GMT Pile à l'heure

La Ligne du Devoir

Passé-Présent: Cicely Tyson, actrice et icône

Actrice et modèle à la longévité exceptionnelle, Cicely Tyson (1924-2021) est connue pour ses incarnations de femmes fortes et son immense contribution à la représentation des femmes afro-américaines.
L’image est celle d’un portrait en noir et blanc de Cicely Tyson en 1973. Elle porte un manteau. Ses cheveux sont noués en tresses près du crâne. Elle a un large sourire.
Née le 19 décembre 1924 à Harlem (New York, États-Unis), Cicely Tyson est l’une des trois enfants de Fredericka Huggins, domestique, et de William Augustine Tyson, charpentier, tous deux originaires des Caraïbes et arrivés depuis peu aux États-Unis. Ils se séparent quand la jeune fille a onze ans, et Cicely est élevée par sa mère.
HARLEM
Cicely grandit à Harlem, au sein d’un entourage très croyant. Sa mère, en particulier, lui interdit d’aller au cinéma et de fréquenter des garçons ; elle aura dans un premier temps beaucoup de difficultés à accepter le choix de sa fille d’embrasser une carrière d’actrice. En grandissant, Cicely fréquente une église épiscopale et chante au sein de la chorale.
À l’âge de dix-sept ans, Cicely a une fille. L’année suivante, elle épouse Kenneth Franklin, avec qui elle aura un mariage bref ; son mari l’abandonne au bout de dix-huit mois.
Cicely Tyson commence par travailler comme modèle, une carrière dans laquelle elle rencontre un succès rapide ; elle apparaît notamment dans « Ebony magazine »  et « Vogue ». C’est en 1951, à l’âge de 27 ans, qu’elle obtient un premier rôle : elle apparaît dans la série « Frontiers of Faith » de la NBC. La performance lui vaut d’être jetée dehors par sa mère, qui ne lui adressera pas la parole pendant deux ans ; elle changera finalement d’avis en voyant sa fille sur scène.
Cicely obtient son premier rôle dans un film en 1956, en jouant dans « Carib Gold ». Par la suite, elle obtient sporadiquement de petits rôles au cinéma et, à partir de 1958, se produit sur scène à Harlem ; elle fait sa première apparition dans « Dark of the Moon ». En 1961, elle joue le rôle de Stephanie Virtue Secret-Rose Diop dans la pièce « The Blacks » de Jean Genet, aux côtés notamment de Maya Angelou et James Earl Jones, une pièce qui rencontre un certain succès. Par la suite, elle remporte un prix pour sa prestation dans une autre pièce, « Moon on a Rainbow Shawl ».
THÉÂTRE, CINÉMA, TÉLÉVISION
Cicely joue alors au théâtre, au cinéma et à la télévision. Elle joue le rôle de la secrétaire d’un travailleur social dans la série « East Side / West Side » sur CBS, qui traite de questions sociales ; elle est alors le-a seul-e afro-américain-e à avoir un rôle régulier dans une série télévisée
La photo est un portrait de Cicely Tyson en 1992 la montre portant une veste jaune brodée aux manches et aux contours, et des boucles d’oreille. Elle a un grand sourire.
En 1972, Cicely Tyson obtient son premier rôle principal en interprétant le personnage de Rebecca Morgan, l’épouse d’un métayer de Louisiane, dans le film « Sounder ». Sa prestation lui vaut d’être nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice et le Golden Globe Award de la meilleure actrice.  « That movie was, for me, the first acknowledgment that I could do something that would move people » (ce film me prouvait pour la première fois que je pouvais toucher les gens), témoignera-t-elle en 2017 dans une interview pour Elle.
Cicely poursuit sur sa lancée en décrochant le rôle principal dans le téléfilm « The Autobiography of Miss Jane Pittman », dans lequel elle interprète le rôle d’une ancienne esclave tout au long de sa vie, de la guerre de Sécession au mouvement pour les droits civiques. Grâce à ce rôle, elle décroche le premier Emmy Award remporté par une actrice afro-américaine. Elle obtient par la suite de nombreux autres rôles dans des films, séries et téléfilms, et interprète notamment Coretta Scott King en 1978, et Marva Collins en 1981. Ce dernier rôle lui vaut un NAACP Image Awards, une récompense remise par la National Association for the Advancement of Colored People ; elle en recevra plusieurs au cours de sa carrière.
