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Parler Jeune Franglais et Wolof

SOCIÉTÉ-PARLER JEUNE

Une langue assimilée du français,
codée en anglais et disloquée en wolof
Entre vulgarité et codage
Comprendre le langage des jeunes est devenu un système de décodage mot à mot pour intrus. Une langue assimilée du français, codée en anglais et disloquée en wolof. Les jeunes ont pris cette habitude qui est d’amener les aînés dans un terrain inconnu. Mais ce langage codé s’utilise pour une raison de descendre le voile sur leurs actions. La codification de leur langage déclenche un conflit entre les aînés et les parents.
Par Khadidiatou GUÈYE Fall,
Chef du Desk Société
Des rencontres de jeunes, surtout des garçons, naît une langue autre que le wolof : avec quelques mots en français et en anglais, c’est un dialecte tout nouveau que l’on entend à longueur de journée. Pour en avoir le cœur net, passez du temps avec un groupe de garçons, le constat en donnera la preuve : si vous n’êtes pas des leurs, ne doutez pas de l’assimilation que vous avez de votre langue maternelle comme langue de travail ; ce sont les jeunes qui se sont créé une langue pour communiquer et se comprendre entre eux.
C’est du moins la raison avancée par Djinn Laye alias El Capo. Âgé seulement de  16 ans, Djinn parle d’une manière désastreuse. Une phrase soutenue par Djinn nécessite un temps de décortiquer mot à mot. « Sama mère dafa khawa hot motakh quoi », dit-il. Cette phrase traduite: « Ma mère est très compliquée, c’est pourquoi » est lancée par El Capo afin d’échapper aux lamentations de sa mère présente à l’entretien.
D’une génération
à l’autre
À la question de l’origine de ce type de langage, El Capo affirme être une victime de l’imitation. En effet, les jeunes de son quartier ont adopté cette façon de communiquer depuis des années. D’une génération de jeunes à une autre, cela se transmet. “Nous avons commencé à parler ainsi quand on a commencé à fréquenter nos frères aînés et nos oncles”, soutient-il en regardant sa mère du coin de l’œil. Cette dernière semble tomber des nues.
L’air surprise, Seynabou, la maman de Djinn, y voit enfin plus clair. « Donc pendant tout ce temps que je me demandais pourquoi je comprends mal tes propos, c’était pour me leurrer et m’induire en erreur. Que je ne puisse pas comprendre tes jeux ? », se surprend la maman. Joignant insultes et plaintes, elle tire l’oreille droite de son fils. Pour Seynabou, le problème de communication venait d’elle car n’ayant pas passé beaucoup de temps sur les bancs.
Souvent,  les parents trouvent ces façons de parler irrespectueuses. Surtout que les filles abordent un langage touffu de vulgarité. C’est le cas quand une fille dit : « Malay teul ». Pour les parents, ils feraient allusion à une voiture qui heurte une personne. Mais l’entendement est plus profond et laisse les esprits voyager.
Ndèye Diop est une fervente oratrice dans ce sens-là. De teint noir et d’une taille élancée, Ndèye Diop n’est qu’une femme parmi tant d’autres qui se fait admirer par sa manière de parler. « J’ai l’air d’une personne vulgaire, mais il n’en est rien de tel. J’ai peut-être une manière de parler pas très respectueuse avec une personne plus âgée que moi. Pourtant entre filles ou entre amis, celui ou celle qui ne parle pas la même langue est considéré comme un étranger. C’est une langue spécifique à la jeune génération. Parfois aussi, on capte l’attention des hommes par le biais de notre façon de parler », précise Ndèye Diop.
La vulgarité au centre du dialecte des filles représente une arme de séduction, d’après Ndèye Diop. Elle confie : « Les hommes aiment la différence, nous les filles avons compris cela. C’est devenu une contamination à force de communiquer entre filles. Ce n’est pas seulement pour attirer les hommes que l’on oscille le langage. Entre filles, on utilise des expressions codées pour parler d’un sujet dans la discrétion. Par exemple, si je veux informer ma sœur d’un incident,  je lui dis : « Cas amna », elle me retrouve dans la chambre. On en parle à l’abri des oreilles curieuses. Sans que nos parents ne sachent de quoi il s’agit. Pour résumer la raison de notre communication, c’est pour éviter les réprimandes de nos parents ».
Ces derniers comprennent difficilement ou presque jamais les dessous du langage des jeunes. Des mots et des expressions bien à eux. À ce niveau, le constat est que les jeunes parlent mal non seulement mais aussi leur intonation est parfois vulgaire. Le « Parler Jeune » respecte moins les formules de politesse, d’où l’origine des conflits entre parents et fils,  sans oublier que le cadre de vie et l’éducation de l’enfant ont une répercussion notoire sur son comportement en société.
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