Sonko porte Pres : Accélérer la cadence
Plan de Relance économique pour le Sénégal
Time Is Money
Un redressement économique sans recours à l’endettement, associé à l’absence de surtaxation des investisseurs, se traduit inévitablement par des coupes budgétaires et une augmentation des taxes qui pèsent principalement sur la classe moyenne et les plus modestes.
Le respect de l’orthodoxie budgétaire, avec un déficit limité à 3% et une croissance économique figurant parmi les cinq plus élevées, relèvent davantage d’une opération de communication que d’une véritable prise en compte des réalités vécues par la population.
La priorité du gouvernement rappelée par le Premier ministre Sonko renvoie à du rebâché avec Aminata Touré “Mimi” Premier ministre et visant à accélérer la cadence. Time is money.
De notre correspondant en France
Vendredi Premier août 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a présenté un nouveau Plan de Relance économique pour le Sénégal (Pres), affirmant que 90 % de ce programme seront financés par des ressources nationales, sans recourir à un endettement supplémentaire.
Ce Plan a pour objectif de tourner le braquet d’un modèle ancien vers un modèle nouveau, préalable à l’impulsion et à l’accélération. Ces réformes constitueront une des priorités du quinquennat.
Un jour férié non travaillé coûte en moyenne entre 2 et 4 milliards d’euros à l’économie française. Quant à l’État du Sénégal, une ancienne étude de la Direction de la Prévision et des Études économiques (Dpee) indiquait que les jours fériés pourraient coûter jusqu’à 3% de la production nationale. Cela pour signifier que le temps est une ressource précieuse, c’est la raison pour laquelle il serait préférable d’éviter d’organiser une présentation mobilisant l’ensemble du gouvernement et des élus pendant les jours ouvrés. Ce type d’activité pourrait être planifié un samedi, afin de limiter l’impact sur l’activité institutionnelle et économique.
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Recommandation No 1 : Le temps étant une ressource précieuse, il serait préférable d’éviter d’organiser une présentation mobilisant l’ensemble du gouvernement et des élus pendant les jours ouvrés.
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L’héritage en matière de dette publique et de déficit ne doit pas nous inquiéter outre mesure. À la fin du premier trimestre 2025, la dette publique française atteint 3.345,8 milliards d’euros, soit 114% du PIB. Avant la pandémie, ce ratio s’élevait à 97,9%, alors qu’il était de 60% en 2000. En l’espace de 25 ans, la France est ainsi passée d’un endettement représentant 60% à 114 % du PIB, avec un pic à 118% au premier trimestre 2021. On accorde généralement des prêts aux pays les plus solides financièrement, ce qui fait de l’endettement une véritable opportunité. Certains pays bénéficient même de taux d’emprunt négatifs, ce qui signifie qu’ils sont rémunérés pour s’endetter.
Le respect de l’orthodoxie budgétaire, avec un déficit limité à 3% et une croissance économique figurant parmi les cinq plus élevées, relèvent davantage d’une opération de communication que d’une véritable prise en compte des réalités vécues par la population. Par exemple, lors des périodes de contestation menées par Ousmane Sonko en raison des conditions de vie difficiles, Macky Sall annonçait pourtant une croissance de 7%. Ces chiffres, souvent mis en avant par les responsables politiques à des fins de valorisation, ne reflètent pas toujours la réalité économique ressentie par les citoyens et peuvent perdre leur véritable signification.
Un redressement économique sans recours à l’endettement, associé à l’absence de surtaxation des investisseurs, se traduit inévitablement par des coupes budgétaires et une augmentation des taxes qui pèsent principalement sur la classe moyenne et les plus modestes. Cette approche ne fait qu’aggraver la précarité des populations. Un redressement efficace ne devrait pas reposer sur le principe d’égalité, mais sur celui d’équité : ceux qui disposent de davantage de ressources doivent contribuer proportionnellement plus.
« Le coût du Plan de redressement sera de 33% plus élevé que celui prévu dans le scénario de base, contre 4% par le PAP 2A par rapport au scénario de base ». Une telle affirmation a de quoi inquiéter et faire réfléchir tout investisseur avant de s’engager. Un écart de 33% se justifie-t-il par une rentabilité supérieure à celle du scénario de base ? La rentabilité attendue est-elle suffisamment attractive pour justifier un investissement accru de 33% ? Ces interrogations appellent des réponses précises, fondées sur l’évolution de la rentabilité en fonction de la capacité d’investissement.
