GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Tabaski 2021: Et de deux, comme à l’accoutumée Khadidiatou GUÈYE Fall

Le Sénégal, un pays qui s’impose la divergence

C’est devenu tellement fréquent d’assister à deux fêtes religieuses que les Sénégalais s’en passent des commentaires. Tout comme la Korité, les Sénégalais ont assisté à deux fêtes religieuses. Cette divergence entre les musulmans sénégalais est appréhendée par certains citoyens. Pourquoi le Sénégal ne peut pas s’unir pour organiser une seule fête de Tabaski ? quelle est l’origine de cette divergence ? Autant de questions qui taraudent dans la tête des Sénégalais.

Malick Ndiaye est un étudiant à l’université de Bambey ; il trouve cette situation inquiétante. « Je ne peux pas concevoir des habitants d’un même pays qui s’obstinent à faire deux Tabaski. Cette dernière ne devait nullement arriver car ils voient le jour et la nuit en même temps et ils ont le même horaire donc à quoi ça sert de faire deux Tabaski ?  Vraiment, cette situation me déplaît énormément », regrette l’étudiant en santé communautaire. Pour ce dernier, la cause est due à l’appartenance confrérique : « Cela est causé souvent par les tarikhas ou les ibadous qui veulent toujours se départir des Sénégalais et dire qu’ils suivent la Mecque alors que y a le décalage horaire entre ces deux.  Je pense que c’est normal qu’on ne voit pas la lune en même temps ; donc soyons optimistes avec la religion ».

Dans cette même optique, Fallou Mbodj, un jeune ouvrier, déplore ce manque d’entente entre les Sénégalais : « Les Sénégalais doivent changer de méthode et voir comment s’unir pour organiser les fêtes religieuses à l’unanimité. Prenons exemple sur les chrétiens. Ceux-ci n’ont jamais eu de problèmes d’accord sur les jours de fête. Les commissions désignées pour la prise de décisions allant dans ce sens se heurtent elles-mêmes dans la divergence.

Même les plus jeunes fustigent cette double journée de fête. Coumba Mbaye, élève en classe de 3eme, trouve que c’est injuste de fêter la tabaski en deux jours au Sénégal : « C’est anormal déjà que les chrétiens ont une manière de coordonner entre eux et pourquoi pas nous musulmans ? Les preneurs de décisions doivent se pencher à chercher une date où tous les musulmans seraient d’accord. Ça nous faciliterait la tâche et ce serait plus agréable de le fêter en une seule journée ; espérons que l’année prochaine, les problèmes de dates seront dépassés ».

D’après Cheikh Ahmadou Bamba Mbaye, un fervent disciple mouride, les musulmans doivent savoir que le prophète Mohamed est le seul envoyé de Dieu. « Il n’y a ni deux ni trois. Donc soyons plus logiques et raisonnables sur les décisions des dates. Au-delà des deux jours de fêtes, c’est un peuple, une communauté toute entière qui se sépare comme s’il n’y avait pas une seule religion musulmane au Sénégal » soutient-il.

Faseyni est musulmane. Elle a toujours eu un pincement au cœur quand une partie de sa famille organise leur fête de Tabaski un jour avant les tiens. « Ça fait chaud au cœur de le dire mais les Sénégalais adaptent la religion selon leur vie et non le contraire et c’est ce qui est déplorable. Cette année nous avons encore assisté à deux Tabaski, ce qui n’est pas du tout normal pour un pays. Il faudrait qu’on arrête de faire ce qui nous arrange et que l’on commence à adapter nos vies, nos besoins et nos situations à la religion sinon on sera toujours dans la discorde non seulement entre musulmans sénégalais mais aussi avec les musulmans du monde entier », analyse la jeune enseignante.

Sous couvert de l’anonymat, cette étudiante ne mâche pas ses mots. « Les deux Tabaski ne sont pas chose nouvelle au Sénégal. Même si notre espoir serait qu’on la fête à l’unisson, cela ne veut pas dire pour autant que c’est mauvais et ça s’explique. La population sénégalaise est multi composite et on y trouve des populations musulmanes de rites divers : les ibadous qui suivent l’Arabie Saoudite et les musulmans sunnites (la grande majorité) et même à l’intérieur de ces derniers on note des disciples qui n’obéissent qu’aux directives de leur guide confrérique. Ce qui explique les différentes dates » avance-t-il.

Après la décision de la commission d’observation du croissant lunaire de la CMS, un internaute signale dans un commentaire : « Cette commission est illégale et illégitime. Elle représente une minorité de personnes très infime dans le pays pour semer le désordre avec la complicité de la presse. Toutes les familles religieuses se sont mises d’accord maintenant sur la lune, pourquoi laisse-t-on une infinité de personnes semer le désordre ? C’est l’État qui est responsable ».

Ladite commission avait fixé la date de la Tabaski le mardi 20 juillet 2021, contrairement au comité national de pilotage transitoire pour le croissant lunaire qui a célébré la Tabaski le mercredi 21 juillet 2021. C’est dans la discorde et la désunion que les musulmans ont passé la fête de Korité. La même situation s’est répétée pour l’Eid el Kébir. Pour la majorité des Sénégalais, il est temps de rassembler tous nos efforts pour passer les fêtes religieuses à l’unanimité.

%d blogueurs aiment cette page :