Sénégal : À la croisée des chemins
Bassirou Diomaye Faye
À la croisée des chemins
Sans peur ni reproche opposant, Bassirou Diomaye Faye président est loin de l’innocence qu’on lui prête : quand les ambitions s’entrechoquent au sommet de l’État et qu’il faudra récupérer les quatre points cardinaux, le président de la République saura faire le bon choix. La complicité au sommet du parti ne saurait en tout cas prospérer au sommet de l’État.
Par Habib KA,
chef du bureau régional de Matam
Thilogne-Il avait tout prouvé son sérieux, sa franchise et sa droiture. Il était impeccable en termes de discipline, de fidélité et de loyauté. Il était sincère dans ses prises de positions, ses déclarations. Il était sans compromis, sans merci quand c’est le parti ou son président qui étaient visés par une attaque. Il était le plus percutant, le plus tranchant pour réagir, si bien qu’il était devenu, plus que tout autre membre dirigeant de Pastef, le plus présent sur les plateaux. 
Amadou Bâ et Waly Diouf Bodian, chacun avec son style différent, ont occupé ses espaces, suite à son séjour prolongé en prison et après qu’il soit devenu président de la République. Il n’avait ni peur, ni crainte quand il s’agissait de défendre son président et son parti contre des adversaires, si coriaces fussent-ils. Il savait comment s’y prendre avec eux, n’hésitait pas un instant à enfiler un gant de velours pour leur asséner le coup de grâce. Maître El Hadji Diouf y avait laissé toute sa salive et ses grossièretés ; Maïmouna Ndour Faye en était plus que choquée d’être prise comme exemple au conditionnel d’une fille violée. Birima Ndiaye, rattrapé par l’histoire, a disparu. Son actuel directeur de cabinet, Mary Tew Niane, en avait reçu en pleine figure, des vertes et des pas mûres, avant de se confondre publiquement en excuses.
Toutes ces qualités, en plus de la détermination et de l’abnégation de l’ex-secrétaire général du Pastef, doivent faire comprendre aux Sénégalais que Bassirou Diomaye Diakhar Faye, sous de faux airs de jeune, est loin de l’innocence qu’on lui prête. Il tient la barque. L’opposition est aux arrêts, de même que les marches du vendredi ; les chroniqueurs et journalistes surpris par les évènements préfèrent adopter la prudence, plutôt que de conjecturer sur des incertitudes.
Il laissait espérer que le duo Diomaye-Sonko fonctionnerait merveilleusement comme celui de Medved-Poutine en Union soviétique. C’est ce trait de caractère commun aux deux hommes qui avait certainement renforcé leur complicité au sommet du parti et qui cependant a du mal à prospérer au sommet de l’État. Et quand des ambitions s’entrechoquent, l’affrontement est évident, la séparation presque inévitable. Pastef s’achemine vers une scission, au grand dam des militants et sympathisants, même si certains interprètent le dernier décret renforçant les services de la Primature comme un signal de dégel, alors que le Premier ministre peut être démis à tout moment et le poste de Vice-président, agité un moment, est mis aux oubliettes.
La politique ne s’embarrasse ni de morale, ni d’amitié. Elle est un combat pour le pouvoir, et pour conserver le pouvoir à tout prix, par tous les moyens nécessaires, comme l’enseigne Machiavel.
Le Sénégal est en train d’écrire les pages inédites du Pastef, l’histoire politique de jeunes inspecteurs des Domaines, confrontés aux réalités du pouvoir.
Le président de la République manquerait-il de bon sens pour abandonner le rapport de la Cour des comptes, la poursuite des dossiers judiciaires, les réformes de l’État, en instance, la réhabilitation des mémoires des martyrs ?
Accepterait-il de gérer avec une majorité gouvernementale qui ne s’est pas investie pour son élection et son programme, pour gérer une dette de l’État central à 119 % du PIB, les discussions avec le FMI et la Banque Mondiale, à moins qu’il change définitivement de cap ?