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Recommandation 2 : Un redressement efficace ne devrait pas reposer sur le principe d’égalité, mais sur celui d’équité : ceux qui disposent de davantage de ressources doivent contribuer proportionnellement plus.
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Les ressources prévues entre 2025 et 2028 suscitent une certaine confusion et présentent une ambiguïté. En effet, Ousmane Sonko adopte ici un raisonnement cumulatif sur trois ans, en considérant les économies générées par le PRES sur la période 2025-2028, alors que ces fonds ne seront réellement disponibles qu’à la fin de 2028. Cela implique que le redressement ne pourrait débuter qu’en 2029, ce qui s’apparente davantage à un plan de resserrement différé. Il convient également de souligner une erreur de calcul : le montant total des ressources attendues est de 4.604 milliards de francs CFA (2.111 + 1.091 + 50 + 1.352 = 4.604) et non 4.605 milliards. La mobilisation de ces ressources devrait générer 1.062 milliards de recettes fiscales réparties sur trois ans : 274 milliards la première année, 444 milliards la deuxième année et 344 milliards la troisième année. Selon cette logique, la première année correspondrait à 2029, puisque les 4.604 milliards ne seront pas disponibles dès 2025. Cette démarche manque donc de cohérence. Pour plus de rigueur, il serait préférable de raisonner par année : à la fin de 2025, le PRES générerait x milliards qui seraient dépensés en 2026, ce qui produirait y milliards de recettes à utiliser en 2027, et ainsi de suite.
Il n’est pas nécessaire de multiplier les présentations pour remettre le pays sur la bonne voie. Ces objectifs auraient dû être clairement définis bien avant l’accession au pouvoir. C’est à ce stade qu’il fallait anticiper, en évaluant à la fois le pire et le meilleur scénario de l’héritage reçu. Cela aurait permis de planifier efficacement les actions à entreprendre. Nous avons tous été témoins de la mauvaise gestion sous le régime de Macky Sall, et cet état de fait devrait constituer le socle de la solidité du projet Pastef. La traque des fraudeurs et des auteurs de détournements de fonds publics, la confiscation de leurs biens, ainsi que la taxation du chiffre d’affaires et du patrimoine des plus fortunés auraient dû être les premières mesures du projet, afin de générer rapidement un budget conséquent pour redresser le pays dès le départ.
Si l’on doit attendre la disponibilité de l’intégralité des 4.604 milliards, le PRES ne pourra débuter qu’en 2029. Or, si le plan d’action doit être lancé dès 2025, il sera nécessaire de mobiliser un certain pourcentage de ces 4.604 milliards. Ce pourcentage a-t-il été évalué afin d’assurer un démarrage serein du PRES ?
Il convient également de garder à l’esprit que certaines ressources sont dégressives, comme celles issues de la réduction du train de vie de l’État. Par exemple, la suppression des postes en doublon ne peut intervenir qu’au cours de la première année et ne générera donc pas de ressources supplémentaires les années suivantes.
Par ailleurs, le PRES met en avant, de manière implicite, certains principes religieux tels que le financement islamique, ce qui laisse entendre que l’État recherche des sources de financement conformes à la légalité religieuse. Cependant, dans le même temps, l’État franchit les limites fixées par l’Islam en promouvant les jeux de hasard, dont la taxation devrait générer 1.050 milliards de recettes. Il s’agit là d’une source de revenus considérée comme illicite.
Le temps n’est plus aux discours. Malgré la présentation répétée de plans par l’État aux Sénégalais, la situation demeure inchangée. Les conditions de vie ne cessent de se détériorer et les documents restent sans impact concret.
Par Séga Fall MBODJI,
MOA Pôle ALM DFINF/Trésorerie chez Groupe Caisse des Dépôts,
Ingénieur Statisticien – Mathématicien du risque & Actuariat, aide à la décision, 06 50 54 72 75, Segafall.mbodji@gmail.com
