Panorama : Idrissa Seck, la dynamite dynastique
Crises & trucages
Crises et combines ont accompagné la vie politique de ces 75 dernières années au Sénégal.
Dossier réalisé par
Cheikh Tidiane DIACK
VI-Idrissa Seck, la dynamite dynastique

Idrissa Seck, à la tête de la station primatoriale, commence à poser les jalons d’une éventuelle succession à Wade qui était âgé, ayant pris le pouvoir à 74 ans. Il fait emprisonner Mbaye Diouf, ancien directeur de la société des chemins de fer, un puissant responsable socialiste qui contrôlait politiquement la cité du rail et profite de la fête de l’indépendance décentralisée pour faire de grandes infrastructures à Thiès, ce qui lui permet d’avoir une base solide. Mais son règne n’a pas duré, étant victime de graves accusation de vouloir contrôler le bulletin médical du président en vue de l’écarter de la gestion du mouvoir pour des raisons médicales. La diabolisation venant de gens qu’il avait évincés du gouvernement pour des raisons de détournement (vente de licences de pêche) a pris une dimension qui a poussé le président à se débarrasser de lui en le
remplaçant par Mr Macky Sall devenu Premier ministre.
Idrissa Seck sort et fait une conférence de presse dénonçant le complot orchestré par des ténors du régime. Il a été le premier à théoriser la dévolution monarchique avec l’ascension de Karim Wade à qui on avait confié un super ministère.
L’opposition constituée par les forces de gauche s’organise sur l’initiative du grand Dansokho, encore Dansokho, qui parvient à réunir Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, deux forces antagoniques, avec la LD, le RND, la RTAS et les autres forces dans une alliance appelée Benno “Sigguil Sénégal”. Le PLS de Ousmane Ngom, l’URD de Djibo Kâ , la CDS de Abdou Fall rejoignent la mouvance présidentielle. Macky Sall commence à réaliser les chantiers de Wade : les autoroutes, les ponts. Au plan agricole, un programme appelé “Goana” a été instauré, consistant à exploiter des terres agricoles pour résorber le chômage des jeunes et des femmes ; dans le cadre du NEPAD, le Sénégal avait le volet “Infrastructures” où beaucoup d’argent a été injecté ; dans la lutte contre les inondations, le plan “Jaxaay” a été mis sur pied. Ces programmes ont permis à la bourgeoisie bureaucratique de s’enrichir davantage avec la création d’entreprises anonymes. C’était une véritable bamboula. La spéculation foncière avec la création de nouvelles cités dont les maisons ont été attribuées aux dignitaires du nouveau régime (Sacré-Coeur, VDN, Cité Keur Gorgui, Sicap-Foire, Yoff-Océan, Liberté 6 Extension, et la vente des logements de fonction à Fann-Résidence au franc symbolique, la vente des poches des SICAP, une partie de Mermoz-Pyrotechnique, sans oublier les terrains dans la banlieue et dans les capitales régionales, une véritable boulimie foncière. L’entourage de Wade a abusé de sa générosité pour se partager les biens publics.
Face à cette situation le Benno s’organise et élabore un plan d’actions composé de plusieurs activités dont la tenue des assises nationales. Idrissa Seck fut accusé de détournement suite à un audit des chantiers de Thiès et emprisonné. Macky déroule le programme ambitieux de Wade avec l’entrée de Ousmane Ngom, Samba Diouldé Thiam et Abdou Fall au gouvernement. Tous ceux et celles qui étaient proches de Idrissa Seck sont écartés dont Awa Guèye Kébé, ci-contre, une brave dame, Oumar Sarr de Mbacké.
Dans l’application de son plan d’actions, le Benno
organise des assises, une rencontre où tous les acteurs de la vie économique, sociale, culturelle et politique sont conviés. Présidée par un sage, digne fils du pays, elle a permis de faire le diagnostic de la situation du pays dans tous les domaines. Certains ont participé jusqu’aux travaux de restitution, malgré les menaces. Amadou Makhtar Mbow, ci-contre, président des Assises, a fait preuve de responsabilité et de maturité en prenant de la hauteur, en conviant tous les partis politiques, pouvoir comme opposition ; le pouvoir a boycotté. Les travaux des différentes commissions se sont déroulées dans de bonnes conditions.
De ces assises, est sorti un document intitulé “La charte de bonne gouvernance” qu’il fallait faire signer à travers les commissions décentralisées. Toutes les forces vives de la Nation ont approuvé ce document qui devait servir de cahier de charges pour redresser le pays dont la gestion était nébuleuse avec des recrutements dans des projets où l’on payait des jeunes à ne rien faire (Dagana était bien servi), le recrutement d’enseignants n’ayant même pas le niveau de CM2. La gestion du clientélisme politique était le mot d’ordre qu’il fallait appliquer pour gérer le quotidien des Sénégalais ; l’argent coulait à flot. Une délégation conduite par Amadou Makhtar Mbow devait remettre les conclusions des travaux au président Wade qui l’a bien reçu et classé sans suite.
On s’achemine vers les élections présidentielle et législatives de 2007 ; Macky est désigné par le président comme directeur de campagne de Wade, candidat à sa propre succession. Landing Savané sort de la mouvance présidentielle suite à un désaccord avec Wade, Decroix reste et alimente un conflit de positionnement avec Landing, accusé de recevoir mensuellement 30 millions qu’il ne reversait pas au parti. AJ éclate et chaque partie revendique la paternité du sigle, ce qui crée une confusion totale, Wade soutient Decroix qui l’accompagne. Idrissa Seck sort de prison et crée son parti Rewmi ; le sigle était contesté mais finit par être accepté. 2007 s’approche, les contingences se préparent.
