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Politique: Quand Macky sabre les têtes qui dépassent Par Pape Sadio THIAM

Amadou Bâ a-t-il tardé à décrypter les signes qui ont conduit aux incidents du Premier novembre ?  Il semble en tout cas avoir la patience, la discrétion conquérante et le génie requis pour dissiper le malentendu avec le président Macky Sall puisqu’il reste à la disposition de l’Etat, au sens politique du terme. Ce qui ne semble pas en être le cas pour Aminata Touré et Mouhamadou Makhtar Cissé.A s’y méprendre, l’Alliance pour la République (Apr), c’est comme le dieu Chronos de la mythologie grecque, ce dévoreur de libertés, d’ambitions et de carrières politiques. Qui pouvait croire qu’Amadou Bâ pouvait se retrouver, quelques mois seulement après l’élection présidentielle pour laquelle il s’est presque surhumainement investi, défénestré de son stratégique poste de ministre des Finances, ensuite celui des Affaires étrangères ?

Accusé à tort ou à raison d’avoir des ambitions présidentielles au sein de l’Alliance pour la République, le responsable politique aux Parcelles Assainies a pourtant toujours clamé sa fidélité au président Macky Sall. Alors qu’il était l’invité spécial de Pape Ngagne Ndiaye et d’Abdoulaye Cissé dans un format inédit sur la Tfm, le tout récent ministre des affaires étrangères, Amadou Bâ, avait montré toute sa bonne foi de rester aux côtés de Macky Sall en tant que commis de l’Etat. « Et prêt à être à sa disposition partout où le besoin se fera sentir ». Une sortie médiatique contreproductive, puisqu’elle révélera, au grand étonnement de tous, un homme politique inquiet de son avenir politique et qui cherche coûte que coûte à sauver son fauteuil de ministre. Il poussera le bouchon aussi loin en défendant l’idée selon laquelle le président Macky pourrait bénéficier de nouveaux mandats jusqu’en 2035.

Pourtant, le désormais ex-ministre des Affaires étrangères, considéré comme le meilleur ministre des Finances sous le président Macky Sall était de plus en plus absent du débat national. Et ce, non à cause de sa posture dans le gouvernement, mais à cause des innombrables foyers de tension qui sont allumés sur son passage. Et là où le bât blesse, c’est que ce sont exclusivement des querelles internes à l’Apr qui constituent l’essentiel des nuages qui menacent d’assombrir son avenir politique.

Dans sa base politique des Parcelles Assainies, il était devenu incontournable. Sauf que son leadership était contesté par certains responsables de l’APR dans son quartier très populeux avec un  électorat très important ; c’est le cas de Mbaye Ndiaye, ministre d’État auprès du président, qui avait même prononcé son exclusion du parti. Ce qui était déjà une alerte pour Amadou Bâ.

Même s’il a toujours réaffirmé sa « loyauté » vis à vis de Macky Sall, la méfiance de ce dernier était palpable. Sa migration du ministère des Finances aux Affaires étrangères était considérée comme une disgrâce. En nommant Moussa Sy, son rival politique et maire des Parcelles assainies, au poste de président du Conseil d’administration du Port de Dakar, Macky Sall avait fini de signifier à Amadou Bâ qu’il ne comptait plus sur lui pour maintenir les Parcelles assainies dans le giron de la majorité présidentielle. Aura-t-il la patience, la discrétion conquérante et le génie requis pour dissiper tous ces nuages ? En tout cas, sa déclaration juste après son limogeage porte la signature d’un homme qui ne semble pas prêt à prendre sa carrière politique en mains et s’émanciper de la tutelle de son mentor ou, du moins cela en a tout l’air : « Son Excellence, Monsieur Macky Sall, président de la République, a mis en place un nouveau gouvernement ce dimanche 01 novembre 2020. Je le remercie profondément pour sa confiance renouvelée à mon endroit à plusieurs reprises et souhaite beaucoup de succès à la nouvelle équipe. Le Commis de l’Etat que je suis reste à la disposition de Monsieur le Président de la République et du Sénégal ».

Le limogeage de Mimi Touré sonnerait comme une sanction, selon plusieurs observateurs. Cette forte personnalité qui s’est impliquée dans la victoire du candidat Macky Sall lors de la dernière élection présidentielle entretiendrait des relations difficiles avec le président de la République. Sa disgrâce aura du mal à passer d’autant plus que Mimi Touré entretenait des relations difficiles avec Idrissa Seck, son futur remplaçant à la tête du Conseil économique, social et environnemental. La prochaine cérémonie de passation de service entre les deux présidents risque d’être particulière pour les deux leaders politiques qui ont, visiblement, cultivé entre eux un désamour politique profond.

Mimi Touré fait constamment l’objet d’attaques alors même qu’elle n’est plus directement dans l’appareil gouvernemental. Le plus intriguant dans ces « gémonies du Capitole » où sont exposées les potentiels aspirants au trône, c’est qu’elle vient davantage des membres du parti au pouvoir que de l’opposition. Cette dernière est à la limite assignée au rôle de broyeur de cadavres déjà exécutés à l’intérieur de la maison. La liquidation par presse interposée ne peut être effective que si le nom de l’adversaire à abattre est associé à un « crime » de dimension nationale. L’accusé devient la cible de tirs nourris provenant aussi bien de l’opposition, de la presse, que de la société civile.

Suspectée par le palais de se préparer à la prochaine présidentielle de 2024, le limogeage de Aminata Touré était quand même inattendu. A peine  a-t-elle commencé à défaire ses bagages, qu’elle fait l’objet d’attaques dans la presse sur sa gestion du Conseil économique, social et environnemental. C’est sur sa page Facebook que l’ex-présidente du  Conseil économique, social et environnemental s’est exprimée  pour   faire taire  des rumeurs sur sa gestion au sein de cette   institution.

« A cette étape de ma vie, nul ne peut ternir ma réputation et mon intégrité. Je me réserve le droit d’ester en justice contre toute tentative de diffamation ou d’intimidation », écrit-elle.  Et pour que nul n’en ignore, elle soutient être dans l’attente sereine de la passation de service avec le nouveau président du CESE.

Sur l’institution qu’elle a dirigée pendant 16 mois, elle dit s’être conformée aux règles et standards de bonne gestion.   Et mieux, elle révèle que les documents de vérification sont en ordre et disponibles au niveau de l’institution ainsi que sa déclaration de patrimoine déposée à l’OFNAC.

Arrivé à la Senelec en 2015, Mouhamadou Makhtar Cissé, l’ancien enfant de troupe formé au prestigieux Prytanée militaire Charles-N’Tchoréré de Saint-Louis, a réussi à  rapidement redresser cette entreprise en quasi-banqueroute, il y a quelques années,  au point de devenir l’homme de confiance du président Macky Sall, dont il a brièvement dirigé le cabinet. En 2016, la Senelec affichait 30 milliards de F CFA de bénéfices, contre 12 milliards en 2015. Sous sa houlette et à la faveur d’importants investissements publics en partenariat avec les producteurs d’énergie indépendants dans le solaire et le thermique, le sous-secteur de l’énergie a enregistré des avancées notoires en matière de modernisation des infrastructures, de fourniture électrique.

 

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