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Révolution(s) arabe(s) : équinoxes et paradoxes… Aujourd’hui comme hier

La rue est un espace révolutionnaire : plusieurs révolutions viennent d’éclater dans les rues de Tunis, du Caire, de Tripoli, de Sanaa pour ne citer que les villes et capitales…

La rue existe d’abord dans les villes, grandes ou petites… A première vue, la rue paraît inorganisée : est-elle toujours contrôlée par des forces inorganisées ?

Tous les processus révolutionnaires qui se sont déroulés récemment sous nos yeux ont fini par aboutir lorsque la jonction de la rue (force inorganisée) et de l’armée (force organisée) a été réalisée dans la rue : premier paradoxe…

L’armée, force organisée a été le ‘’maître du jeu’’ plusieurs décennies durant en Tunisie, en Egypte, en Libye ; il faut rappeler qu’elle s’est installée dans les trois pays cités à la faveur de coups d’Etat…

Les ‘’hommes en uniforme’’ ont dicté leur loi et l’ordre a régné : le développement économique a suivi son cours avec ses lois et ses multiples contraintes.

La Tunisie (163.610 Km2 et 10,2 millions d’habitants) l’Egypte (un million  de Km2 et 80,5 millions d’habitants) et la Libye (1.775.500 Km2 et 6,5 millions d’âmes) ont connu des rythmes de développement différents basés sur des ressources différentes ; les trois pays cités ont été il faut le rappeler colonisés avant d’accéder, sous des formes différentes, à l’Indépendance.

Dans les récits des ‘’journées révolutionnaires’’ réalisés par les médias internationaux, la place faite à l’histoire coloniale récente est marginale : il est grand temps  que les mises en valeur coloniales de ces espaces Tunisie, Egypte, Libye soient rappelées car elles permettront de mieux comprendre les  processus lents mais irréversibles qui ont conduit aux ruptures récentes (qui se célèbrent  encore aujourd’hui dans la douleur, comme en Tunisie en ébullition depuis dix jours, comme si aujourd’hui c’est hier)

Les ruptures observées du Maghreb (Couchant) au Machrek (Levant), du fait de l’histoire économique et politique des ensembles en mouvement, ont conservé des permanences ou des constantes : deuxième paradoxe…

En effet, le rôle joué par l’armée, force organisée reste considérable : l’armée dispose de la force et des moyens d’exercer sa puissance.

Les modèles de développement choisis par les trois pays ont sans doute permis de générer de la croissance ; il faudra certains l’ont déjà fait, se pencher un jour sur les moteurs de la croissance de ces Etats et montrer clairement les liens ‘’indissolubles’’ de dépendance avec l’économie internationale…

Nous devons aujourd’hui le comprendre, le dire et l’écrire : les révolutions actuelles sont le produit reconnaissable des modèles économiques adoptés par les dirigeants des trois pays cités car ces modèles ont fabriqué des injustices économique, sociale et politique.

Trois révolutions, trois équinoxes : le soleil est au zénith de l’équateur terrestre (définition de l’équinoxe)…

La terre tourne heureusement pour nous, sur elle-même et autour du soleil : il est fort à craindre qu’en plusieurs endroits du globe terrestre les mêmes causes produisent les mêmes effets avec retardement…

Rue ‘’inorganisée’’, armée ‘’organisée’’ : il semble que le tandem fonctionne mais ce fonctionnement est-il ‘’vertueux’’ ?

La rue ‘’inorganisée’’ a utilisé son arme n’ayons pas peur des mots : internet  (un produit du génie militaire à l’origine ?) : troisième paradoxe…

Les révolutions arabes ont changé, en quelques mois, la face du monde, comme toutes les grandes révolutions (révolution française, révolution d’octobre, révolution chinoise, révolution vietnamienne, révolution algérienne et la révolution iranienne de l’imam Khomeiny en 1978).

Où va le monde arabe ? Cette question est souvent posée partout aujourd’hui dans le monde…

L’enseignement des sciences politiques sera repensé car les stratèges –ils ne sont pas seuls–n’ont rien vu venir ; la surprise a été totale et pour les dictateurs le réveil a été brutal : les peuples ont parlé vite dans un langage qu’ils sont seuls à maîtriser…

Les principes de la théorie de l’insurrection n’ont pas tous été observés et appliqués…

Les peuples insurgés la colère est montée à l’assaut des chimères–  ont envahi la rue, celle qui existe dans les villes ; la nature des revendications est la même partout : pain pour tous, santé pour tous, éducation pour tous, logement décent pour tous, justice pour tous…

La traduction des revendications principales dans le ‘’langage démocratique’’ est simple : droits de l’homme et du citoyen…

J’entends dire que des élections libres et démocratiques seront organisées à la suite des révolutions qui ont apporté des changements inattendus : quatrième paradoxe…

L’exercice des droits fondamentaux est consubstantiel des formes connues de la démocratie : les révolutions arabes doivent-elles aller  vers les formes connues de la démocratie ? Faut-il passer par des élections toujours tumultueuses et risquées pour asseoir les droits fondamentaux ?

Les partis politiques disputent les élections : les partis politiques ont été ‘’devancés’’–doux euphémisme par la rue ‘’inorganisée’’…

Aller vers des élections’’ libres et démocratiques’’ consisterait à organiser sous l’œil vigilant de l’armée force organisée le passage de témoin entre la rue ‘’inorganisée’’ et les partis politiques qui ont brillé, au cours des révolutions arabes, par leur inorganisation et qui n’ont pas assuré la direction politique des événements…

Comment construire la Tunisie ? Comment construire l’Egypte ? Comment construire la Libye ? Les lois de la démocratie sont-elles immuables sous tous les cieux ? Un homme seul le président de la République–peut-il conduire son peuple vers la satisfaction de ses besoins dans un premier temps et vers le’’ bonheur’’ dans un deuxième temps ?

La démocratie et ses formes multiples doit être interrogée : les leçons de la rue ‘’inorganisée’’ doivent être entendues… La rue ‘’inorganisée’’ attend exige de plus en plus des réponses à ses questions claires : elle attend des programmes concrets de développement humain à l’élaboration desquels elle sera désormais associée et sur lesquels elle exercera son contrôle vigilant.

Le feu a été découvert par l’homme des cavernes : la lumière est toujours plus vive aux équinoxes…

Paradoxes et équinoxes ; les peuples doivent choisir en toute conscience leur chemin…

Mébévé,

Paris le Premier mars 2011

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