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Parcours – A la rencontre d’une podologue / posturologue: Claudiane Kapia Nobana, le pied ! Ndèye Fatou DIONGUE

Âgée seulement de 27 ans, Claudiane Kapia Nobana est diplômée en podologie et est propriétaire d’un cabinet de podologie ici au Sénégal, à Ouakam. La jeune dame se trouve à Dakar depuis plus d’un an.

D’origine franco-congolaise, Claudiane a toujours rêvé de revenir en Afrique, plus particulièrement au Congo Kinshasa où elle est née, pour y ouvrir son propre cabinet. Bien heureusement pour le Sénégal (qui n’a que deux podologues dont elle), après un remplacement, elle a racheté le cabinet et a décidé de rester au pays de la « téranga » où d’ailleurs elle a rencontré son fiancé. Le pied !

Études et expériences professionnelles

Après son Bac scientifique, Claudiane a été orientée la faculté de Médecine en France. Et pour faire la podologie, il lui faut d’abord sortir de l’université pour entrer dans une école spécialisée en la matière. Une fois dans cette école, il lui faut effectuer une classe préparatoire d’un an avant de pouvoir passer le concours de podologie.

« C’est à peu près le même principe que le concours de Kiné ou autres… Après avoir réussi au concours, j’ai intégré l’école de podologie et ça s’est passé en trois ans puis j’ai obtenu mon diplôme de podologue. Après l’obtention du diplôme, on a aussi la possibilité de faire des formations à l’université en plus, tel que des formations en spécialité sur les pieds diabétiques, sur le pansement des pieds diabétiques, sur la biomécanique, etc. Donc c’est vraiment divers et varié », confie la jeune dame.

Pouvez-vous nous parler de la podologie et de la posturologie ?

-« La podologie se rapporte à tout ce qui touche le pied de manière générale. Mais nous avons remarqué que le pied peut avoir des pathologies d’ordre ascendant. C’est-à-dire : vous pouvez avoir un problème au niveau du genou, de la hanche ou du dos, mais c’est toujours lié à votre pied. Et ça peut remonter ainsi jusqu’au niveau des cervicales.

A plusieurs reprises, j’ai eu des patients qui sont venus me voir, notamment une qui était venue me voir juste pour une douleur à l’épaule, aucune douleur aux membres inférieurs. Et en fait, en lui mettant des semelles, en la rééquilibrant, c’est là qu’on tombe justement sur la posturologie.

La posturologie, c’est surtout ce qui touche le pied, la posture du pied. Parce qu’on a une forme de pied qui est la structure du pied. La différence, c’est qu’il y a le pied creux, le pied plat et le pied physiologique.

Êtes-vous nombreux à exercer le métier de podologue au Sénégal ?

(Rires)… Malheureusement non ! On n’est vraiment pas nombreux. Je pense que la podologie, même en dehors du Sénégal, en Afrique, crie énormément famine. Par exemple ici, il n’y a pas une possibilité d’avoir une formation en podologie. Même en France, ils sont en train de faire des réformes qui apparemment viseraient à remettre la podologie en tronc commun dans les études communes de médecine… Ici, la plupart des gens ne connaissent pas déjà ce que c’est la podologie.

Donnez-nous un chiffre exact !

A Dakar, on est deux (2) pour tout le Sénégal. Et je peux dire que c’est quand même alarmant.

Quand devrions-nous contacter un podologue ou un posturologue ?

Cela dépend de tout un chacun et de ce qui vous dérange. Si c’est un côté podologie, en général à l’école, dites-vous que la première fois qu’on peut venir se faire consulter, c’est de deux à trois ans. Parce que plus on prend tôt en charge un problème lié à la podologie, meilleurs seront les résultats sur le long terme.

Lorsqu’on est jeune, les os ne sont pas encore totalement formés, et ils finissent de se former en grandissant. Et c’est là en fait qu’on peut agir…

Vos tarifs sont-ils accessibles à toutes les bourses ?

Je veux dire oui et non.

-Oui parce que je pense que par rapport à la majeure partie des gens qui habitent ici, les tarifs sont quand même élevés.

-Et non, parce que quand je vois aussi la vie de certaines personnes, je me dis que non, ce n’est pas trop élevé.

Quand je vois le prix des loyers ici, honnêtement j’ai envie de pleurer (rires).

