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Politique: L’équation du poste de Premier ministre Par Pape Sadio THIAM

C’est près avoir été reconduit à son poste de président de la République pour un second mandat que le président Macky Sall s’est attelé à supprimer le poste de Premier ministre par voie parlementaire. Raison invoquée : la simplification et rationalisation des procédures de prise de décision.  

Le premier ministre est souvent le numéro deux de l’État et du parti du président. Cette position double fait de lui un successeur potentiel. Dans la tradition politique sénégalaise, sa présence ou son absence a toujours été déterminante pour la stabilité gouvernementale et la succession politique.

Le président Sall fera-t-il revenir le poste de Premier ministre ou non ?

Pour avoir changé trois fois de Premier ministre entre 2012 et 2014, le président ne manque pas de prétexte. Même si Macky Sall reste le président sénégalais qui a moins changé ses différentes équipes gouvernementales, il reste aussi celui qui a le plus changé de Premier ministre en temps aussi court.

À part les chefs de gouvernement nommés au temps du régime socialiste, les personnalités qui se sont succédé à la Primature n’y ont pas passé beaucoup de temps. Seuls Abdou Diouf, l’ancien président du Sénégal, et Habib Thiam ont pu occuper le siège logé à la Primature plus d’un quinquennat.

Sous Wade, la fréquence intempestive des remaniements ministériels avec la profusion de ministres, de ministres conseillers, de ministres d’État, constituant le gouvernement était la règle. Cette instabilité, stratégie gouvernementale, a été une des stratégies éprouvées pour le président de renforcer son pouvoir en mettant ses ministres dans une situation de précarité chronique, installant par ce fait le sentiment que l’allégeance et la fidélité sans faille étaient les seuls gages d’une possible longévité au niveau des postes ministériels. On se retrouve ainsi avec une vingtaine de remaniements ministériels qui ont déstabilisé l’architecture gouvernementale, avec des ministères ayant un champ d’intervention gigantesque ou des champs de compétences se chevauchant ou éclatés.

Il importe de ne pas oublier dans cette « désusbstantialisation » de l’État, la multiplication d’agences d’exécution qui ont parfois fait doublon avec certains ministères et ce sans qu’on n’ait cherché à respecter quelques principes de rationalité, de cohérence et d’efficacité.  Même si par ailleurs, ces ministres restent longtemps à leur place, les chaises musicales à la primature se font à un rythme soutenu. Avant la suppression du poste, le président Macky Sall a totalisé trois chefs de gouvernement, au point que le remaniement opéré le 6 juillet 2014 avait relancé le débat sur les responsabilités éphémères à la tête du gouvernement sénégalais. Aminata Touré, démise de ses fonctions, n’a fait que 10 mois à la tête de la Primature (1er septembre 2013, 04 juillet 2014). Son prédécesseur Abdoul Mbaye, arrivé à la tête du gouvernement le 3 avril 2012, n’a pas aussi occupé longtemps le poste.

La plus petite durée à la Primature dans l’histoire du Sénégal est toutefois enregistrée par Moustapha Niasse qui, en remplacement de Habib Thiam, le 3 avril 1983, quitte ses fonctions 26 jours après, plus précisément le 29 avril de la même année. Ce même Moustapha Niasse, après l’alternance ayant porté le président Wade au pouvoir en mars 2000, ne régnera pas dans la durée lorsqu’il retrouva la Primature. Il quitte son poste de Premier ministre, le 3 mars 2001, après seulement 11 mois d’exercice. Il sera remplacé par Mame Madior Boye, première femme à accéder à ce niveau de responsabilité au Sénégal. Cette première expérience féminine sera de courte durée. Mame Madior Boye est démise de ses fonctions le 4 novembre 2002, neuf mois après sa nomination.

À partir de cette date, le président Wade a encore fait appel à 4 autres personnalités pour diriger le poste. Idrissa Seck (4 novembre 2002-21 avril 2004) laissera la place à l’actuel président de la République Macky Sall qui siégera 3 ans avant de rendre le tablier, le 19 juin 2007. À sa suite, Abdoulaye Wade portera son choix sur Cheikh Hadjibou Soumaré qui est relevé le 30 avril 2009 au profit de Souleymane Ndéné Ndiaye, emporté par la chute du régime libéral en avril 2012. Dans la liste des chefs de gouvernement qui n’ont pas duré à la Primature, il faut enfin citer Mamadou Lamine Loum, le dernier Premier ministre du régime socialiste, entre juillet 1998 et avril 2000. Les plus longs magistères sont accomplis d’ailleurs sous l’ère socialiste avec Abdou Diouf et Habib Thiam. Le premier nommé siégera à la station primatoriale entre février 1970 et décembre 1980. Habib Thiam, quant à lui, a été Premier ministre du 29 avril 1991 au 03 juillet 1998.

 

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