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Tournées économiques: Les adieux d’Hector à Andromaque Par Pathé MBODJE

Des études et analyses pointues maintiennent Macky Sall au-delà de 2024 ; les tournées économiques aussi révèlent une volonté de survie que la raison rejette : le président fait un dernier tour du pays, ce qu’il n’aura plus l’occasion de faire d’ici son départ du pouvoir. Le désert noté en face avec un potentiel candidat d’envergure est irrecevable qui avait consacré en 2012 celui auquel personne ne s’attendait. Adieu, Macky !

À l’heure du bilan, Macky Sall devrait avoir le sourire : il aura surpris tout son monde pris de court ; par les infrastructures, il a réussi le pari de sortir le Sénégal profond de son confinement et répondu aux sceptiques qui limitaient le Sénégal à sa seule capitale : du Fouta à la Casamance, les tournées économiques entamées depuis le 29 mai dernier ont permis de vérifier certains engagements qui se vivaient déjà avec les plans de circulation de Dakar avec les infrastructures routières de 2020 qui se poursuivent, les structures hospitalières de dernière génération réalisées à Kaffrine, à Kédougou, à Matam, Sédhiou, Touba, ce qui en fait beaucoup en douze ans si l’on sait le coût minimum d’un hôpital, même de second niveau.

Certains y voient une tournée d’adieu, comme Moussa Taye littéralement accusé de meurtre comme l’affirme le chroniqueur de DMédia, par ailleurs président du Think tank Africa Worldwide Group.

Beaucoup arrivent en tout cas aux mêmes conclusions quant à la translation 2024-2011 développée par une étude interne menée avant les événements de mars 2021 : « 2024 pourrait être une translation de 2012 malgré les manifestations qui se déroulent actuellement au Sénégal et dans la Diaspora, reflet de la situation vécue en 2011/2012. Mais contrairement à 2012 où la veille avait conduit à une seconde Alternance après celle de 2000, ce régime est dans cette même dynamique qui fera de 2024 une translation de 2012 ».

Observateur averti de la scène politique sénégalaise, Vovo Bombyx renchérit : « Le scénario Macron » (émergence tardive dans le champ politique et victoire aux élections présidentielles) a une probabilité faible voire nulle de réalisation au Sénégal…N’oublions pas le grand principe politique que vous nous avez appris : l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et de son peuple… Un seul homme aujourd’hui dans le champ politique sénégalais va régulièrement à la rencontre de son peuple et sa stratégie se révélera efficace à l’arrivée…

(…) Un seul coureur a pris le départ de la course qui sera une course de fond, sans sprint à l’arrivée, et il aura même au moins un tour de piste d’avance sur ses adversaires dans le stade…

Les leaders des nouvelles alliances arriveront trop tard et les messages qu’ils porteront seront inaudibles… Les psychologues et autres psychanalystes parleraient de messages subliminaux qui sont distillés sur une base quotidienne… » (Le Devoir du 07 juin 2021, page 2).

Sauf que mars et Koungheul en mai, pays profond, ont secoué les convictions les plus solides qui se vérifient dans le temps et l’espace sénégalais où le séjour du président de la République n’est pas sans heurt. Macky Sall avait cherché à les contourner en se relevant au plus vite après en se raccordant aux jeunes avec le forum du 22 avril et les tournées économico-politiques subséquentes pour tester sa popularité ; les résultats sont mitigés : sa logique d’ingénieur (génie) devrait faire le reste, l’homme tout court semble plus faire confiance à son cœur qu’à la raison. Les régulateurs sociaux apprécieront mieux la situation que lui pour l’incliner dans un sens qui ne soit pas celui accidentel de la Tour de Pise.

Macky Sall avait fait de ce mandat sa porte de sortie en appelant à la concertation le soir même de sa victoire, le 24 février 2019 : les instances de concertation se sont multipliées (dialogue social, politique, intercession du religieux, en particulier depuis 2017 avec l’inauguration de la grande mosquée Massalikoul Jinaan) ; elles se sont poursuivies en secret et sous toutes les formes imaginables. Les résultats n’ont pas pu convaincre l’électorat de la sincérité des débats et tout s’est refermé devant le manque de visibilité des acteurs politiques rusant plus que de raison.

L’absence d’un adversaire avec relief, avancé pour faire contre mauvaise fortune bon cœur avec le maintien de Macky Sall au pouvoir, passe sous silence la justification du choix des populations en 2012 quand elles ont jeté leur dévolu sur leur héros,  et dénie pareillement la même logique et la même générosité pour un Khalifa Sall et un Ousmane Sonko, principalement : battre Moustapha Niass et Ousmane Tanor Dieng réunis (26 % contre 15 +11%) révèle la maturité de l’électeur peu convaincu par la roublardise, la ruse assimilée à l’intelligence qui a perdu Idrissa Seck. Macky Sall aussi qui n’a jamais compris la sacralité de la parole donnée dans une société de l’oralité. Le défi que lui lancent ses alliés au niveau des candidatures est une première réponse à celui que tout le monde conjugue désormais au passé : 2024 n’est pas une affaire juridique, comme 2012 ne l’était pas pour Me Abdoulaye Wade, malgré le 23 juin ; c’est une affaire d’esthétique.

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