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Tournées économiques: Le crépuscule d’une ascension Habib KÂ

Le Nord n’a pas du tout été du repos pour Macky Sall, surtout Thilogne, Boyinadji, Ourossogui, Matam, Ndouloumadji, ville natale de son père. Localités pourtant il y’a seulement vingt-huit mois qui étaient fièrement proclamées titre foncier du candidat Macky Sall : quand le président se déplace avec des nervis surexcités, visibles partout, pour mater de jeunes foutankais récalcitrants, c’est qu’il y’a un mal profond qu’il veut camoufler puisqu’il ne trouve pas encore les solutions.

Chez Macky Sall, les signes avant coureurs du crépuscule se sont manifestés durant cette tournée dans le nord, dans son propre fief, humilié par ses propres frères, qui lui ont fait voir du rouge partout, à moins qu’il soit un daltonien sévère et que les Sénégalais l’ignorent. Et personne, dans la constellation de ministres, de conseillers, de directeurs généraux n’ose ramer à contre-courant pour attirer son attention qu’il est en perte de popularité et de crédibilité politique.

Quelqu’un qui sait décortiquer les messages des signes verra que le président est dans le déclin et l’humiliation : sous le pont Faidherbe, des élèves et collégiens qui croisent le cortège présidentiel se mettraient au garde-à-vous dans des positions plus confortables pour mieux le voir passer, l’applaudir, l’ovationner, s’identifier à lui et rêver un jour d’être comme lui président de la République ou ministre. Mais des jeunes qui se moquent d’un président, c’est que dans leur subconscient collectif, ce président n’a rien de spécial qui mérite un intérêt et une attention.

Des jeunes, des élèves, étudiants, travailleurs et sans emploi qui défient vaillamment et avec détermination le président Macky Sall, c’est que la présomption de confiance qui lui été accordée a pris terme. Il ne peut plus se targuer du “neddo ko bandum”. La région de Matam, du Bossea au Lowre en passant par le Damga et le Nguenar, le Ranérou Ferlo, de Vélingara et de Louguéré Thiolly, reste ouverte à tout le Sénégal, à tous les fils du Sénégal.

Difficile à croire pour un président aussi mordant que Macky Sall, trop infatué de son intelligence à manœuvrer, à jouer avec les leviers de commandement pour arriver à ses fins. Il ne pourrait pas laisser en si bon chemin, comme lui avec Abdoulaye Wade en 2012, un profane ou un intrus dans la course, prendre le contrôle du pouvoir. En 2024, comme Abdoulaye Wade, il va livrer le combat de trop, après avoir usé sa popularité, terni sa gouvernance sobre et vertueuse, devenu un président qui ne gouverne que par l’intimidation et l’arbitraire, signes propres à ceux qui refusent de quitter le pouvoir et s’accrochent par tous les voies et moyens jusqu’à ce qu’on les en chasse.

Les téléspectateurs ont eu l’occasion d’admirer le majestueux cheval racé offert par les Dialloube à leur illustre hôte. Au-delà de la symbolique traditionnelle, le cheval est l’emblème de l’Alliance Pour la République (APR), née, il y’a 13 ans, un Premier décembre 2008, le totem pour ceux qui seraient adaptes de l’occultisme.

Les populations ont donc eu l’occasion de remarquer, et en gros plan, que l’équidé ne tenait pas sur place, devant le président Macky Sall, il était agité, voire nerveux, si bien que le chef de l’État qui suivait la scène depuis son fauteuil, a prié le garçon préposé à montrer le cheval, de l’éloigner de lui. L’interprétation d’un esprit pas cartésien, superstitieux, pourrait faire de ce geste qui paraît anodin, c’est que le président de la république a repoussé de la main, l’emblème de l’APR avec toutes les conséquences qui suivent.

Ce constat, métaphysique certes, est évoqué ici pour essayer d’appréhender, en feed-back, les surprises fâcheuses qui ont émaillé la tournée politique du président de la République. Toutes choses qu’il était difficile de décortiquer dans l’éditorial du directeur de publication du Devoir, Pathé Mbodj, titré à la Une du jeudi 10 juin 2021 : « Macky, Adieu ».

Le doyen Mbodj écrivait ceci, telle une prémonition : “Le président de la République fait un dernier tour du pays, ce qu’il n’aura pas l’occasion de faire d’ici son départ du pouvoir”.

Cette tournée n’a apporté à Macky Sall que déboires et humiliations, comme Gorgui en fin de règne où de jeunes manifestants chantaient sa mort où le priaient de dégager.

Macky Sall imaginait-il un seul instant, en pleine campagne dans le Nord du pays, que sa maison à Fatick serait incendiée par les étudiants de l’université et celle de Ndouloumadji, la ville d’origine de son père, brûlée par ses parents propres pour des raisons aussi simples qu’un contournement ?

Le chef de l’État qui avait fini de peaufiner ses plans, imposer à l’opposition le 23 janvier 2022 comme date des élections municipales et départementales, calculer méticuleusement les villes où il bénéficie de préjugés favorables, à entamer sa tournée économique dans le Sine, le Saloum et des départements du Sénégal oriental, Kédougou, Tambacounda. Dans toutes ces régions Macky Sall arrivait en tête avec des pourcentages record de 75 %, laissant loin derrière ses concurrents.

Macky Sall fut hué à Koungheul. Puis ce fut la randonnée du Nord du Sénégal avec ses déboires, ses cris, ses banderoles, ses tee-shirts, ses brassards rouges, depuis Rosso Béthio, à Khar Yallah, à Ndellé Bòye où la dame Aïda Sall a passé un sale quart d’heure entre les mains des nervis qui les ont malmenés, déchiré leurs tee-shirts rouges parce qu’ils revendiquaient du travail pour les jeunes.

Ces nervis, renseigne Aïda Sall, lui ont pris ses 21.000 francs cfa, sa carte nationale d’identité ainsi que sa carte Wave.

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