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Recomposition politique et transition générationnelle: Macky Sall si jeune et déjà si vieux P. MBODJE

Les remous au sein des formations politiques révèlent la poussée d’une nouvelle génération impatiente de prendre les rênes et qui jouent leur Œdipe en liquidant le père : c’est l’éternelle recomposition politique doublée cependant, cette fois-ci, d’une transition générationnelle évidente après trente ans de démocratisation de la société sénégalaise ; Macky Sall si jeune est déjà conjugué au passé, même s’il veut faire dans la résistance.

La page Macky Sall officiellement tournée depuis la dernière Présidentielle du 24 février 2019 tarde à se refermer définitivement devant l’interprétation sociale des signes de survie développés par le président de la République apparemment désireux d’une troisième candidature grosse de tous les dangers : sa frénésie extrême dure et molle tourne autour du sacré et du profane, lisibles et interrogatifs. Qu’importe finalement si le Coran et la Bible le sauvent d’une mauvaise passe, lui qui a toujours émis des doutes sur l’importance de ces secteurs dans la vie sociale sénégalaise. C’est dire sa capacité de caméléon pour prendre la couleur locale et sauver la face.

Une étude conduite par nos soins (1) concluait ainsi en février 2021 que « 2024 pourrait être une translation de 2012 malgré les manifestations qui se déroulent actuellement au Sénégal et dans la Diaspora, reflet de la situation vécue en 2011/2012. Mais contrairement à 2012 où la veille avait conduit à une seconde Alternance après celle de 2000, ce régime est dans cette même dynamique qui fera de 2024 une translation de 2012 ». Et malgré mars, cela semble se confirmer. Renversant, d’autant que le Protocole de Bignona du 22 mai dernier semble revenir sur les appréhensions nourries après les  douloureux événements de mars  lorsque le changement entrevu se dilue dans une volonté d’ « agir individuellement et collectivement pour l’unité nationale, la paix et la concorde dans l’espace politique » afin de « promouvoir et encourager une pratique politique positive, fondée sur le respect de l’autre et la valorisation des débats d’idées ainsi qu’à préserver la démocratie, la justice et l’Etat de droit ». Déjà dans les rangs depuis mars, Ousmane Sonko vient d’enterrer son combat : Bignona part d’un principe qui ne lie en aucune manière le camp d’en face désireux d’en finir avec tout le monde pour rester seul responsable d’un bilan qui bouleverse Dakar avec des projets qui trainent dans le temps et l’espace. Sauvé par ailleurs par le gong religieux le 8 mars dernier, Macky Sall s’est trouvé une nouvelle foi du converti investissant mosquées et Lieux saints à la recherche d’un Dieu qu’il n’avait pourtant pas trouvé auprès de ses représentants sur terre.

Les remous au sein des formations politiques avec un pied de Macky Sall dehors révèlent la poussée d’une nouvelle génération impatiente de prendre les rênes et qui joue Œdipe en liquidant le père ; la caricature est d’autant plus exquise au sein de l’Alliance pour la République que le leader est déjà vieilli par un pouvoir qu’il a investi très tôt, dès le début des années 90, qui a donc vieilli avant l’âge ; au surplus, Macky Sall est constitutionnellement limité et poussé vers la sortie. Ailleurs, la nature exerce inexorablement son rôle et si Wade a déjà assuré de son vivant la relève avec l’unique Karim, ailleurs, une bonne éducation à l’africaine empêche de montrer quelque velléité que ce soit ; à Gauche, les soixante-huit … « tards » jouent au serpent qui se mord la queue avec une recherche d’unité impossible autour d’une Nomenklatura qui refuse la poussée des jeunes ; une nouvelle vision d’une nouvelle jeunesse permettait peut-être de dépasser les contradictions culturelles du capitalisme de Daniel Bell et du marxisme enterré par Gorbatchev.

Avec trente de retard, les jeunes qui montent caricaturent les responsables d’aujourd’hui qui avaient montré les mêmes crocs devant Abdou Diouf rejeté dans le choix exercé par Senghor comme dans son amour infini pour Ousmane Tanor Dieng spécialiste de la descente aux enfers du Parti socialiste dont l’électorat s’est rétréci depuis 1996, au point de se faire supplanter par un jeune presque sans formation politique en 2012.

Le renouvellement du personnel politique a mis plus d’une génération pour passer du souhait à la réalité ; il avait commencé en mai 68 comme toujours avec des duveteux comme Blondin, Decroix, Mbaye Diack, bref des jeunes étudiants qui ont plus contesté que revendiqué le pouvoir, au prix de leur vie sacrifiée à « La cause du peuple » comme écrit Mamadou Diop Decroix.

Ousmane Tanor Dieng et Abdou Diouf ont conquis le pouvoir sans coup férir, d’où le sursaut des barons : le pouvoir se mérite par le combat, pour la nouvelle génération secourue d’autant par dame nature qui impose sa loi inexorable. Cette fronde accompagne le déclin de la mutualisation et son développement également, après trente ans ; la société a voulu rejeter des despotes en divisant ses points parmi les acteurs politiques appelés à collaborer : l’irruption d’un Eltsine en Russie, d’une Nancy Pelosi aux États-Unis, les trois cohabitations en France (Balladur, Chirac et Jospin) ont accompagné le vœu de liberté né avec la chute des grandes dictatures iranienne, soviétique, africaines avec les tables rondes nées du Vent d’Est consécutif à la Pérestroïka et de la Glasnot. A la Baule, François Mitterrand pouvait alors distribuer son aide « tiède » ou « enthousiaste » en fonction de la démocratie.

Les acteurs sénégalais sortis de la demi-clandestinité sous Diouf avec sa démocratie intégrale n’ont pas saisi, acteurs actifs, le jeu subtil de la société élisant sans majorité, forçant à une cohabitation qui a révélé la stupidité des acteurs politiques plus soucieux d’eux-mêmes que de progrès social : au nom de la mondialisation, l’étranger continue de diriger les Etats africains avec la reproduction induite des mécanismes d’exploitation contre lesquels s’époumonent les sociétés africaines démocratiques.

Le pouvoir n’a jamais intégré dans ses projections deux facteurs majeurs : la densité d’une société ayant évolué plus rapidement entre 1990 et 2000 qu’elle ne l’a fait de 60 à 90 grâce à une espérance de vie améliorée et à une éducation plus fine ayant nourri un espoir de vie meilleure.

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1-            Pathé MBODJE, Séga Fall MBODJI, Mame Gor NGOM, Mohamed Bachir DIOP : La communication d’État et les visibilités pour 2024. Février 2021. 

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