repas au quotidien pose problème de nos jours. Ceci est dû à la cherté de la vie, au manque de temps et l’incapacité à pouvoir joindre les deux bouts pour certains.

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