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Mendicité: Les enfants face aux vices de la rue Par Khadidiatou GUÈYE Fall

Les mendiants, des forges de la souffrance et du besoin

Tôt le matin, au niveau des arrêts de bus, les enfants déambulent. Cette routine leur est propre. Les mendiants vivent de l’aumône. Les parents ont la volonté de permettre à leurs enfants d’acquérir le savoir, mais la manière laisse à désirer. Ces mendiants vivent la souffrance dans un milieu dépourvu de sentiments d’affection et de compassion en appoint d’une somme versée aux maîtres coraniques. Une situation appesantie par le laxisme des parents et les populations donneurs d’aumône.

Depuis 2005, une loi interdit la mendicité des enfants dans les rues de la capitale. Il s’agit de la loi 75-77 du 09 juillet 1975 qui a été remise au goût du jour par l’ancien régime libéral en 2005. En juin 2016, le gouvernement avait mis en place un programme visant à lutter contre la mendicité forcée des enfants, d’où le nom de « retrait des enfants de la rue ».

Force est cependant de constater que l’application de cette loi fait toujours défaut : les enfants sillonnent les rues tous les jours à n’importe quelle heure pour recevoir de l’aumône.

Auparavant, des citoyens ont manifesté leur volonté d’éradiquer ce phénomène. Après le vote de cette loi, les citoyens ont été les premiers à rouspéter. En effet, l’aumône entre dans le cadre d’une sphère mythique.

Les enfants sont exploités par des maîtres coraniques. Ces derniers reçoivent des enfants dans leur daara. Le but étant de leur donner de la connaissance, les maîtres coraniques trouvent une occasion pour envoyer ces enfants dans la rue afin de quémander de quoi nourrir et s’entretenir. C’est ce qui se voit les jours dans les rues de la capitale dakaroise. Les enfants, en général de 5 ans ou plus, se pavanent à longueur de journée pour demander aux passants de quoi acheter du pain.

En effet, ce phénomène est appréhendé sous forme de stratégie de survie pour ces innocents. D’après ce président d’Association œuvrant dans la protection de l’enfant, les maîtres coraniques, seules autorités des enfants mendiants, en sont les responsables secondaires. Car, « ils ont accepté que les parents laissent leurs enfants dans le Daara sans nourriture, sans habits, ni rien. Et pour s’en sortir, c’est à un business fructifiant qu’ils obligent les Talibés. Il s’agit d’un business si je peux m’exprimer ainsi. Aucun effort n’est fourni pour faire entrer l’argent, hormis l’apprentissage aveugle qui se dispense sur un hamac sans essayer de comprendre qui est à niveau et qui ne l’est pas. D’après mes petites enquêtes, chaque enfant est soumis de verser une somme de 500 Fr par jour. C’est pourquoi, les talibés sont obsédés par l’argent, ils ne montrent plus leur satisfaction quand ils reçoivent du pain, du sucre ou de la cola en aumône. La preuve, certaines femmes mendiantes leur achètent tout ce qui est bonbons, lait, sucre. Cela montre que ce qui poussait les talibés à se précipiter vers le donner d’aumône a drastiquement oscillé, l’argent est plus convoité » explique le quidam.

RESPONSABILITÉS

Quoi qu’on puisse dire, les maîtres ont accepté de prendre en charge les enfants au moment où les parents ont préféré fuir leurs responsabilités à cause de leur niveau de pauvreté. Mais n’oublions pas que les maîtres coraniques ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour répondre à tous les besoins des talibés. À noter que les talibés font un nombre pléthorique le plus souvent dans les daara, d’où une impossibilité de surveiller chaque enfant sur ses faits et gestes.

Notre interlocuteur pointe aussi du doigt les parents qu’il caractérise d’irresponsables dans ces cas de figure : « Certains maîtres coraniques exploitent les enfants, mais les parents n’en sont pas moins impliqués. Ce sont les responsables principaux : envoyer leurs enfants au Daara en ce 21ème siècle, est une sorte de rejet de ses responsabilités sur son enfant. Par-là, ils montrent juste qu’ils sont incapables d’assurer à leur enfant un cadre de vie idéal avec les moyens du bord ».

Pourtant, le gouvernement sénégalais a beaucoup investi en stratégie pour que la mendicité des enfants cesse au Sénégal. En dépit des stratégies adoptées par le gouvernement, la mendicité est beaucoup plus présente que jamais dans le pays. La situation ne parvient pas à évoluer et empire de jour en jour.

Retrouvé dans une des salles de classe de l’école coranique située à Cambéréne, le maître coranique refuse d’être pointé du doigt. Il soutient que tous les maîtres coraniques ne sont pas pareils et n’ont pas la même idée de l’apprentissage du coran : « Tous les maîtres coraniques ne sont pas pareils, les gens font une confusion entre les maîtres businessmen et ceux qui ne font qu’enseigner. C’est une école coranique ici, même si parfois on apprend le français. Les enfants rentrent chez eux après chaque cours. Rien n’est imposé aux enfants. La seule relation qui existe entre mes élèves et moi, c’est leur donner du savoir. Le reste, je le règle avec les parents. Le paiement ne passe même pas par la main des enfants. Ceux qui font du gain à travers les talibés le font pour en tirer profit et subvenir aux besoins des talibés certes mais ils n’ont pas le choix. Et chez nous, l’apprentissage domine le côté financier ».

Les responsabilités sont partagées entre les parents des enfants, les maîtres coraniques et la population elle-même. Cette dernière a trop facilité le business des maîtres coraniques. De plus, donner l’aumône est un phénomène qui renferme un caractère sociétal. La société encourage ce phénomène avec leurs offrandes. Les Sénégalais ont soutenu le maintien de cette mendicité dans le pays par l’aumône. En effet, dans la conscience collective, l’aumône a une signification spécifique dans la vie du Sénégalais : elle détourne le malheur, ouvre les portes du succès et attire les ondes positives. Même si aucun talibé ne se promenait dans les rues, les Sénégalais se jetteront vers les pauvres pour donner des offrandes. Ça fait partie de la tradition et des croyances du pays. Cela montre qu’il sera difficile voire impossible de se départir de la mendicité des enfants dans les rues malgré les efforts déployés par l’Etat.

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