La même année, Cicely épouse Miles Davis, avec qui elle aura une relation tumultueuse jusqu’à leur divorce en 1989.
Une voix pour les femmes afro-américaines
Femme engagée, grande défenseuse des droits des Afro-américains, Cicely Tyson met un point d’honneur à choisir soigneusement ses rôles, en écartant les rôles stéréotypés ou dégradants et en interprétant des femmes fortes. Elle s’efforce également d’inciter ses collègues à en faire autant.
Dans son autobiographie Just as I Am, parue peu avant sa mort, Cicely explique : « My art had to both mirror the times and propel them forward. I was determined to do all I could to alter the narrative about Black people — to change the way Black women in particular were perceived, by reflecting our dignity. » (Mon art devait à la fois refléter les temps actuels, et les faire progresser. J’étais déterminée à faire tout ce que je pouvais pour changer la narration à propos des Noirs – en particulier pour changer la façon dont les femmes noires étaient perçues, en reflétant notre dignité).
Cet engagement, qui lui coûte parfois des mois ou plus sans travail, fait d’elle une figure d’inspiration pour plusieurs générations d’actrices et d’acteurs noir-es, une pionnière ouvrant la voie à celles et ceux arrivant après elle.
Cicely poursuit une carrière prolifique et d’une longévité exceptionnelle. Elle apparaît dans « The Women of Brewster Place en 1989 », dans « Beignets de tomates vertes » en 1991, dans la série « Sweet Justice » dans laquelle elle interprète une militante des droits civiques en 1994-1995. En 1994, son rôle dans le téléfilm « Oldest Living Confederate Widow Tells All » lui vaut un troisième Emmy Award.
Une dernière image est un portrait de Cicely Tyson. Elle porte un haut sombre et de longues boucles d’oreille. Ses cheveux sont courts. Elle sourit.
En 2011, Cicely joue le personnage de Constantine Jefferson, une domestique à Jackson dans le Mississippi, dans « La Couleur des sentiments ». Infatigable, elle n’en a pas terminé non plus avec les récompenses : en 2013, elle remporte le Tony Award de la meilleure actrice, une récompense dédiée à l’art dramatique, pour son rôle de Miss Carrie Watts dans « The Trip to Bountiful » ; à 88 ans, elle est l’actrice la plus âgée à remporter ce prix. Son dernier rôle le plus notable est sans doute celui de la mère du personnage incarné par Viola Davis dans la série « How to Get Away with Murder ».
À côté des prix couronnant son impressionnante carrière, Cicely reçoit de nombreux autres honneurs et récompenses : la NAACP lui remet ainsi la Médaille Spingarn pour sa carrière d’actrice et son soutien au mouvement pour les droits civiques et, en 2016, le président Barack Obama lui remet la médaille présidentielle de la Liberté. En 2018, Cicely est la première afro-américaine à recevoir un oscar d’honneur.
Cicely Tyson meurt en janvier 2021, après une carrière exceptionnelle à bien des niveaux, qui l’a vue jouer dans plus de cent films, téléfilms, séries et pièces, pendant sept décennies. Elle reçoit de nombreux hommages, tant pour sa contribution artistique que pour ses engagements. Viola Davis écrit ainsi : « You were everything to me! You made me feel loved and seen and valued in a world where there is still a cloak of invisibility for us dark chocolate girls. » (Tu étais tout pour moi ! Tu m’as fait me sentir aimée, vue, et considérée dans un monde où il y a toujours une cape d’invisibilité pour nous, les filles à la peau foncée).
——
Liens utiles
Page Wikipédia de Cicely Tyson (anglais)
Cicely Tyson, rebelle pour la juste cause
Remembering Cicely Tyson, a trailblazer for Black women, on and off the screen
Cicely Tyson, icône de la cause afro-américaine, est morte à 96 ans.
——
Source :

L’histoire par les femmes

%d blogueurs aiment cette page :