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Politique: Seule la lutte libère

L’opposition politique, du reste celle qui aspire à prendre les destinées du pays en main, doit être une opposition capable de prendre en charge les revendications sociales, porter le combat sur tous les fronts. Les partis et mouvements qui se laisseraient divertir par un combat juridique, si le président Macky Sall a droit ou non à se présenter pour une troisième fois, sont en train de faire fausse route. S’il cherche une réponse juridique à cette question, ils vont se fourvoyer outre mesure, parce qu’ils vont s’en remettre à la décision des Sages du Conseil constitutionnel, qui liront le droit ; ce droit a valeur de décision irrévocable, c’est-à-dire définitive, sans autre recours.

Que l’opposition s’engouffre dans cette brèche, où elle ne maitrise aucun des paramètres des subtilités du Droit, ou l’interprétation juridique est aussi subjective, aussi relative qu’un tableau d’art surréaliste, ne fera que l’affaire de celui qui détient les manettes du pouvoir judiciaire. Le contraire aurait surpris : le Conseil constitutionnel appliquerait la jurisprudence Abdoulaye Wade.

Le maire de Mermoz-Sacré Cœur, Barthélemy Dias, plus réaliste est persuadé que le président Macky Sall est en roue libre pour l’élection présidentielle de 2024 et dispose d’atouts convaincants pour l’emporter, prophétise-t-il : “Si le peuple sénégalais estime que d’autres vont se mobiliser à sa place, je le dis ici, le président de la République fera un 3ème mandat et va le gagner parce qu’il n’est pas battable sur le terrain électoral” et de préciser : “Ainsi, ce débat sur la question du 3ème mandat ne sera que peine perdue si on se donne le plaisir d’être de simples téléspectateurs face aux dérives du régime et de son chef qui ne mijotent que pour éliminer des candidats avec sa pseudo- justice, à travers son système électoral où il permet à certains de voter et d’autres d’être exclus et aussi avec ce système de parrainage où il choisit lui-même ses candidats”.

Il est certain que “sur le plan juridique, le président Macky Sall peut prétendre à un troisième mandat. Je prends à témoin le professeur Nzouankeu et le Professeur Babacar Guèye qui l’ont confirmé” et, le faisant, “(…), il le gagnera, car il n’est pas battable sur le terrain électoral”.

Le président Macky Sall a plusieurs cordes à son arc : la transhumance, l’étape sélective du parrainage, les procès politiques qui peuvent faire perdre à un candidat ses droits civiques, le harcèlement politique, la division au sein du parti, toutes choses qui contribuent à affaiblir l’adversaire politique ; et c’est de bonne guerre. Lui-même Lam tooro s’adressant à ses frères de la diaspora, à Paris, lançait en Poular, d’un air conquérant : “mo suusa boné, laamotaako” (qui a la frousse des épreuves difficiles, ne saurait vaincre). Que les partisans du moindre effort, l’opposition de salon, les bureaucrates et autres affairistes qui sont tombés dans la politique par effraction déchantent. La route est longue, très longue, semée d’embuches.

Le militantisme politique c’est un choix, une option héroïque, des convictions chevillées au corps, une vie. Comme disait un sage de la révolution, pour un dirigeant politique, il leur faut descendre du cheval faire corpus avec les populations, accorder son rythme au rythme des doléances de celles-ci, les traduire en revendications capables de mobiliser les foules et de traduire leurs forces en énergie revendicatrice, pour, chaque jour au contact avec les dérives du pouvoir, faire reculer l’injustice, réduire les inequités sociales, l’arrogance, le pillage des ressources, le vol des biens publics sous toutes ses formes.

La balle est dans le camp des leaders de l’opposition, qui jusqu’ici manquent d’initiatives, de talents, d’expertise pour résister, attaquer, pousser aux cordes, acculer un pouvoir coriace, aux aguets, très serein, très entreprenant.

Tout compte fait, les citoyens ont le dernier mot.

Ce sont eux qui font et défont les pouvoirs.

La silencieuse ou la grande muette, c’est selon.

Quand Macky Sall disait qu’il allait réduire l’opposition à sa plus simple expression, il oubliait sans doute qu’à la situation d’avant alternance, le régime de Gorgui Wade était solide et personne n’imaginait qu’une étincelle allait brûler la campagne et que dix ans après les bus de Dakar Dem Dick, certaines mairies et mosquées seraient peintes en marron-beige. Les hommes et femmes aussi habillés et coiffés aux couleurs “apériennes”, le Train Express Régional (TER), les Bus Rapid Transit (BRT) ne feront pas l’exception à la règle, certainement.

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