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Politique: Une opposition fébrile

Le chef de l’Etat, tel un caméléon, pas à pas, est en train méticuleusement de dérouler son timing personnel au rythme des conjectures et circonstances politiques, sans coup férir, sans la moindre pression des partis politiques, de la société civile ou de la rue.

Méthodique, bien organisée, chaque étape prend l’allure nécessaire pour préparer la suivante, l’une après l’autre. Ainsi, par ricochet, les élections locales vont repousser les Législatives qui à leur tour décaleront la Présidentielle de 2024 ; cette dernière, logiquement, ne pourrait se tenir à date échue et elle risque d’être prorogée d’un an au moins, au rythme ou trottent les aiguilles de l’horloge électorale.

La preuve, l’opposition et la société civile réunies ne sont pas à même de s’impliquer et d’imposer un quelconque calendrier électoral pour pouvoir se préparer en conséquence en fonction des délais impartis.

Parce qu’elle est inexpérimentée, molle, inorganisée.

L’opposition sénégalaise, jadis, du temps du Parti démocratique sénégalais (PDS) de Abdoulaye Wade, du Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT) de Amath Dansokho, de la Ligue démocratique (LD/MPT) de Mamadou Ndoye, de And Jëf (AJ/MRDN) de Landing Savané, avait toujours compté sur un front social en permanente ébullition, un mouvement syndical revendicatif très structuré, des leaders de partis politiques et dirigeants syndicaux qui inspirent les luttes corporatives, des ouvriers, des travailleurs, des élèves et étudiants et au changement de l’ordre établi.

En l’absence donc d’une opposition radicale, hardie, le président de la République Macky Sall est en train d’utiliser tous les leviers de commandement pour arriver à sa fin : imposer aux Sénégalais un autre mandat de cinq ans pour faire 17 ans au pouvoir, plus que Abdoulaye Wade qui en compte 12 ans.

C’est vraiment trop en 2021 que des chefs d’État s’éternisent au pouvoir.

Léopold Sédar Senghor en avait fait 21 ans, Abdou Diouf 19 ans.

Si Macky Sall passe en 2024, il ferait dix-sept ans de présidence, aurait frayé avec trois ou quatre présidents américains (Barack Obama, Donald Trump, Joe Biden), trois présidents français (François Hollande, Emmanuel Macron et un autre qui sera élu).

Une aberration constitutionnelle.

Si seulement le président réélu Macky Sall était animé de fermes intentions pour écourter le mandat pour lequel il serait élu de sept à cinq ans, ce ne serait pas la solution qui lui aurait manqué. Sur indication de spécialistes constitutionnalistes et en accord avec le Conseil constitutionnel, la voie serait toute tracée sans violer la Charte fondamentale. Si tel était son souci.

Cette promesse de campagne entre les deux tours, était une stratégie de pêche aux voix pour capter celles des douze autres candidats recalés au premier tour du scrutin du 26 février 2012 et de l’électorat indécis.

Pour rappel, Abdoulaye Wade, président sortant, qui caracolait en tête avec 34,47% des voix, suivi de Macky Sall, second avec 26,19% des voix, victime d’une diabolisation excessive, suite au ticket présidentiel et au quart bloquant, qui trahissaient une volonté de “dévolution monarchique” du pouvoir, se vit ceinturer par un “Tout sauf Wade” qui plébiscitera le candidat Macky Sall d’un 65 %, qui, contre toute attente, deviendra le quatrième président de la République du Sénégal, poste tant convoité et rêvé de son ennemi juré d’hier, ami d’aujourd’hui Idrissa Seck.

Qui aurait misé sur Macky Sall en 2011 devant les ténors du Parti socialiste (PS), Moustapha Niass, Ousmane Tanor Dieng ?

Abdoulaye Wade n’était-il pas trop puissant, très sûr de lui au point de pouvoir “réduire l’opposition à sa plus simple expression” ?

Wade n’avait-il il pas la plus grande coalition autour de sa candidature ?

En vérité, tous ceux qui scandaient derrière lui “Gorgui, mbir mi yowla, Gorgui, yaa bari doole” n’étaient qu’un épouvantail, un patchwork de généraux sans troupes, sans imprégnance sur le quotidien des Sénégalais, sinon des addicts des derniers publics.

Comme Wade, le président Macky Sall n’est-il pas entrain d’échanger ses fidèles compagnons de l’An I de la révolution “apérienne” contre des zéros pointés espérant engranger plus de 85% de l’électorat sénégalais ?

Il faut le dire maintenant, les électeurs sénégalais étaient loin d’être enthousiasmés par les sirènes d’un quelconque programme politique des candidats en lice, fut-il celui du Yoonu Yokkute ; ils étaient plutôt échaudés par les plans du Pape du Sopi enclin de faire de son fils Karim Wade son dauphin constitutionnel avec le projet de loi du ticket présidentiel, du quart bloquant que l’opposition de l’époque avait combattu pour anéantir toute tentative de “dévolution monarchique du pouvoir”.

Macky Sall fut plutôt élu par un vote sanction contre le candidat Abdoulaye, et non une adhésion à un son programme de société.

Macky Sall a les mains libres pour manœuvrer parcs que l’opposition stricto sensus n’existe pas et si elle existe, elle est embryonnaire, se résume à l’activisme débordant du militant Guy Marius Sagna et quelques congés sporadiques de Aar Li Ñu Bokk.

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