Ousmane Thiama Ndiaye, l’enseignant de la vie
Ousmane Thiama N’Diaye, instituteur émérite
Le plein et délié
À presque cent ans, en tout cas nonagénaire mais toujours bon pied bon œil, Ousmane Thiama N’Diaye est l’un des derniers instituteurs qui trempaient la craie dans verre de lait pour faire ressortir le plein et délié. Sa calligraphie était déjà pédagogique, comme le souligne le président Mamadou Dia dans un passage émouvant consacré au plein et délié. Quand Monsieur N’Diaye écrivait, il nous était difficile d’effacer ce que nous considérions comme un …tableau d’art.
Monsieur N’Diaye Ousmane était à l’école Faidherbe. Madame Faty était au CI, Monsieur Emmanuel Kandé assurait la navette entre le CP et le CM, N’Diaye Ibrahima qui a fini imam aux HLM 2 était au C.P. II y avait aussi Abdoulaye M’Bodj, l’illustre Alassane N’Diaye Allou, Monsieur Alioune Badara Touré, parrain du regretté journaliste Alioune Touré Dia, Monsieur Mohamed Camara et N’Diaye Ousmane assuraient la fin du cycle, au CM 2. Les résultats aux examens étaient fameux, et Doudou Diop de Derklé affirme aujourd’hui bomber le torse devant la cartographie des anciens qui sont passés entre les mains de son père.
Etions-nous sa périphérie ? Les exclus qu’il fallait intégrer dans leur société naissante pour relever les défis de l’Indépendance en vue ?
Le succès de l’instituteur reposait sur la construction du petit de l’homme, entre “educare” et “educere”, non point tant au sens des pédagogues générationnels comme Piaget, que de celui des généticiens comme Albert Jacquard, soucieux de différence daqns la complémentarité sociale.

Albert Jacquard, extrait de
“L’héritage de la liberté”
« Educare » ou « educere »
Mais que signifie “éduquer” ?
La réponse du dictionnaire, Larousse ou Robert, est révélatrice : ce verbe viendrait du latin educo, educare. Et, en effet, le dictionnaire latin-français consulté nous apprend que educo, -are signifie «nourrir, instruire». Mais surtout, il nous révèle un autre verbe dont la première personne du présent est identique, educo, mais dont l’infinitif est educere ; il ne s’agit plus de nourrir, mais de e-ducere, c’est-à-dire «conduire hors de», et en particulier, conduire hors de soi-même. Ce qui a permis à Catulle d’utiliser educere dans le sens de «faire éclore», et à Virgile dans le sens d’ «élever un enfant».
L’objectif premier de l’éducation est évidemment de révéler à un petit d’homme sa qualité d’homme, de lui apprendre à participer à la construction de l’humanitude et, pour cela, de l’inciter à devenir son propre créateur, à sortir de lui-même pour devenir un sujet qui choisit son devenir, et non un objet qui subit sa fabrication.
L’enseignant Ousmane Ndiaye et ses contemporains, hier, aujourd’hui et surtout demain, y ont ajouté un plus dans le contexte de domination et l’obligation historique de préparer les enfants aptes à relever le front. Rétrospectivement, reviennent en mémoire ces lignes consacrées à un autre grand bâtisseur, Abdourahmane Seck Homère dans sa recherche de justice sociale dans l’occupation du sol sénégalais : ” Le XXème siècle sénégalais a débuté avec l’indépendance ; les acteurs de l’époque avaient compris leur devoir historique devant Dieu et les hommes. Ils ont mis toute leur technicité au service d’un État qu’ils se sont engagés à servir avec honneur, loyauté et amour. Ils ont jeté les bases d’une amélioration de la vie de leurs concitoyens qui sont encore aujourd’hui le substrat sur lequel s’appuie chaque administration. Ils ont été l’État dans sa continuité quand le politique a imposé des ralentisseurs pour justifier la prégnance du politique sur le scientifique “. (in Pathé Mbodje : Abdourahmane Seck Homère, Le passé décomposé, 2020)
L’initiation était en effet assurée dans des conditions difficiles (70 élèves en classe à la rentrée d’octobre 1957) à l’annexe de la rue Fleurus avec les brillants Messieurs Diop Blondin, Faye et Dièye ; Diop Mohamed assurera l’intérim au CE1 et retrouvera quelques-uns des ses anciens élèves â l’Université de Dakar, au Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (Cesti).
La surprise, ce sera de voir M. Ndiaye Ousmane au fort de Bakel vers la fin des années 70, lors d’une tournée du président Senghor dans les régions périphériques. Son dada vient de là : le développement socio-économique des zones périphériques et c’est tout naturellement que « suite au décès du maire Mody Ndiaye survenu le 06 Février 1989 », il est installé avec un nouveau bureau le 02 mars 1989.
Maire, sénateur, conseiller spécial du président de l’Assemblée nationale, Ousmane Ndiaye conservera le sens de la bataille pour l’honneur et l’indépendance qui remonterait de loin chez lui : « Selon les révélations des enquêtes, c’est Alboury Ndiaye et ses compagnons du Djolof, qui, pour aller rejoindre Ahmadou Tall au Mali, s’étaient arrêtés dans ce site verdoyant, compte tenu de la fatigue du voyage et des incertitudes ; ils finiront par s’y implanter, donnant naissance au quartier Ndiayega, noyau du peuplement, suivi de Modinkané et de Guindingpalé du président Cheikh Abdoul Khadre Djeylani Cissokho Gaousso.
Les habitants de Ndiayega et certains de Modinkané, du fait de leur ancienneté, détiennent la propriété traditionnelle des terres de la ville ».
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« C’est là que s’installa au début du XVII ème siècle une partie de la famille N’diaye, qui avait dû partir en exil vers les terres soninké à la suite des querelles de succession régnant dans l’ancien empire Jolof. L’exil temporaire s’étant transformé en migration permanente, les N’Diaye d’origine wolof s’intégrèrent peu à peu aux populations soninké, tout en gardant une relative autonomie ».
Wikipedia
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Nos échanges entre Louga, Linguère et Koupentoum remontent aussi au Boundou pour expliquer le peuplement du clan Ndiaye dans le pourtour du Bafing et du Bakoy. Ainsi s’explique Ousmane Thiama Ndiaye : un métissage de royautés du Ghana à la célèbre boucle du Bambouck.
P. MBODJE
