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Notes de lecture-Tofangui Guy-Roland Koné : Khadija, Harmattan, 2017, 237 pages, 16 chapitres Chérifa Sadany Ibou Daba SOW

Les caprices du Destin

—L’auteur

Tofangui Guy-Roland Koné. Né à Katiola en Côte-d’Ivoire. C’est un spécialiste en ingénierie de la formation et en technologie éducative. En même temps cadre supérieur à la BCEAO.

Khadija est son deuxième ouvrage après « Champ de mil », un recueil de poèmes paru en 2016.

Le roman narre l’histoire d’un jeune ivoirien dégourdi, victime d’une atroce trahison amoureuse qui a failli le rendre dépressif. Après un long recroquevillement, il décide de reprendre sa vie et son travail dans un autre pays , le Burkina Faso, à Ouagadougou même. En prenant l’avion, il ne s’imagine pas voir voler ses désillusions une fois qu’il rencontre Khadija, la seule femme capable de lui définir l’amour. Ensemble, ils devront faire face aux caprices inattendus et parfois cruels du destin.

Dès le premier et deuxième chapitre, l’auteur informe sur la souffrance que peut causer une trahison amoureuse. Investir sur une femme qui souffre de la précarité de la vie mais qui n’hésite pas à te remplacer avec un autre plus riche, il n’y a pas plus grande déception. L’auteur, dans un verbe non frigorifié, réussit à faire ressentir aux lecteurs le chagrin du personnage principal, Joshep Hili.

Ce brave homme à qui la vie réserve une agréable surprise dans le début du troisième chapitre d’où il fait la rencontre d’un homme d’affaire burkinabè qui lui offre un emploi pour un poste d’animateur.

Du cinquième jusqu’au onzième chapitre, l’auteur développe talentueusement l’ensemble des mots clés qui rendent une vie harmonieuse : l’amour pur, l’éthique dans le travail, le bon choix, la chance bien saisie, l’humilité, le partage, l’honnêteté, la grandeur, la solidarité et la foi. Toujours dans ces longs, captivants et passionnants chapitres, il raconte la nouvelle vie de Joshep et Khadija qui vivent un peu comme le suggère un certain Subra chuard. Pour lui, l’amour véritable à deux c’est chercher à guérir de ses propres blessures et ne pas puiser en l’autre son armure. Les deux personnages ont écouté ce discours. Chacun, voyait en l’autre la pièce manquante. Khadija, représente une femme intelligente, culturelle et sensée. Ça été prouvé à la page 69 toujours dans le cinquième chapitre lorsqu’elle a tenu un discours franc et impressionnant sur les valeurs de la femme africaine : « Tu vois Joseph, la culture occidentale a un côté bien positif. Elle a aussi une part négative. Il nous appartient, nous femmes africaines, de faire le bon choix sans renier notre culture. Aujourd’hui, on va jusqu’à légaliser le fait que l’homme et la femme soient au même titre chefs de famille. C’est absurde. Il ne peut y avoir deux capitaines dans un même bateau. En conséquence, l’homme n’a plus de pouvoir dans sa famille. Les parents n’ont plus d’autorité sur les enfants. La finalité est que l’harmonie de la famille et l’équilibre social sont brisés(…) »

C’est avec ces discours qu’elle a ébahi et conquis le cœur de ce jeune homme qui avait perdu goût à l’amour. Chacun, après avoir avoué à l’autre comment il a fait pour surmonter ses déceptions amoureuses, voit en l’autre sa pièce manquante.

