Pastef : Ratures et rayures
Pastef
Le serpent qui se mord la queue
Des textes charcutés pour dérapage et ratage mettent aujourd’hui Pastef le dos du mur. La formation du Premier ministre Ousmane Sonko est devenue le serpent qui se mord la queue en s’attaquant à lui-même




Avec l’affaire Bougar Diouf inculpé de diffusion de fausses nouvelles et écroué, Pastef a atteint le fond : la division visible depuis toujours se confirme entre le parti et l’État et ses différents démembrements. Que la formation majoritaire affronte l’adversité politique classique, passe encore ; l’actuelle guerre des tranchées dans la querelle fratricide ne laissera aucun vainqueur hors du cadre constitutionnel légal.
On se plaît à invoquer l’État mais cette autre institution aussi pose aussi problème : pour la énième fois en deux mois, le Conseil constitutionnel invite l’Assemblée à revoir sa copie. Le président de l’Assemblée ajournée franchit le Rubicon en rayant ceux qui rayent les textes.
Le discours n’est pas nouveau et il est général, telle une leçon soumise à l’interne que l’on n’a pas pu retenir dans la structuration de la formation politique et c’est le disque de cette vérité décalée, base de la problématique communicationnelle de Pastef, qui est rayé faute d’une densité morale sérieuse : le manichéisme qui en sert de fond de commerce n’amuse plus et inquiète sur la capacité d’une équipe dans sa globalité à saisir le moment dans le temps et l’espace social.
La liste est longue, comme les longs sanglots des longs jours sans pain qui frappent les populations sénégalaises, de la révision partielle de la loi d’amnistie et de certaines dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée nationale ; ajoutez-y le refus du Rabat d’arrêt dans l’affaire Prodac, le rejet de l’arrêté ministériel visant le remplacement du Dg du centre Talibou Dabo, l’affaire de la mairie de Dakar dans ses prolongations interminables, on peut comprendre que Pastef au bord de la rupture demande à punir ceux qui remuent 7 fois la langue avant de parler. Frappé aussi bien à la tête au niveau du gouvernement que sur le reste du corps parlementaire, la formation du Premier ministre Ousmane Sonko se retrouve aujourd’hui dans la même situation avant le 12 octobre 2024 d’une formation sans possibilité de changer et d’imposer sa vision faute de conformer ses actes à la Loi fondamentale, c’est-à-dire virtuellement sans majorité.
La tentative d’uniformiser les différentes structures verticales du parti était déjà révélatrice de déchirures profondes qui ont affaibli la formation depuis le 10 juillet, avec le discours du chef de parti, chef de gouvernement et citoyen Ousmane Sonko : le doute n’était plus permis sur les clans et tendances d’une formation déjà affaiblie par l’exercice du pouvoir er qui veut redéfinir le pouvoir au sens d’un Landing Savané de And/jëf se plaignant d’être au pouvoir sans avoir le pouvoir dans ce jeu d’une démocratique sénégalaise où le logos et la praxis ne varient guère au fil des alternances.
Il faut cependant reconnaître que la formation du Premier ministre est dans son droit en attrayant ceux qui ont été convoqués : les incriminés sommés de venir s’expliquer devant la justice l’ont été de droit : le pouvoir issu du 24 mars n’est pas une licence au libelle diffamatoire, contrairement à une idée répandue à gauche et à droite, surtout chez ces mauvais conseils de l’intérieur et de l’extérieur : le respect dû aux institutions et à ceux qui l’incarnent est consubstantiel à un article 80, réel ou virtuel. Les verdicts souvent cléments font parfois regretter la longueur de la préventive. Surtout lorsque, après réflexion, les incriminés eux-mêmes reconnaissent en leur for intérieur être allés trop loin.
À l’analyse, cette crise de la parole (information et/ou opinion), crise de langueur ou de longueur, est le signe de l’échec du dialogue quand l’absence de filières et de couloirs de concertation internes forcent le cri primal. Le Sénégal se trouve ainsi dans un cercle vicieux où il faut ruer dans les brancards pour ramener l’orthodoxie dans la doxa politique : le souci premier de toute nouvelle majorité est en effet de prolonger l’anthropophagie politique de réduire l’opposition à sa plus simple expression.
Pathé MBODJE