Et non parce que surtout le podologue ou le pédicure-podologue, ce n’est pas comme des médecins traitants, ni comme des chirurgiens, des kinésithérapeutes ou des ostéopathes. Parce que par exemple moi, quand je fais des semelles, c’est de la matière première que j’utilise. Et cette matière première là, nous ne sommes que deux ici, on ne trouve rien au Sénégal. On est obligé de tout faire importer d’ailleurs. Déjà c’est un coût et c’est aussi un coût de le faire acheminer jusqu’ici.

Et concrètement, si on n’est pas obligés d’avoir à des prix à peu près décents, nous-mêmes, en fait on ne peut pas vivre !

Les prix de vos consultations s’élèvent à combien ?

Une consultation podologique ou en soin de pédicurie est taxée à 30.000 francs cfa. Moi personnellement, quand j’ai racheté le cabinet, je les ai trouvés à ce prix-là. Donc j’ai gardé les mêmes tarifs, je n’ai rien changé.

Parlez-nous de votre métier : est-ce une passion pour vous ?

Je ne sais pas si peux le qualifier de passion, mais en tout cas, j’aime beaucoup mon métier. Au départ, dans ma vie, je ne m’étais jamais dit que j’allais traiter des pieds (rires). Parce que la première image que l’on a, on ne voit pas le genou, on ne voit pas les cervicales, on voit seulement le pied en lui-même. Et sachant qu’il y a deux choses différentes, en étant podologue, on n’est pas que podologue, on est pédicure-podologue. Et après on peut choisir de faire l’un ou de faire l’autre…

La podologie de manière générale ou la posturologie, c’est tout ce qui est semelle, où on va mettre quelque chose dans les chaussures pour pouvoir modifier la posture du pied, influencer les membres inférieurs et le corps de manière générale.

Et la pédicurie médicale, je précise bien, parce que je ne mets pas de vernis je ne fais pas des choses comme ça… Je respecte totalement ce métier mais ce n’est pas mon métier à moi. Comme toutes les personnes qui ont des cors, des verrues, des ongles incarnés, des hyperkératoses, des mycoses, c’est divers et varié… Et c’est vraiment deux choses qui sont bien différentes.

J’ai beaucoup de patients qui avant de venir ici me disaient : « Mais on ne savait pas que vous étiez ici… On ne savait pas que c’est vous qu’il fallait qu’on vienne voir, etc. ».

Donc je pense qu’il y a un manque d’éducation sur le pied, autant en Europe c’est la même chose, mais en Afrique c’est encore plus prononcé.

Arrivez-vous à détecter une anomalie du pied dès que vous regardez une personne ?

Déformation professionnelle, oui ! (rires)… Personnellement, j’ai l’habitude de regarder les pieds des gens quand je marche dans la rue, c’est une habitude que j’ai prise. Oui on peut le voir, pourquoi ? Parce que la plupart du temps, la chose qui va vraiment taper à l’œil, c’est la forme du pied.

Et quand je parle de la forme du pied, parce qu’on ne peut pas nécessairement voir dans les chaussures, même s’il y a des indicateurs qui permettent de le détecter. Mais c’est surtout au niveau des chevilles…

Sur dix personnes à qui j’ai demandé : « Est-ce que vous avez ça ou ça comme type de douleur, etc. ? », sans pour autant les avoir auscultés parce que je les croise dans la rue ou parce que ce sont des personnes que je connais, que je côtoie etc… et je pense que sur dix fois, il y a huit fois où j’ai eu raison juste en observant le pied. Parce que le pied donne énormément d’indications…

Quand il y a une déformation, forcément, il y a un côté qui travaille plus et un côté qui travaille moins.

Échecs et difficultés rencontrées

La vraie difficulté que j’ai rencontrée en venant ici au Sénégal, c’est que les gens étaient très méfiants. Parce qu’au départ quand je suis arrivée ici, je n’étais pas venue m’installer de base au Sénégal, j’étais venue faire un remplacement de trois mois. Parce que la podologue qui était là avant, pour sa vie personnelle, elle devait partir et revenir. Elle était là pendant une semaine, dix jours par mois et moi j’étais là tout le reste du temps. Et au départ c’était juste pour un remplacement.

Mais au début, quand je suis venue ici (mon Dieu !), les patients étaient très réticents, il y en avait certains qui pouvaient attendre un mois pour la voir elle et pas moi… ».

Pour découvrir les détails les plus croustillants de cette interview, je vous invite à regarder l’intégralité de la vidéo sur notre chaîne YouTube via ce lien :

Le Devoir

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