Le douzième, treize et quatorzième chapitre fut marqué par la mort brusque de Khadija après un terrifiant accident de voiture. Là encore, l’auteur a su décrire l’amertume, la souffrance de perdre un être cher, mais aussi la foi d’accepter la volonté divine. C’est avec plénitude que le lecteur apprend sur l’éphémérité de la vie et apprend à reconnaître ses erreurs et à se repentir. Oui en effet, c’est élucidé dans le chapitre 15 à la page 210, par la lettre de Julie. Le premier amour de Joshep qui a eu karma après sa trahison : perdre sa mère et son fils, être une femme battue et expulsée, retomber dans la misère. À travers sa lessive, elle a présenté ses excuses et a sollicité une seconde chance. En qualité de gentleman, le jeune ivoirien, dans sa réponse, lui a accordé son pardon, assigné ses vérités : « Pour finir, il m’est impossible de me remettre avec toi, surtout parce que j’en aime déjà une autre. Cette dernière m’aime autant que je l’aime. Elle ne m’a jamais trahi. Elle n’a jamais trahi personne. Avec elle, nous avions bâti notre monde d’amour immatériel et éternel. Elle n’est plus de ce monde certes, mais elle est et demeure ma femme. Elle est avec moi, elle vit en moi. Je l’aime et je l’aimerai, quelle que soient les conditions de température et de pression, jusqu’à mon dernier souffle de vie. Elle, c’est Khadija. »

Le sixième chapitre boucle le roman. La foi, la loyauté et fidélité de Joshef a payé. Il apprend par le biais du directeur de l’hôpital Yalgado, que sa bien aimé Khadija n’est pas morte. Plongée dans un coma profond, elle a été prise pour une autre Khadija, elle aussi morte des suites d’un accident de circulation. C’était la plus grande nouvelle que Joseph n’ait jamais apprise. Mélangé entre plusieurs émotions, les unes plus fortes que les autres, Joseph tremblait de désir, d’impatience, à voir son véritable amour. Ensemble, ils se réitèrent leur amour.

Je découvre avec un grand respect Tofangui Guy-Roland Koné à travers son deuxième ouvrage, Khadija. Un roman, imprimé de richesse, qu’il faut absolument feuilleter. Le style pédagogique de l’auteur hypnotise n’importe quel lecteur. En tant que passionnée de lecture, j’ai trouvé le thème du livre très intéressant et actuel : l’amour immatériel. Nous rêvons tous de le vivre. Écouter, dans une interview, Tofangui, lui-même revenir sur l’objectif de ce roman m’a encore plus chatouillé l’intelligence. « Il ne faut pas désespérer de l’amour,  même après une séparation douloureuse ».

Oh qu’il a raison ! L’amour est un sentiment enfoui, indéfinissable qui se reconnait dans son contraste. Le reconnaître fera d’une personne une passionnée. À travers ce roman, on apprend beaucoup des sujets tels que les rêves et ambitions des jeunes, l’éducation des filles, les mœurs, le mauvais positionnement de la jeunesse entre les valeurs culturelles et le modernisme… traités dans le but de sensibiliser le monde, la jeunesse surtout. La grandeur des personnages principaux m’a le plus marqué. Khadija, femme intègre, crédible et attachante, elle devrait ravir le public féminin. Joseph, un fervent croyant qui puise sa beaugossité à travers ses gestes nobles et effacés. Je ne saurais finir, sans citer le passage qui m’a le plus marqué dans ce roman. À la page 197 du chapitre 14 lorsque Joseph a exposé à son oncle sa décision d’épouser traditionnellement Khadija : « Non, tonton, je ne suis pas fou, lui répondis-je. J’ai promis à Khadija de ne jamais trahir notre amour. J’avais ce projet de mariage avant son décès. Je veux aller jusqu’au bout ».

Merci Tofangui d’avoir partagé avec une volonté esthétique, les valeurs africaines auxquelles vous semblez tant tenir. Merci aussi pour ce passage qui donne espoir, qui inspire, qui éduque, qui éveille et qui rappelle l’éphémèrité de la vie, laquelle nous devons profiter pour avoir de beaux souvenirs avec les personnes que nous aimons. Parce qu’au bout du compte, ce n’est pas nous qui choisissons lesquels on garde.

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