GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Quand la migration politique prend le dessous sur l’émigration clandestine: Le deuil national s’impose Par Fanny Ardant

Le décompte macabre se poursuit au large des côtes sénégalaises. Et le silence radio des autorités face à ce drame social empire. Tant pis pour ces morts ! Le président est très occupé à faire des calculs de migration politique que d’en faire avec l’émigration clandestine.

Le 4 novembre dernier, au moins 480 personnes ont péri à la suite de naufrages au large des côtes du Sénégal, sur une période d’une semaine, d’après les estimations de l’ONG Alarm phone, spécialisée dans l’assistance téléphonique pour personnes en situation de détresse en mer Méditerranée. De l’utilisation “croissante” de la route de l’Atlantique par les migrants pour rejoindre les Îles Canaries. Qu’a fait le père de la nation sénégalaise ? La seule fois qu’il s’est décidé à prononcer sur la question les populations auraient préféré qu’il se tût à jamais.

Et c’était à la fin du mois d’octobre dernier. Quand l’Organisation internationale des migrants (OIM) annonçait que 140 Sénégalais sont morts en mer. Dans un tweet en date du 25 octobre, le chef de l’Etat rapportait une dizaine de “jeunes compatriotes décédés”.

“C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai appris l’explosion, en haute mer, du moteur d’une pirogue qui transportait de jeunes compatriotes. Un drame qui a causé la perte de plus d’une dizaine de jeunes”, avait-il écrit sur le réseau social. C’est le comble venant du chef de l’Etat qui est censé être bien informé.

Toujours dans le déni total des autorités.  Le ministère de l’Intérieur d’alors en rajoute une couche de sottise. Aly Ngouille Ndiaye tire sur l’organisation et dément les chiffres avancés par le chef de l’Etat.

« Les services compétents de l’Etat ont récupéré six corps sans vie repêchés par un navire de pêche privé », précise le ministère de l’intérieur dans son communiqué, qui rappelle par ailleurs que « les services de secours ont sauvé respectivement 51 et 40 personnes » lors « d’accidents en mer intervenus le 22 octobre et dans la nuit du 25 au 26 octobre ».

Cette déclaration contredit des informations fournies par l’OIM qui, se basant sur des propos recueillis auprès de communautés locales, estime que 140 personnes ont perdu la vie, sur un nombre total de 200 personnes à bord. Une information « infondée » rétorque le ministère, qui assure qu’« aucun décès à ces incidents n’a été, pour l’instant, établi ».

Et quand l’occasion pour rectifier le tir se présente, Macky Sall vire au drame sa communication. Pour preuve, lors de la  Journée des Forces armées, Macky Sall zappe royalement le phénomène de l’émigration irrégulière et précipite d’annoncer une croisade contre le trafic illicite de bois et le terrorisme.

Tant pis s’ils meurent en mer ! Parmi eux, on ne compte pas de fils,  membre d’un ministre, d’un député ou même d’un directeur huppé. N’est-ce pas Me Sidiki Kaba ?

On se remémore l’excursion sur un archipel prisé des touristes, l’île de la Madeleine qui a viré au drame en septembre 2019, où quatre personnes sont mortes dont la nièce du ministre des Forces armées, Sidiki Kaba.  Oui là, le Chef de l’état Macky Sall était présent sur les lieux entre 22h et 23h pour s’enquérir de la situation. Et ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye s’est prononcé sur la question et affirmé en présence de M. Ousmane Sy, Directeur de la police nationale, qu’on leur a apporté de l’eau, de la nourriture et des couvertures.

Suicide collectif

Le suicide collectif ne semble guère préoccuper nos gouvernants. Et pourtant ce sont eux qui avaient promis à ces jeunes des emplois. Et las d’attendre, des foyers pauvres s’endettent pour récolter l’argent nécessaire pour que leurs enfants puissent atteindre ce qui en définitive ne sera qu’une illusion. Mais le moment est inopportun pour gérer ces questions sociales. Le chef de l’Etat est trop préoccupé avec son jeu machiavélique.

En effet, dans la formation de son nouveau gouvernement, Macky Sall réitère dans son acte sa volonté de poursuivre la réduction de l’opposition à sa plus simple expression en nommant au Conseil économique social et environnemental le candidat arrivé deuxième à la présidentielle de 2019, Idrissa Seck. Et pour déstabiliser, le troisième,  il convoque une audience secrète au palais avec Boubacar Camara. Ainsi, la coalition « Jotna » vole aux éclats. Ousmane Sonko quitte ladite coalition qui la portait lors de la dernière présidentielle. Encore plus de débarras ! Là ce sont ces proches qui ont des ambitions « démesurées » qui sont visés. Mimi Touré, Amadou Bâ, Makhtar Cissé ou même de Aly Ngouile Ndiaye qui est accusé d’espionnage sont limogés.

Le scandale de trop !

Alors que les licences de pêche accordées aux bateaux étrangers sont décriées parmi les causes évoquées par des pêcheurs qui embarquent dans les “pirogues de la mort” en quête d’un El Dorado, l’Etat du Sénégal renouvelle à l’Espagne, au Portugal et à la France les opportunités de pêcher 10.000 tonnes de poisson par an dans les eaux sénégalaises.

Les députés du Parlement européen ont donné leur approbation à la conclusion du protocole renouvelé offrant des opportunités aux pêcheurs français, espagnols et portugais. Le texte a été adopté par 524 voix pour, 47 contre et 115 abstentions. Les négociations pour un nouveau protocole de cinq ans ont débuté le 19 juillet 2019 et le partenariat de pêche durable conclu s’applique de façon provisoire depuis sa signature le 18 novembre 2019, selon le site officiel du Parlement européen.

Le protocole prévoit des possibilités de pêche pour un maximum de 28 thoniers senneurs congélateurs, 10 canneurs et 5 palangriers d’Espagne, du Portugal et de France (10.000 tonnes par an) ainsi que des possibilités de pêche au merlu noir pour 2 chalutiers espagnols. Cela dans un contexte très sinistre de recrudescence de l’émigration clandestine dont la plupart des candidats sont des pêcheurs sénégalais qui se plaignent de la rareté des poissons dans les eaux sénégalaises, à cause justement de la concurrence des navires industriels étrangers.

La responsabilité citoyenne collective impose le deuil national

Sur Twitter, les hashtags #WhatshappeninginSenegal et #DeuilNationalSN sont utilisés par une partie de la diaspora et des internautes sénégalais. Pape Domba Dione, l’un des initiateurs du mouvement, convie d’observer une dizaine de minutes de silence virtuel. De 20h à 20h10. Les internautes ne posteront qu’un seul message rendant hommage aux nombreuses personnes disparues dans l’océan Atlantique depuis le début de l’année. C’est la journée de recueillement “sur les réseaux sociaux en hommage aux victimes de l’émigration clandestine” ce vendredi 13 novembre 2020.

Mais encore une fois le président manquera à l’appel de ces jeunes. Il s’est envolé pour la capitale française pour prendre part au Forum de Paris sur la paix. Un forum qui sera l’occasion pour le chef de l’Etat de redéfinir une nouvelle dynamique de partenariat mondial. Il s’agit également de mettre en place de nouveaux mécanismes de solidarité internationale dans les relations internationales. La question de l’annulation de la dette africaine sera également au menu des échanges pour une meilleure gestion de l’après-Covid.

%d blogueurs aiment cette page :