GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Professeur Moustapha Kassé, économiste : « Il nous faut promouvoir une société de travail » Par Pape Sadio THIAM

Notre pays a besoin d’une croissance rapide, accélérée, harmonieuse et aux taux les plus élevés possible, compte tenu des ressources disponibles. Or, le taux de croissance est une fonction directe du taux d’accumulation, donc de l’épargne. En conséquence, il ne peut avoir de développement sans une conciliation entre les capacités de génération (production) et d’absorption (consommation) des surplus. On travaille mal et pas assez, ce qui se répercute sur la productivité et compétitivité.

Travaille dur pour conserver ton emploi, sinon tu vas travailler dur pour en trouver un. Tous les constructeurs de système sociétal ont toujours fondé leurs conceptions sur le travail rédempteur et créateur de richesses. Les proclamations sur l’émergence actuellement en cours omettent de rappeler que les pays émergents ne sont pas arrivés là où ils sont par hasard. Ils ont réussi à sortir du sous-développement en appliquant d’excellentes visions stratégiques qui reposent solidement sur les vertus prussiennes de travail, de rigueur, de discipline, d’épargne et sur le secteur privé soutenu par un patriotisme économique réfléchi et courageux. La question qui découle de ces exemples est celle de savoir quelle est l’attitude des acteurs sociaux à l’égard du travail.

Trois faits massifs méritent d’être soulignés et sérieusement analysés.

Le premier fait concerne les cérémonies familiales et les nombreuses activités de loisirs qui démobilisent tout le corps social et particulièrement sa composante la plus valide : la jeunesse.

Le second fait est relatif à la multiplicité des fêtes officielles qui sont des charges exorbitantes pour les entreprises et partant diminuent leur compétitivité structurale.

Le troisième fait est la faible productivité du facteur travail dans tous les secteurs d’activité. En prenant le cas de l’agriculture, on s’aperçoit que les hommes consacrent au travail 103 jours, soit 600 heures par an et les femmes 155 jours, soit 1.100 heures. Dans les mêmes climats et sur les mêmes sols, le rendement moyen par actif rural et par hectare cultivé est presque 10 fois plus élevé en Asie. Que faut-il alors faire pour promouvoir une société de travail, c’est-à-dire une société qui se construit autour des valeurs qui agissent sur la conscience des citoyens pour leur inculquer en permanence des attitudes favorables au travail productif et créatif ?

Il faut certainement aller bien au-delà de simples appels pathétiques de nos leaders à la conscience professionnelle. Les comportements et les attitudes civiques favorables au développement économique et social peuvent être transcrits en règles normatives claires et précises du genre : « Le travail tu exécuteras avec conscience et abnégation » (Cheikh Sidy Moukhtar Mbacké, Khalife Général des Mourides), « Le loisir tu accepteras comme complément au travail », « Les ressources tu géreras avec des anticipations rationnelles », « Le service et les biens publics tu respecteras (Cheikh Sidy Moukhtar Mbacké), « La confiance tu cultiveras » (Cheikh Sidy Moukhtar Mbacké) et « La corruption tu combattras », etc.

Tous les chefs d’État ont lancé sans grand succès cette mobilisation du pays pour le travail et les comportements civiques : « Debout frères » de Léopold Senghor, « Le sursaut national » d’Abdou Diouf, « Travailler, encore travailler, toujours travaille »r d’Abdoulaye Wade et « Combattre l’absentéisme » de Macky Sall. Pour que ces prescriptions ne soient pas une sorte de code éthique ou une kyrielle de vœux pieux, il faut les traduire en mécanismes institutionnels ou en règles juridiques et se donner les moyens de les faire respecter.

%d blogueurs aiment cette page :